Réflexion. Si le concept de l’Union pour la Méditerranée est axé sur la coopération régionale, il ne faudrait pas perdre de vue la dimension stratégique qui implique l’instauration d’un environnement de paix.

 

La Méditerranée : les nouveaux enjeux

 

Et d’abord, les dits et les non-dits. Si un espace s’organise c’est parce qu’il a des fonctions à remplir et qu’aucune coopération régionale ne peut se construire sans que les participants aient conscience d’en tirer les avantages réciproques. Les grands chantiers de coopération tels qu’ils ont été énoncés sont les suivants : environnement, développement durable, croissance économique, développement social, dialogue des cultures et sécurité, aucun acteur ne peut rester indifférent. Mais penser la Méditerranée à long terme implique que les réponses ne peuvent pas être exclusivement économiques ou/et sécuritaires, ou prôner l’économique d’abord, même si le développement économique est un impératif.

L’Union pour la Méditerranée est un concept d’ensemble, concernant les aspects diplomatiques et culturels tout autant que financiers et économiques, portant ses préoccupations sur les populations et les sociétés, ainsi que sur une conception de la démocratie, des droits de l’homme avec le but de rapprocher les peuples des deux rives et permettre à la région de rattraper son retard. Cela dit, au sein des pays méditerranéens de la rive sud, il y a une confusion entre les intérêts du régime et ceux de l’Etat en raison de sa domination sur la population ainsi que son incapacité à la protéger, ce qui implique par conséquent une nécessaire implication des sociétés civiles des pays concernés. Les régimes du sud de la Méditerranée devraient cesser de légitimer leur autoritarisme au nom de l’incompatibilité de l’islam et la démocratie.

Le renforcement de l’assise économique ne peut se concevoir sans souligner les liens qui existent entre le développement économique, la bonne gouvernance, le pluralisme politique et le respect de l’autre. Quant au défi du développement, il demeure le point principal de l’initiative à mener en Méditerranée. Dans un monde où la communication s’est spectaculairement amplifiée au profit du plus grand nombre et où les besoins des populations déshéritées mais aussi des classes moyennes se multiplient, les réponses doivent être à la hauteur. Pourquoi ne pas envisager un « Plan Marshall » par exemple, au mieux un « Plan Sarkozy » étant donné que c’est lui l’architecte courageux et dynamique de cette initiative. Pourquoi ne pas envisager ce plan pour les économies émergentes qui ont désormais les capacités de s’organiser ? Un décrochage significatif qui pourrait assurer un sursaut économique dans les pays du Sud, seul susceptible d’en faire à moyen ou à long termes, un pôle qui compte sur l’échiquier mondial est nécessaire. Ceci nécessite des investissements massifs judicieusement ciblés qui pourront tirer vers le haut les économies méditerranéennes, tout comme la situation qui prévaut actuellement dans les pays d’Europe centrale et orientale. Il convient également de souligner que le développement est la seule réponse à la maîtrise des flux migratoires. A partir du moment où le niveau de développement sera sérieusement rehaussé, que le système éducatif sera réformé de fond en comble, la migration de la main-d’œuvre et des cerveaux s’atténuera.

D’autre part, si à court terme, l’idée de l’Union pour la Méditerranée est basée sur la coopération régionale, il ne faudrait pas perdre de vue la dimension stratégique qui implique la dimension conflictuelle. Une bonne gouvernance en Méditerranée nécessite d’œuvrer en faveur de la paix dans la région. Or, selon les propos de M. Alain Leroy, « l’objectif de l’Union est politique, mais son moteur est l’économie. Nous ne pouvons pas attendre que les conflits soient réglés pour lancer nos projets. Mais l’Union mettra en route un processus qui, nous l’espérons, aidera à résoudre les conflits politiques ». Or, il ne suffit pas d'espérer. S'il est vrai qu'en avançant sur des coopérations concrètes, on peut éventuellement créer des liens de solidarité entre les peuples, l'absence de solution du problème palestinien, problème non résolu depuis la création de l'Etat d'Israël, la réussite de l'enjeu « Méditerranée » court un risque énorme, tant qu'elle n'aura pas engagé une action significative étayée de mesures concrètes vis-à-vis du conflit israélo-palestinien.

 Nul doute que le président Sarkozy ait voulu insuffler un nouveau souffle au processus de Barcelone et que son engagement à l’égard de la région méditerranéenne est profond.

« Je me battrai, dit-il, pendant sa campagne électorale, pour l’Union de la Méditerranée. En tournant le dos à la Méditerranée, la France a cru tourner le dos à son passé, en fait, elle a tourné le dos à son avenir ... ».

Son discours à Toulon, le 7 février 2007 est également révélateur.

« Dans Toulon, vieille ville provençale, tournée vers la mer, je suis venu dire aux Français que leur avenir se joue ici en Méditerranée ... Nous sommes aussi les enfants de Cordoue et de Grenade, les enfants des savants arabes, qui nous ont transmis l’héritage des anciens Grecs et qui l’ont enrichi. Nous tous, juifs, chrétiens, musulmans, non croyants, nous sommes les héritiers d’un même patrimoine de valeurs spirituelles qui donne à nos Dieux et à nos civilisations tant de ressemblances ».

Ce discours s’inscrit dans une réhabilitation de la politique arabe de la France.

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’instauration d’un partenariat plus cohérent fondé sur l’appropriation partagée du processus. La mise en place d’une coprésidence par un pays du Sud et un pays du Nord a recueilli le soutien général des partenaires. Le choix de l’Egypte comme premier co-président souligne son poids indiscutable dans la région ainsi que son énorme potentiel à être la force motrice de cette Union aux côtés de la France. A cet égard, l’Egypte est appelée à discuter le projet, à l’enrichir et le « finaliser » pour y inclure les attentes légitimes de ses partenaires du Sud. Elle se doit de participer activement à la construction de cet édifice. Pour se faire, le projet devrait susciter une mûre réflexion et être l’objet d’un large débat qui devrait s’ancrer à l’échelon des bases, au niveau de la société civile, et pas exclusivement en fonction des options gouvernementales. Si la mise en place de l’Union pour la Méditerranée a un intérêt, c’est celui d’inverser la situation présente en créant une sphère de coprospérité et de confiance étayée autant que possible par un environnement de paix. L’Union pour la Méditerranée est une chance. Saisissons-la !

Mona Makram Ebeid

Ex-députéeProfesseure de sciences politiques,

En bref

 

La poésie égyptienne à Lodève

La jeune poétesse Nagat Ali est l’invitée égyptienne au Festival de poésie Voix de la Méditerranée à Lodève (Sud de la France) qui se tient du 19 au 27 juillet. Les Marocains Siham Bouhlal et Moubarak Ouassat prendront part à cette 11e édition du festival. Cette manifestation, qui réunit poètes et artistes venant des 33 pays de la Méditerranée, comprend notamment un marché de poésie et du livre méditerranéen ainsi que des spectacles poétiques et musicaux portés par de grandes voix.

Nagat Ali présentera des vers traduits en français sélectionnés de ses trois recueils : Kaën khorafi ghayatoh al-sarsara (une créature fantastique qui adore bavarder), Haët machqouq (un mur fissuré) et Qobour zogaguiya (des tombes en verre). Ce même festival avait déjà accueilli, pendant les éditions précédentes, d’éminents poètes arabes comme Saadi Youssef, Sargon Boulos, Mohamed Bennis, Abbas Beydoune, Iman Mersal et Mahmoud Qorani.

 

 

La 4e édition du Festival méditerranéen de la culture amazigh à Tanger se tiendra du 24 au 27 juillet. Depuis 2005, l’Association Touiza de Tanger tient à œuvrer à l’intégration de l’amazighité dans son environnement par l’organisation de ce festival méditerranéen. Inspirée par les valeurs de cette culture et par son histoire, l’association dévoile, dès le début de chaque session, un slogan qui est cette année « L’Amazighité : Un espace de dialogue des cultures».

 

Hommage à Mégahed

Sous les auspices de Hani Hilal, ministre de l’Enseignement et de la Recherche scientifique, l’Académie Akhbar Al-Youm a rendu hommage à Ahmad Mégahed, président de l’Organisme des palais de la culture. Et ce pour sa contribution à renforcer les liens entre les institutions culturelles et académiques à travers une série de concours et d’activités adressés aux étudiants. La cérémonie a eu lieu la semaine dernière en la présence des présidents et doyens des universités dans le cadre de la célébration de la nouvelle promotion de l’Académie Akhbar Al-Youm.

Université américaine du Caire.