Tennis.
Le Maroc a perdu sa rencontre décisive contre l’Egypte
disputée du 18 au 20 juillet au Caire, en groupe II de la
zone euro-africaine de la Coupe Davis. Entretien avec
Abdel-Rahim Mondir, entraîneur
de l’équipe marocaine.
« Au Maroc, le tennis est le deuxième sport
derrière le football »
Al-Ahram
Hebdo : Comment jugez-vous la défaite du Maroc face à
l’Egypte ?
Abdel-Rahim Mondir :
Avant la rencontre, nous étions les favoris de ce match.
Moi, je pense toujours en terme de victoire mais tout en
sachant que c’est un sport et donc il y aura un gagnant et
un perdant. Nous avons joué contre l’Egypte avec modestie,
match par match et jour par jour, en donnant aux Egyptiens
une grande importance car ils sont des joueurs bien classés
à l’ATP. Mais la chance n’était pas de notre côté. Lors de
la première journée de la rencontre, mes deux joueurs ont
été blessés durant leurs matchs, ce qui a affecté le
résultat de la rencontre. Ce match était d’une importance
énorme car c’était une rencontre décisive, un play-off du
groupe II de la zone euro-africaine de la Coupe Davis. Après
avoir perdu notre match au premier tour devant l’Irlande
(2-3), nous étions obligés de disputer ce match contre
l’Egypte. Donc, le Maroc allait rejoindre le groupe III. Ce
qui a représenté un lourd fardeau pour nous, car le Maroc
n’a jamais joué en groupe III. En fait, le Maroc possède une
histoire prestigieuse en Coupe Davis. Ce pays, qui a
commencé à participer à la Coupe Davis en 1961, a joué en
groupe mondial à 3 reprises, en 2001, 2002 et 2004.
— Le fait de jouer cette rencontre en Egypte a-t-il
représenté un handicap pour les joueurs ?
—
Bien sûr, l’Egypte avait l’avantage de jouer à domicile
parce qu’elle possède l’avantage de jouer devant son public
et les Egyptiens sont habitués au terrain et au climat de
leur pays qui est chaud. Mais mes joueurs sont aussi
habitués à cela. Je suis l’entraîneur de l’équipe depuis
1993, et nous avons disputé un bon nombre de matchs à
l’étranger. Tous les joueurs de l’équipe nationale évoluent
en France dans des clubs prestigieux et ils disputent encore
les tournois internationaux organisés au Maroc. De plus, ils
participent au circuit mondial.
— Comment jugez-vous le niveau des joueurs marocains ?
— Excellent, j’ai une équipe d’un niveau très élevé, c’est
seulement l’état d’esprit qui fait la différence dans les
matchs. Le meilleur Marocain classé est Réda Al-Emrani, il y
a deux semaines il était le numéro 395 au classement ATP,
aujourd’hui après avoir perdu quelques points il est devenu
le numéro 548. Ce tennisman a seulement 20 ans, donc
imaginez-vous ce qu’il pourra réaliser dans les années à
venir. En fait, l’équipe marocaine est composée de jeunes
joueurs. Le seul joueur âgé et expérimenté dans l’équipe est
Talal Ouhabi qui a 30 ans. Aujourd’hui, il est le numéro 700
au classement mondial, mais cette année il n’a pas disputé
un grand nombre de compétitions internationales et il a subi
une blessure. Donc, ces joueurs représentent l’avenir du
tennis marocain.
— L’absence de Younès Al-Aynaoui à cause de sa blessure
a-t-elle affecté le résultat de la rencontre ?
— Au Maroc, Younès Al-Aynaoui est une légende pour le tennis
en particulier et pour le sport en général. Il a rendu
hommage à son pays grâce à ses excellentes performances et
son classement ATP, aujourd’hui il est le numéro 165 (en
2003, il était 14e mondial). Nous bénéficions de ses
résultats pour encourager les jeunes joueurs qui le
considèrent comme une idole. Mais quand on fait ce métier,
nous travaillons toujours pour la victoire car il n’existe
pas de match nul comme au football. Ce qui a affecté notre
performance, c’est le manque de chance comme je l’ai déjà
dit.
— En 2004, le Maroc était en groupe mondial de la Coupe
Davis. Pensez-vous que cette équipe pourra rééditer cet
exploit ?
— Le tennis marocain avait connu une époque exceptionnelle à
la fin des années 1990 avec la présence de Hicham Arazi,
Karim Alami et Younès Al-Aynaoui, qui ont réalisé des
exploits pour le pays et qui ont réalisé les meilleurs
classements ATP pour le Maroc. Ces joueurs ont placé la
barre très haut pour la future génération. En 2000 et en
2003, Younès Al-Aynaoui, par exemple, a atteint les quarts
de finale à l’Open d’Australie et à l’US Open, qui sont des
tournois du Grand Slam. Aujourd’hui, notre meilleur joueur
classé est Younès Al-Aynaoui qui occupe la 165e place. Mais
nous sommes dans une phase de transition, à l’instar de ce
qui s’est passé aux grandes fédérations internationales
telles que les fédérations française, anglaise et
américaine. L’équipe change de peau. Il faut être patient et
continuer à travailler afin d’arriver à notre but. Durant
les dernières années, nous avons commencé à nous intéresser
aux jeunes pour avoir une nouvelle génération capable de
rééditer les anciens exploits. Aujourd’hui, nous avons une
très bonne équipe composée de jeunes joueurs talentueux qui
ont besoin de l’expérience en disputant un grand nombre de
matchs. Donc avec le temps, ces joueurs s’amélioreront et
ils pourront aller loin. Nous travaillons pour former des
joueurs qui pourront un jour concurrencer les tops du monde.
— Quelle est l’importance du tennis au Maroc ?
— Au Maroc, le tennis est un sport populaire, il est le
deuxième sport derrière le football. Au départ, il était le
sport des élites mais il commence à gagner du terrain par
rapport au football. Bien sûr, il n’est pas au niveau du
football mais on n’est pas loin. Les jeunes se dirigent vers
ce sport accessible dans la plupart des clubs, dans les
écoles et dans les facultés. Au Maroc, il existe plus de 74
clubs qui pratiquent cette discipline. Ces clubs sont
indépendants de la Fédération marocaine. Cette dernière
organise près de 20 tournois internationaux par an.
Aujourd’hui, il existe près de 4 000 joueurs dans le pays.
Le tennis est pratiqué dans tous les coins du Maroc. De
nouveaux clubs, de nouvelles académies sont fondés. Par
exemple, je possède une académie de tennis au Maroc. Dans
cette académie, nous avons donné les moyens à la future
génération de pouvoir travailler au Maroc pour devenir plus
forte. Nous travaillons les méthodes, les techniques et
l’état physique des joueurs. Le but de cette académie est
d’offrir aux joueurs la possibilité de travailler au Maroc
et de ne pas immigrer aux Etats-Unis ou en Europe. De plus,
nous recevons à l’académie des joueurs qui viennent de
Suisse, d’Allemagne, de France pour jouir du climat et
de mon système d’entraînement. Ces nouveaux clubs et
académies jouent un grand rôle dans la progression du sport.
Aujourd’hui, la base des pratiquants a beaucoup augmenté, ce
qui a de bons effets sur la sélection nationale.
Propos recueillis par Doaa Badr