Al-Ahram Hebdo, Opinion | Salama A. Salama , Mandat d’arrêt contre le président Béchir
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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Opinion

Mandat d’arrêt contre le président Béchir

Salama A. Salama 

Pour la première fois, l’épée de l’accusation et du procès est brandie contre un président arabe pour des crimes contre l’humanité. Les quatre coins du monde arabe ont été secoués craignant la possibilité de l’exécution du mandat d’arrêt demandé par la Cour Pénale Internationale (CPI) contre le président Béchir avec la bénédiction du Conseil de sécurité. Le gouvernement de Khartoum se trouve alors obligé de mener un combat juridique et politique contre un rassemblement international solide disposant de preuves crédibles d’implication dans des génocides perpétrés avec le soutien de l’armée et des milices Djandjawid contre les civils au Darfour. Des opérations qui ont fait des milliers de victimes et des millions de sans-abri.

Il est tout à fait normal que les pays arabes fassent corps avec le Soudan, à un moment où la décision est favorablement accueillie en Occident, et de la part des gouvernements et des organisations des droits de l’homme. Il est tout à fait normal également dans ce contexte d’évoquer les complots fomentés et planifiés par les Américains avec l’aide des éléments sionistes dans la course visant à s’accaparer des énormes richesses du Darfour qui ont été attribuées par le gouvernement de Khartoum aux compagnies chinoises. Il est également évident dans ce contexte que les organisations internationales ferment les yeux sur la nature des aides étrangères procurées aux rebelles en vue d’avorter le processus de paix auquel aspirait le gouvernement de Khartoum.

Nombreux sont les prétextes avancés réfutant la légitimité de la demande de la Cour pénale internationale à cause de ses prises de positions politisées. Surtout si nous prenons en considération le fait que le Soudan n’a pas signé, à l’instar des Etats-Unis, de la Russie et d’Israël, l’accord international en vertu duquel la Cour a été établie. Il est temps que des questions soient soulevées sur le principe sélectif auquel la Cour a recours dans le choix des crimes qu’elle examine et qui l’amène à fermer les yeux sur les crimes de guerre perpétrés par Israël en Palestine ou ceux commis par l’Oncle Sam en Iraq et en Afghanistan.

Si nous mettons de côté tous ces arguments précités pour focaliser sur les crimes commis contre l’humanité, nous aurons aussi la possibilité de voir clairement les atrocités commises par les gouvernements arabes, et pas le Soudan seulement, à l’encontre de leurs peuples. D’ailleurs, les rapports internationaux des droits de l’homme contiennent un registre faisant état des maltraitances que subissent leurs peuples, parfois pour des raisons politiques ou racistes. Un registre qui incite non seulement à l’inquiétude, mais qui met aussi les gouvernements sous la coupe des sanctions.

Les tortures et les atrocités perpétrées dans les prisons et dont les nouvelles se propagent à l’étranger et qui ne font l’objet d’aucune enquête prouvent que l’acte de récusation des preuves et des procédures juridiques n’est pas une négation du crime en tant que tel.

Il serait naïf de se demander ce qui empêche Béchir de se livrer à la CPI pour prouver son innocence. Dans un monde riche en injustices et en allégations, où la justice ne s’applique que sur les faibles et les vaincus, où des citoyens peuvent périr juste par un mot prononcé par un gouverneur tyran ou déséquilibré, l’acte d’accusation de Béchir demeure un des épisodes de la tragédie humaine du Darfour. Mais il est également une preuve des crimes que les gouvernements commettent non seulement à l’encontre d’eux-mêmes mais également à l’encontre de leurs peuples. Ces mêmes gouvernements se dérobent derrière les allégations de solidarité arabe, qui s’avèrent être en fin de compte une sorte de complot arabe.

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