Soudan.
Le Darfour, une crise qui se complique à mesure qu’elle
s’internationalise. Répression interne, convoitise
américaine, voire israélienne, rien n’est fait réellement
pour sauver la province et sa population.
Une simple question d’intérêts économiques
C’est
exactement le 26 février 2003 que le conflit au Darfour
éclate. Tout a commencé lorsqu’un groupe armé s’est emparé
de la petite ville de Gulu, au Nord-Darfour. Un incident
suivi par la création de deux mouvements rebelles, le
Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM) et le
Mouvement/Armée de Libération du Soudan (MLS/ALS), qui ont
lancé la véritable rébellion contre le pouvoir, réclamant
une répartition équitable du pouvoir et des richesses.
Depuis, un cycle de combats et de répression sanglante
opposant ces rebelles aux troupes gouvernementales appuyées
par les milices Janjawids, a commencé. Ces Janjawids sont
alors accusés de commettre des massacres contre les
cultivateurs sédentaires africains, des incendies de
villages et des viols. Aujourd’hui, la crise entre dans sa
sixième année, la situation sécuritaire et humanitaire dans
cette région de l’ouest du Soudan ne cesse de se détériorer,
et il n’y a même pas l’ombre d’une issue. Environ 200 000
morts, 1,85 million de déplacés et 230 000 réfugiés. Des
chiffres démontrant l’ampleur de la crise. Darfour, ou la
maison des fours en arabe, occupe une superficie de 510 000
km2 et est peuplé de plus de 7 millions d’habitants. Une
région de longue date marginalisée par les gouvernements
soudanais consécutifs.
Des accords de cessez-le-feu et de paix ont été signés entre
Khartoum et les rebelles du Darfour mais rien n’est
respecté. Et ce qui complique en plus la situation c’est
l’intervention étrangère dans ce conflit. Sur le plan
international, le régime soudanais est accusé de génocide,
de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité envers
les habitants du Darfour. Une série de pressions est alors
exercée sur Khartoum afin de mettre fin à ce conflit. L’Onu
a approuvé des sanctions ciblées contre des responsables
soudanais reconnus coupables d’atrocités et a imposé un
embargo sur la vente et la livraison d’armes au Darfour. La
promulgation de la résolution 1 706 de l’Onu concernant le
déploiement des forces internationales au Darfour est vue
aussi par le régime soudanais aussi que par la Ligue arabe
et la Conférence islamique comme une sorte d’ingérence
inacceptable dans les affaires intérieures soudanaises. Mais
Khartoum a enfin accepté les troupes étrangères, par crainte
d’une intervention militaire au Darfour. Une force conjointe
Onu-Union africaine au Darfour (Minuad) a été ainsi créée en
juillet 2007. Elle a pris le relais d’une mission africaine
(Amis) qui, faute de moyens et de financement, était
incapable de s’imposer sur le terrain. La Minuad est aussi
considérée aujourd’hui comme une force de maintien de paix
en panne.
Les convoitises américaines
Il n’y a aucun doute sur le fait que la prise de position
internationale envers le Darfour est en premier lieu dirigée
par les Etats-Unis. Il est clair que Washington se sert du
drame du Darfour pour satisfaire ses propres intérêts
économiques et politiques. Ce sont les richesses qui se
trouvent dans le sous-sol soudanais qui attisent la
convoitise américaine. Et le Darfour est connu pour
être riche en uranium, cuivre, fer, or et argent et
malheureusement ces richesses naturelles ne sont pas
répertoriées. Mais le plus attirant pour Washington et
devant lequel il ne peut pas cacher sa faiblesse, c’est le
pétrole. Le plus récent champ pétrolier découvert au Darfour
devrait produire 500 000 barils/jour. Alors contrôler les
ressources pétrolières soudanaises devient le rêve de
Washington. Il soutient alors les rebelles du Darfour qui se
disent en faveur de l’intervention internationale dans la
province. Un des principaux chefs rebelles a été reçu par
George W. Bush en juillet 2006. Les Etats-Unis réclament
toujours des sanctions commerciales internationales contre
le Soudan et parlent même aujourd’hui d’une intervention
militaire.
La Chine menace, quant à elle, toujours d’user de son droit
de veto au Conseil de sécurité des Nations-Unies pour
bloquer les sanctions contre le Soudan. Pour elle, la crise
du Darfour doit être réglée par les Soudanais eux-mêmes et
non sous pression étrangère. Mais en fait, la Chine a peur
de perdre sa place de principal exploitant industriel du
pétrole soudanais en achetant 65 % de la production
pétrolière soudanaise. A cet égard, la Chine est accusée de
faire partie des vendeurs d’armes au Soudan depuis quelques
années, une affaire niée par Pékin.
Israël aussi entre en jeu. Le conseiller politique du
président soudanais Abdallah Moshar a affirmé récemment que
le lobby sioniste soutient les rebelles du Darfour et
cherche à encercler Khartoum. Et d’ajouter : « Des camps
d’entraînements en Israël forment les rebelles du Darfour,
et le gouvernement soudanais a découvert un nombre important
d’armes israéliennes, à l’intérieur des bases rebelles, au
Darfour ». En outre, L’Etat hébreu accueille à bras ouverts
les réfugiés darfouris. Et tout bizarre, ce pays qui a
commis toute sorte de crimes contre l’humanité se dit très
impliqué dans l’humanitaire. Les journaux israéliens parlent
des réfugiés du Darfour qui ont trouvé asile en Israël et
bénéficient d’activités diverses, qui ont pour but de leur
offrir un retour à un semblant de vie normale. Et qu’Israël
va transférer 16 millions de shekels à quatre organismes
internationaux d’aide et achètera à des compagnies
israéliennes des médicaments et des équipements de
dessalement d’eau de mer pour une valeur de 1 million de
dollars. « L’Etat d’Israël ne peut pas rester sans rien
faire, sans essayer de tendre la main quand une tragédie
humaine si terrible, la pire au monde, a lieu actuellement
», dit Daniel Meron, directeur du département des droits de
l’homme au ministère des Affaires étrangères israélien.
Ainsi, trouver une issue pour le conflit au Darfour devient
ainsi une affaire extrêmement difficile voire impossible à
l’heure actuelle.
Aliaa
Al-Korachi