Pollution.
La fuite de mazout qui s’est déversé dans le Nil, le 13
juillet 2008 à Hélouan, a maintenant disparu. Les ministères
concernés ont fait de leur mieux, mais un plan commun de
lutte contre les catastrophes environnementales est urgent.
Un Nil bien vulnérable ...
«
Il ne manquait plus que ça au Nil ! Après les ordures, les
eaux usées de toutes sortes déversées au quotidien, cette
semaine, du mazout est venu compléter le tableau des
polluants qui attaquent ce pauvre fleuve », annonce,
indigné, Mohamad Abdel-Maqsoud, de l’Association des
écrivains de l’environnement et du développement. Des faits
et gestes irresponsables viennent nuire à l’environnement
égyptien.
L’histoire remonte au 13 juillet à 22 heures, quand une
canalisation de mazout utilisé comme combustible dans la
cimenterie PortLand Hélouan se rompt. En quelques heures,
quelque 23 tonnes de mazout se sont déversés dans la nature,
rejoignant des canaux artificiels qui conduisaient autrefois
l’eau des inondations vers le Nil, pour s’y jeter. Les
plantes sauvages qui recouvraient ces canaux ont dissimulé
l’incident de sorte que ce n’est que le lendemain matin que
la police de l’environnement a donné l’alerte. « Nous avons
reçu une alerte de la police de l’environnement lundi matin
et nous nous sommes rendus sur le site. La première chose
que nous avons faite était de recouvrir les canaux avec du
sable et des cailloux pour empêcher le reste de mazout de
tomber dans le Nil. Mais déjà quelque 5 tonnes avaient
atteint le fleuve », explique Mahmoud Ismaïl, responsable de
l’unité de la gestion des crises et des catastrophes
environnementales au sein du ministère de l’Environnement.
Pour empêcher la tache de s’élargir, le ministère de
l’Environnement a ensuite utilisé de la paille de riz pour
absorber le mazout. « Je ne sais vraiment pas pourquoi la
presse a critiqué l’utilisation de la paille pour absorber
l’huile et l’ont qualifiée de lutte primaire qui ne convient
pas à la technologie du XXIe siècle. Car la paille a une
grande faculté d’absorption, et aussi c’est une méthode
biologique qui ne nuit pas à l’eau du fleuve. Il faut savoir
également que les centres de lutte contre la pollution à
l’huile sont à l’origine des centres marins, dont le plus
proche se trouve à Suez, et que les équipements de lutte
contre la pollution marine à l’huile ne sont pas tous à même
d’être utilisés dans les eaux douces », explique Mahmoud
Ismaïl. Et de se demander : « Fallait-il attendre jusqu’à
15h pour lutter contre le mazout avec des équipements
modernes et laisser entre-temps la tache s’élargir ou plutôt
bien agir à huit heures du matin de façon primaire ? ».
Pour contrer la catastrophe, le ministère de l’Environnement
n’a pas été le seul à agir. Sont aussi intervenus le
ministère des Ressources hydrauliques et de l’Irrigation, le
ministère du Pétrole, celui de l’Intérieur, le gouvernorat
du Caire et les services de l’eau potable du Grand Caire. «
Le ministère des Ressources hydrauliques et de l’Irrigation
a fourni des équipements pour arracher les plantes sauvages
afin de pouvoir voir le mazout et ainsi dépolluer le site
avec les équipements envoyés par le ministère du Pétrole.
Nous avons également prélever des échantillons de l’eau du
Nil pour les analyser dans notre laboratoire central et nous
assurer que l’eau était propre », explique le Dr Hussein Al-Atfi,
porte-parole officiel du ministère des Ressources
hydrauliques et de l’Irrigation. En effet, la pollution au
mazout s’est produite à proximité de la station d’eau
potable de Kafr Al-Elw, ce qui a nécessité sa fermeture
pendant 36 heures pour effectuer des tests.
Lacunes de la maintenance
La
crise a été maîtrisée en 48 heures par les différents
ministères mais sans mettre en application un plan
commun de lutte contre ce genre de pollution soudaine des
eaux. Un plan général qui définirait un rôle précis à
chacune des parties. Sans compter que l’incident est venu
révéler les lacunes de la maintenance, du renouvellement et
de la surveillance des réseaux de canalisation dont la
longueur atteint les 14 kilomètres dans le pays. Une autre
nécessité est celle de fournir un nombre suffisant
d’équipements de lutte contre la pollution liquide dans les
eaux douces et de les placer sur les sites les plus exposés
au danger. Pour fournir ces équipements sans que cela pèse
de manière exagérée sur le budget de l’Etat, Mahmoud Ismaïl
suggère créer, à l’exemple du timbre de police, un timbre
pour la protection de l’environnement. « Si les bateaux de
croisière et les restaurants flottants adoptent cette idée
et ajoutent le montant de ce timbre, soit une ou deux livres
égyptiennes, sur la facture de leurs clients, cela passera
presque inaperçu dans l’addition élevée de ce genre de
lieux. Ainsi, pourrons-nous récolter une somme de 15
millions de L.E. par an pour acheter les équipements
nécessaires pour lutter contre la pollution du Nil »,
suggère-t-il.
Dalia
Abdel-Salam