Liban-Syrie.
Les visites diplomatiques viennent confirmer l’amélioration
des relations bilatérales mais beaucoup reste à faire.
Un réchauffement à petites doses
Il
paraît que la Syrie est vraiment déterminée à améliorer son
image sur la scène mondiale et à ouvrir une nouvelle page
avec son voisin libanais. Suite à l’acceptation des deux
Etats d’échanger les ambassades, annoncée à la veille de
l’ouverture de l’Union pour la Méditerranée, et dans la
foulée de la formation du gouvernement libanais d’union
nationale, place a été faite aux visites diplomatiques. Le
chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem a entamé lundi
à Beyrouth une visite qui doit ouvrir un nouveau chapitre
des relations entre les deux pays.
Cette visite « ouvrira une nouvelle ère dans les relations
bilatérales, après les tensions qui les ont marquées durant
les trois dernières années », a déclaré M. Mouallem au
quotidien libanais As-Safir, proche de l’opposition. « Nous
espérons les dépasser (ces tensions) et atteindre un nouvel
horizon de coopération fraternelle entre la Syrie et le
Liban. Toutes les conditions d’un succès sont réunies », a
ajouté M. Mouallem.
L’échange de visites entre dirigeants libanais et syriens «
marquera le début d’un processus de réexamen global (des
relations) et de la reconstruction des relations sur des
bases solides en harmonie avec les intérêts des deux pays »,
a poursuivi M. Mouallem.
Toutefois, les bonnes intentions ne suffisent pas à
elles seules. Si les analystes s’accordent à voir dans cette
visite une volonté syrienne de s’ouvrir sur le monde et de
sortir de son isolement, notamment avec la recrudescence de
la pression sur Téhéran, de nombreux dossiers épineux
restent à traiter avant l’établissement de relations
diplomatiques normales. D’autant plus que Damas et Beyrouth
n’ont jamais noué de relations diplomatiques depuis la
proclamation de leur indépendance, il y a plus de 60 ans, à
la fin du mandat français.
Pendant trente ans, la Syrie a maintenu une forte tutelle
politique et militaire sur le Liban. Elle n’a été forcée de
retirer ses soldats qu’après sa mise en cause dans
l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafiq Hariri en
2005, qui l’avait isolée sur la scène internationale.
Avec son allié l’Iran, la Syrie soutient l’opposition menée
par le Hezbollah chiite face à la majorité anti-syrienne
appuyée par les pays occidentaux et la plupart des pays
arabes. La majorité au pouvoir accuse Damas de déstabiliser
le Liban. Certains parmi eux estiment même nécessaire
l’annulation du Conseil supérieur syro-libanais créé en 1991
et qui régissait les liens diplomatiques entre les deux
pays.
Un député de la majorité anti-syrienne, Akram Chehayeb, a,
dans ce contexte, appelé dimanche le Parlement libanais à
abolir le traité syro-libanais dit « de fraternité et de
coopération » signé en 1991 et qui a officialisé la
domination syrienne. « Ce traité a été signé durant l’époque
de tutelle et le Liban n’avait pas son mot à dire », a
affirmé M. Chehayeb dans un communiqué, estimant que
l’accord « avait épuisé » le pays.
Un autre député anti-syrien, Mosbah Al-Ahdab, a appelé à la
délimitation de la frontière avec la Syrie là où le tracé
est imprécis et à régler la question des armes à l’intérieur
des 12 camps palestiniens au Liban qui, selon lui, est «
liée aux services de renseignement syriens ». Ces camps
échappent au contrôle des autorités libanaises.
« Nous souhaitons que Damas coopère de manière sérieuse et
positive pour clore le dossier des détenus libanais en Syrie
ainsi que celui des disparus au moment de la tutelle
(syrienne) », avait ajouté M. Ahdab.
Damas nie la présence de ces personnes en Syrie, qui
seraient au nombre de 650 selon les organisations libanaises
des droits de l’homme. Une normalisation qui ne s’annonce
donc pas de tout repos et beaucoup de terrains restent à
déblayer.
Rania
Adel