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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Soudan. Fouad Abdel-Moneim Riyad, ancien juge au Tribunal pénal international d’ex-Yougoslavie, met en relief l’importance pour le Soudan d’établir sans délai une juridiction intègre de haut niveau pour juger sans exception les responsables des crimes de guerre. Entretien.

« Au lieu de ces manifestations verbales, il faut plutôt prendre des actions juridiques »

Al-Ahram Hebdo : Comment jugez-vous la décision prise contre le président Al-Béchir par la CPI ?

Fouad Abdel-Moneim Riyad : Au départ plutôt que de nous lamenter, nous devons regarder la situation actuelle d’un angle différent et nous demander plutôt comment sortir de cette impasse. D’ailleurs, la situation est beaucoup plus grave que nous pouvons l’imaginer, parce qu’elle réunit un aspect politique, international et un autre juridique. D’ailleurs, sur ce dernier plan, personne ne peut plus contester l’existence et la compétence de la CPI en tant que première juridiction mondiale politique sur les crimes contre l’humanité. On peut même considérer cette cour comme le plus grand accomplissement du XXe siècle car elle incarne la transformation du droit international, d’un droit qui relève plutôt de la théorie, en un système efficace.

— Les pays arabes sont-ils à même de réagir à la décision ?

— Notre point de départ est que nous sommes devant une juridiction dont le monde a besoin pour mettre fin aux erreurs commises parfois par des armées des pays forts contre les pays faibles ou par un chef dictateur contre son peuple faible. Bien sûr, la création de cette cour n’a pas été acceptée par tout le monde. Certains pays n’y ont pas adhéré comme l’Amérique, Israël parce que ce sont des pays qui  ont carrément peur de la compétence de cette cour parce qu’ils ont commis des crimes contre l’humanité, Israël ne fait que perpétrer de telles violations. Malheureusement, les pays arabes non plus n’ont pas adhéré à la cour à l’exception de la Jordanie et de Djibouti. Les autres pays ont signé le traité de Rome mais n’ont pas encore ratifié le traité et tous les juristes du monde arabe surtout les internationalistes luttent pour que nos pays soient membres effectifs. Résultat : nous n’avons aucun juge alors que nous aurions même pu avoir un procureur à la cour, on aurait pu avoir une influence et on aurait pu dans la mesure du possible amener Israël devant la cour.

— Les compétences de la CPI sont-elles sans limites ?

— La cour ne peut juger que les cas où les crimes ont été commis contre l’humanité, les crimes de guerres et le génocide. Ce sont les trois crimes principaux. La cour n’est compétente que si le crime est commis pas l’un des pays membres du traité de Rome ou commis sur un territoire d’un pays membre qui a aussi adhéré au traité de Rome qui a établi la CPI. C’est pour cela d’ailleurs que nous ne pouvons pas porter les massacres commis en Palestine devant la Cour pénale internationale puisqu’aucun pays arabe n’est membre.

— Et pour le cas du Soudan ?

— Cet argument aurait pu servir pour le Soudan. On peut dire, que puisque le Soudan n’est pas membre du traité de Rome qui a établi la CPI en 1998, celle-ci n’a pas de juridiction et n’est pas compétente pour juger les crimes de guerres commis au Soudan.

— Est-ce pour cela que le Conseil de sécurité est intervenu ?

— Exactement, car selon le statut de la CPI, le conseil de sécurité peut aussi référer un cas de crime contre l’humanité commis n’importe où dans le monde, même dans un pays qui n’est pas membre du traité de Rome. Il n’en reste pas moins que cette compétence demeure discutable étant donné que le texte de l’article 13 précise que cette référence doit se faire  « conformément aux dispositions du présent statut ». Or, le statut de la cour précise que les crimes doivent être commis soit par les citoyens d’un pays membre de la cour soit sur le territoire d’un pays membre. Ce qui n’est pas le cas dans la situation du Soudan.

— Et sur le plan juridique, quel plan proposez-vous ?

— Il ne faut pas tarder à agir sur le plan judiciaire interne au Soudan, afin d’éviter la poursuite des mesures prises par la CPI. En effet, la compétence de la CPI est d’une nature secondaire et provisoire, en ce sens que la cour n’est censée intervenir que dans les cas où les tribunaux nationaux ou les juridictions compétentes nationales du pays concerné n’assument pas d’une façon sérieuse et légale la tâche qui leur incombe de procéder au jugement de l’affaire. Ainsi, l’Etat soudanais peut-il établir sans délai, une juridiction intègre de haut niveau pour juger sans exception ceux contre lesquels une accusation grave de crime contre l’humanité pèse.

— Pourquoi donc Al-Béchir a-t-il été spécifiquement accusé ?

— Pour ce qui est du mandat d’arrêt dressé contre le président Al-Béchir, le procureur a pris le soin de préciser que les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre n’ont pas été commis par le président lui-même mais par l’intermédiaire d’autres personnes. Ceci indique que la démarche du procureur se trouve basée sur le principe de la responsabilité du commandement établi par le statut de la CPI.

— Mais qu’en est-il de l’immunité des chefs d’Etat ?

— Il est important de noter que le statut de la CPI dans son article 27 ne considère pas l’immunité, reconnue en droit interne et en droit international pour les chefs d’Etat et les agents de l’Etat, comme un empêchement susceptible d’empêcher la cour d’exercer sa compétence. Ainsi, au lieu de ces manifestations verbales, il faut plutôt prendre des actions juridiques. On peut donc souhaiter que pendant que les communautés arabe et africaine exercent leurs pressions sur le plan international par rapport à la résolution des Nations-Unies, l’Etat soudanais doive s’empresser de prendre les actions nécessaires sur le plan judiciaire conduisant à l’incompétence de la CPI.

Propos recueillis par Chaimaa Abdel-Hamid

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La Cour pénale internationale

La CPI a été créée en 2002 après la ratification du traité de Rome par soixante Etats.

Elle siège à La Haye et est présidée par le juge canadien Philippe Kirsch. Elle compte 18 juges. C’est le premier tribunal permanent chargé de juger les auteurs de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Le « crime d’agression » figure également dans son statut, mais sa définition doit encore être précisée.

La CPI a une compétence intemporelle et sa juridiction n’est pas rétroactive.

Elle peut être saisie par des Etats signataires du traité de Rome. Son procureur peut également prendre l’initiative de se saisir d’une affaire.

Le Conseil de sécurité de l’Onu peut également saisir la Cour.

Sa juridiction s’exerce quelle que soit la nationalité de l’auteur supposé des crimes.

La Cour ne pourra intervenir que si la justice nationale ne peut pas ou ne veut pas traiter de manière adéquate les crimes tombant sous la juridiction de la CPI.

 

 




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