Al-Ahram Hebdo, Société | Un « non » de plus
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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Société

Boycott. L’annonce de l’ouverture du café Starbucks au club Guézira suscite la colère des membres. Soupçonnant ses liens avec la construction de colonies en Israël, une campagne de mobilisation est lancée.  

Un « non » de plus 

« Chers membres du club Guézira, veuillez assister cette semaine à une réunion urgente qui se déroulera dans la terrasse du club. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés et accepter qu’un café soutenant l’expansion des colonies israéliennes soit inauguré au sein de notre prestigieux club. Prière de faire passer ce message à tous ceux qui croient en notre cause et qui sont convaincus qu’ils doivent jouer un rôle actif dans leur société ». C’est avec ces mots que l’ambassadeur Ibrahim Yousri a décidé d’agir. Membre du conseil d’administration du club Guézira, il ne tolère pas la nouvelle de l’inauguration du café Starbucks dans son club. Une chaîn e de café qui possède déjà depuis quelques années une quinzaine de branches en Egypte et dont l’inauguration n’a suscité aucun remous. Or c’est la première fois que Starbucks ouvre une branche dans un club fermé souverain de ses décisions.

 Autour de Ibrahim Yousri, les affiches publicitaires ont déjà envahi le quartier introduisant la nouvelle de l’ouverture du café dans quelques semaines. En militant farouche, il a toujours été convaincu que toute action positive peut avoir un impact. Ceci explique pourquoi il a été parmi les premiers à appeler à une campagne luttant contre l’exportation du gaz égyptien en Israël. Il y a quelques jours, il était entouré de jeunes activistes et organisait un sit-in devant le conseil de l’Etat portant en main des affiches qui condamnent cette décision. Yousri adore jouer ce rôle de sensibilisateur de l’opinion publique.

« Mon devoir est d’exposer les informations auxquelles j’ai accès aux simples citoyens. Sinon, ce serait de la trahison ». Il a aussi été parmi ceux qui luttaient contre l’ouverture de l’usine de ciment Agrium à Damiette, jugée nuisible à l’environnement et à la santé des citoyens.

D’une campagne à l’autre, et d’une cause à l’autre, l’important pour lui c’est de ne pas rester passif. Et cette fois-ci, il sait bien de quoi il s’agit. « J’ai fait des recherches sur cette chaîne de cafés éparpillés de part et d’autre dans le monde. J’ai rassemblé des renseignements sur son origine et son appartenance. J’ai découvert que Starbucks a été fondé en 1971, il appartient à un propriétaire juif, à savoir Howard Schultz, qui consacre 10 % de ses bénéfices à la construction des colonies israéliennes. Même le logo de ce café représente le visage de la reine Esther, qui porte le titre de la protectrice des juifs. En consommant les produits de ce café, nous contribuerons à l’injustice dont souffre le peuple palestinien ».

Depuis l’annonce de la nouvelle, un groupe d’opposants de tout âge et toute tendances confondues s’est formé pour lutter contre ce qu’ils appellent « l’invasion juive ». Les messages sur portables ne cessent de circuler appelant les gens à agir. Une campagne sur le Facebook a été lancée pour dénoncer les faits et les réunions de mobilisation se multiplient dans tous les coins du club et même à l’extérieur. Et ce n’est pas tout. Pour faire plus pression sur le conseil d’administration du club, ce groupe a adressé une plainte menaçant d’intenter un procès et de dévoiler la réalité à l’opinion publique.

Une mobilisation qui n’est pas passée inaperçue. Inquiets, les responsables de Starbucks ont à leur tour publié des communiqués niant tout lien à cette entreprise juive. « Nous sommes la plus grande chaîne multinationale de cafés. Nos branches existent dans toutes les villes du monde. Et notre siège régional au monde arabe appartient à un propriétaire koweïtien ». C’est ainsi que le bureau du Caire a réagi mettant l’accent sur les œuvres de charité lancées par Starbucks et sur son rôle dans le développement des zones rurales et des bidonvilles d’Egypte.

 

Campagnes qui font peur

Durant les cinq dernières années, les campagnes populaires et les appels au boycott ont eu de l’effet sur les chaînes internationales installées en Egypte et dans le monde arabe.

Ils constituent une arme psychologique et font désormais peur aux entreprises internationales installées dans le monde arabe.

La fureur exprimée suite à la publication des caricatures portant atteinte au prophète de l’islam publiées dans un journal danois en est une preuve. Le lendemain de la publication, les appels au boycott des produits danois dans le monde arabe et les pays musulmans se sont énoncés haut et fort.

Des groupes d’opposition, des ONG, des personnalités influentes, relayés par des campagnes de mails et de sms, tout le monde a été mobilisé. Comme une traînée de poudre d’un pays arabe à l’autre, plus d’une cinquantaine de sociétés avaient arrêté l’importation de produits danois. Et en Egypte, les échos n’étaient pas moins influents.

Devant le supermarché Alfa Market d’Héliopolis, une pancarte signale que tous les produits laitiers importés du Danemark ne font pas leur entrée dans le magasin. L’affiche comprend une liste de toutes les marques de crèmes, de fromages et de beurres qui ont été exclues et qui ont été substituées par d’autres à 100 % locales. « Nous voulons rassurer nos clients qui sont venus nous demander l’origine de certains produits. Nous avons été choqués par le nombre de clients qui boycottent les produits danois depuis plus d’un an », explique un vendeur.

En effet, nombreuses sont les familles égyptiennes qui ont décidé de boycotter à jamais ces produits.

Gihane est une femme au foyer et mère de deux enfants. De nature pieuse, elle voit dans le boycott la moindre vengeance. Aujourd’hui, les restaurants de fast-food ne font pas partie de son quotidien. Une décision qu’elle a pu difficilement imposer à ses deux enfants peu soucieux des raisons. Dès qu’elle met le pied dans un restaurant, elle pose toutes les questions sur l’origine des ingrédients. Elle met de côté le beurre danois interdisant à ses enfants de le toucher.

Et elle n’est pas la seule à avoir opté pour cette décision. Un rapport publié par une banque danoise estime qu’un boycott d’un an coûte au Danemark 1 milliard d’euros. En effet, ce sont les produits alimentaires et les médicaments qui ont été les plus touchés. Ils représentent 30 % des exportations danoises vers le Moyen-Orient. C’est la première fois qu’un boycott émanant des pays musulmans a un tel effet. Le porte-parole d’un groupe laitier a publié un communiqué portant le titre « Nous respectons l’islam », en voyant ses ventes dans les pays arabes à l’arrêt complet et ses pertes atteindre 1,34 millions d’euros par jour. Mais, en vain.

Il y a moins d’un mois, des messages ont circulé sur les portables appelant les consommateurs de boycotter les restaurants de fast-food McDonald’s, Kentucky, Pizza Hut, Hardee’s ainsi que l’hypermarché Carrefour. La raison : ils utilisent des ingrédients importés du Danemark. Et ce n’est pas la seule raison. Le soutien des Etats-Unis à Israël a incité les consommateurs à appeler au boycott des restaurants américains. Des appels qui suscitent la panique chez l’administration de ces magasins qui n’ont cessé d’adresser des communiqués et de nier tout lien avec ce pays. Chez McDonald’s, les communiqués de presse ont tout de suite été publiés. D’après Chérif Qotri, « ce genre d’appels sont de plus en plus fréquents ces dernières années. En prenant en considération que les grandes chaînes américaines réalisent la plupart de leurs revenus hors de leurs pays, on constate à quel point il s’agit d’un phénomène inquiétant ».

Il suffit de mentionner que 40 % des ventes de McDonald’s se passent en dehors des Etats-Unis. Il donne l’exemple du dernier boycott qui a coïncidé avec l’invasion américaine de l’Iraq. En voyant leurs ventes diminuer, cela a créé chez le personnel et les investisseurs de ces chaînes un lourd sentiment de peur. En réponse, la chaîne McDonald’s avait lancé le produit Mc Falafel, avec une campagne publicitaire mettant en valeur le chanteur Chaabane Abdel-Réhim, connu pour sa chanson « Je déteste Israël ». Mais, ces tentatives n’ont pas réussi à calmer la colère du peuple.

« Si vous considérez que la politique de l’Etat hébreu est inacceptable, ne contribuez donc pas à sa prospérité. Faites entendre que vous voulez un monde de justice en cessant d’acheter les produits de ces entreprises ». C’est avec ces mots que les jeunes du club Guézira ont décidé de s’exprimer. Pour eux, même si cette campagne ne parviendra pas à annuler l’ouverture du café Starbucks dans leur club, elle aura au moins fait parvenir leur voix. « Ce qui compte pour nous c’est de ne pas rester les bras croisés. Nous aurons ainsi réussi à rappeler à l’opinion publique que l’image de marque véhiculée par ces entreprises n’est qu’un mirage », conclut Nada, une jeune membre du groupe.

Amira Doss

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