Mandat d’arrêt contre le président Béchir
Salama A. Salama
Pour
la première fois, l’épée de l’accusation et du procès est
brandie contre un président arabe pour des crimes contre
l’humanité. Les quatre coins du monde arabe ont été secoués
craignant la possibilité de l’exécution du mandat d’arrêt
demandé par la Cour Pénale Internationale (CPI) contre le
président Béchir avec la bénédiction du Conseil de sécurité.
Le gouvernement de Khartoum se trouve alors obligé de mener
un combat juridique et politique contre un rassemblement
international solide disposant de preuves crédibles
d’implication dans des génocides perpétrés avec le soutien
de l’armée et des milices Djandjawid contre les civils au
Darfour. Des opérations qui ont fait des milliers de
victimes et des millions de sans-abri.
Il est tout à fait normal que les pays arabes fassent corps
avec le Soudan, à un moment où la décision est favorablement
accueillie en Occident, et de la part des gouvernements et
des organisations des droits de l’homme. Il est tout à fait
normal également dans ce contexte d’évoquer les complots
fomentés et planifiés par les Américains avec l’aide des
éléments sionistes dans la course visant à s’accaparer des
énormes richesses du Darfour qui ont été attribuées par le
gouvernement de Khartoum aux compagnies chinoises. Il est
également évident dans ce contexte que les organisations
internationales ferment les yeux sur la nature des aides
étrangères procurées aux rebelles en vue d’avorter le
processus de paix auquel aspirait le gouvernement de
Khartoum.
Nombreux sont les prétextes avancés réfutant la légitimité
de la demande de la Cour pénale internationale à cause de
ses prises de positions politisées. Surtout si nous prenons
en considération le fait que le Soudan n’a pas signé, à
l’instar des Etats-Unis, de la Russie et d’Israël, l’accord
international en vertu duquel la Cour a été établie. Il est
temps que des questions soient soulevées sur le principe
sélectif auquel la Cour a recours dans le choix des crimes
qu’elle examine et qui l’amène à fermer les yeux sur les
crimes de guerre perpétrés par Israël en Palestine ou ceux
commis par l’Oncle Sam en Iraq et en Afghanistan.
Si nous
mettons de côté tous ces arguments précités pour focaliser
sur les crimes commis contre l’humanité, nous aurons aussi
la possibilité de voir clairement les atrocités commises par
les gouvernements arabes, et pas le Soudan seulement, à
l’encontre de leurs peuples. D’ailleurs, les rapports
internationaux des droits de l’homme contiennent un registre
faisant état des maltraitances que subissent leurs peuples,
parfois pour des raisons politiques ou racistes. Un registre
qui incite non seulement à l’inquiétude, mais qui met aussi
les gouvernements sous la coupe des sanctions.
Les
tortures et les atrocités perpétrées dans les prisons et
dont les nouvelles se propagent à l’étranger et qui ne font
l’objet d’aucune enquête prouvent que l’acte de récusation
des preuves et des procédures juridiques n’est pas une
négation du crime en tant que tel.
Il
serait naïf de se demander ce qui empêche Béchir de se
livrer à la CPI pour prouver son innocence. Dans un monde
riche en injustices et en allégations, où la justice ne
s’applique que sur les faibles et les vaincus, où des
citoyens peuvent périr juste par un mot prononcé par un
gouverneur tyran ou déséquilibré, l’acte d’accusation de
Béchir demeure un des épisodes de la tragédie humaine du
Darfour. Mais il est également une preuve des crimes que les
gouvernements commettent non seulement à l’encontre
d’eux-mêmes mais également à l’encontre de leurs peuples.
Ces mêmes gouvernements se dérobent derrière les allégations
de solidarité arabe, qui s’avèrent être en fin de compte une
sorte de complot arabe.