Soudan.
La décision de la CPI illustre encore une fois la politique
de deux poids deux mesures qui s’érige désormais de plus en
plus comme règle du droit international.
Et pourquoi pas Bush et les autres ?
Si
c’est oui pour le président soudanais Omar Al-Béchir,
pourquoi donc c’est non pour d’autres ? Une question qui
s’impose suite à la décision de la Cour Pénale
Internationale (CPI) de demander de juger le dirigeant
soudanais pour crimes de guerre et de génocide. Il est vrai
que les crimes du chef soudanais peuvent bien être énumérés
et listés en ce qui concerne la gestion de son Etat pour la
crise du Darfour. Mais il est sûr que le Soudan n’est pas le
seul et unique cas sur la scène, bien au contraire, les
exemples se multiplient. Lorsqu’on parle des massacres qui
ont eu lieu en Palestine ou en Iraq, on est sûrement face à
des catastrophes qui ne manquent pas d’importance.
La décision de la CPI est politisée, dit-on. Elle s’aligne
sur les intérêts américains en omettant son rôle
fondamental. Chose évidente, sinon pourquoi donc les vrais
criminels sont-ils toujours libres ? C’est là effectivement
que se concentre le problème de la Cour pénale
internationale qui suit deux critères de jugement
différents. Elle ne s’attaque jamais à des chefs d’Etat
protégés par des puissances politiques ou financières. Si
les crimes au Darfour ont été si clairs pour la CPI, les
massacres des milliers d’hommes, de femmes, et d’enfants
dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila à Beyrouth
commis par l’ex-premier ministre israélien Ariel Sharon en
1982, sont sûrement aussi évidents. Pourtant, il n’a jamais
été jugé ni puni pour ses crimes. On estime à 3 500
Palestiniens et Libanais massacrés uniquement dans ces
camps. Et toujours pas de jugement. Pourtant, en 2001, 23
survivants de Sabra et Chatila ont déposé devant la justice
belge une plainte contre Sharon, pour actes de génocide,
crimes contre l’humanité, crimes portant atteinte aux
personnes et aux biens protégés par les conventions signées
à Genève le 12 août 1949. Ensuite, le Conseil de sécurité
des Nations-Unies a condamné le massacre par la résolution
521 du 19 septembre 1982. Cette condamnation a été suivie
par une résolution de l’Assemblée générale du 16 décembre
1982 qui a qualifié le massacre « d’acte de génocide ».
Mais les fortes pressions israélo-américaines ont empêché la
comparution de Sharon devant une juridiction pénale.
Dans le
coma depuis presque trois ans, Sharon n’a donc jamais été
touché. « L’exemple de Sharon est très frappant, car les
crimes et les génocides qu’il a commis ont bien été définis
et précisés pour le monde entier, pourtant, personne n’a osé
le toucher », lance Abdallah Al-Achaal, spécialiste en droit
international. En effet, ni les Américains, ni les Français,
ni les lobbies juifs du monde entier ne reconnaîtront
coupable un dirigeant israélien. La situation n’est pas
différente pour le premier ministre israélien Ehud Olmert
qui est venu à son tour poursuivre l’itinéraire de Sharon et
a commencé par un « Holocauste » dans les territoires
palestiniens et contre le peuple palestinien en décembre
dernier. Et la destruction de l’Etat iraqien par les
Américains n’a sûrement pas été invisible. Qu’il s’agisse de
Bush père ou fils, tous les deux doivent aussi et sans aucun
doute être accusés de génocide. Pour Al-Achaal, les crimes
de la famille Bush ont commencé depuis le retrait des forces
iraqiennes du territoire koweïtien en 1991 et durant lequel
l’armée américaine a anéanti plus du quart de l’armée
iraqienne.
Et le
fils n’est pas été plus sage que le père. Bien que ce
dernier ait, depuis son intervention en Iraq en 2003, causé
la mort de plus de 4 millions d’Iraqiens. Et ses crimes se
poursuivent en Afghanistan où il a utilisé des armes
interdites et a anéanti des milliers de civils sous le seul
prétexte de la guerre contre le terrorisme. Personne n’a osé
l’interroger après le scandale d’Abou-Gharib, lorsque des
plaintes diverses et circonstanciées ont réclamé
l’inculpation de Donald Rumsfeld et de George Tenet, ancien
patron de la CIA, pour pratiques de tortures sur des
prisonniers d’Abou-Gharib en Iraq, mais également pour les
méthodes d’interrogatoire inhumaines exercées sur les
prisonniers de Guantanamo. L’ex-secrétaire américain à la
Défense n’a rien fait de moins que menacer la Belgique de
retirer le siège de l’Organisation du Traité de l’Atlantique
Nord de Bruxelles. Résultat : personne ne peut
attaquer Rumsfeld, ni d’ailleurs aucun autre responsable
américain.
Les
exemples sont bien nombreux. Il y a aussi celui du président
Denis Sassou qui, depuis plusieurs années, fait l’objet de
dizaines de plaintes de ses compatriotes pour les « crimes »
de masse que ses soldats sont soupçonnée d’avoir perpétrés
dans la guerre du Beach au Congo. Or, c’est un « grand ami »
de la France, vers laquelle il exporte le pétrole congolais.
Donc, pas de procédures de la CPI à son encontre.
Chaïmaa Abdel-Hamid