Dollar. Pour la
première fois depuis la libéralisation du taux de change en 2003, il est passé
en dessous du seuil des 5,30 L.E. L’impact de cette baisse reste limité sur le
court terme. Toutefois, les réserves nationales en dollars risquent de diminuer
si elle continue.
Une chute inattendue et surprenante
« Je
dois supporter des pertes énormes à cause de la chute du cours du dollar. En un
seul jour, j’ai perdu plus de 3 000 L.E. de mon épargne en dollars. Les
autorités devraient intervenir », se plaint Saïd Abdel-Wahab, détenteur, comme
des millions d’autres personnes, de dollars et qui ont encaissé la semaine
dernière la chute de son cours au niveau national. Ce dernier est passé pour la
première fois en dessous du seuil des 5,30 L.E. pour atteindre le 15 juillet
5,29 L.E., un niveau jamais enregistré depuis la libéralisation du taux de
change en janvier 2003. Cette chute surprenante a eu des répercussions sur
différents acteurs du marché. Les bureaux de change ont été les plus touchés. «
L’activité des changes est presque paralysée bien que la saison soit propice en
raison du retour des travailleurs du Golfe. Ces derniers ont été choqués par la
chute, ce qui les poussent à ne changer que de petits montants », explique
Ibrahim Al-Mazallawi, propriétaire d’un des grands bureaux de change qui
prévoit cependant que ce ralentissement ne durera pas. « Selon les prévisions,
le billet vert va poursuivre sa baisse pour atteindre 5 L.E. d’ici la fin de
cette année. Ce qui va inciter les détenteurs de dollars à s’orienter vers
d’autres monnaies pour limiter leurs pertes », juge-t-il.
Dans
les banques, la situation n’est pas meilleure. Certaines remarquent que des
clients tendent à convertir leurs dépôts en dollars en monnaie locale, mais
d’autres nient cette tendance. « A des fins de spéculation, les détenteurs de
dollars ont converti leurs dépôts en dollars en livres égyptiennes ou en euros.
Cette tendance a été accentuée depuis trois mois suite à la chute des cours du
billet vert de plus de 3 %, ainsi que la baisse du taux d’intérêts sur le
dollar qui atteint actuellement 2,25 % », souligne Ahmad Oura, ex-président de
la Banque Al-Watani Al-Masri, en ajoutant que seuls les investisseurs ayant des
crédits remboursables en dollars sont obligés de garder leurs billets verts.
Hassan
Ghaneim auprès de PNB Paribas minimise quant à lui le poids de cette conversion
en refusant de le considérer comme un phénomène. « Aujourd’hui, le marché des
changes n’est plus le même qu’il y a quelques années. Les clients ont déjà
converti la majorité de leurs dépôts en dollar en monnaie nationale »,
souligne-t-il. Par ailleurs, des sources officielles ont assuré que le taux de
croissance des dépôts bancaires en devises est tombé à 9 %, contre 11 % il y a
4 mois. Selon les chiffres de la Banque Centrale Egyptienne (BCE), les dépôts
en devises sont passés de 33,3 milliards de dollars en mars à 32,9 milliards de
dollars en avril dernier. Oura explique qu’il y a une grande différence entre
la situation actuelle et celle d’il y a 5 ans. « La politique monétaire de la
BCE visant à stabiliser le taux de change a conduit à accumuler le billet vert
au sein des banques. Donc, les turbulences du marché de change ont disparu avec
le surplus de dollars dans des banques », souligne-t-il. Opinion partagée par
Ismaïl Hassan, ex-gouverneur de la Banque Centrale égyptienne et président de
la Banque Misr Iran qui explique que la chute des cours du dollar, une tendance
entamée il y a un an, et l’augmentation de son offre sur le marché ont eu un
impact positif sur les réserves nationales. Ces dernières n’ont cessé
d’augmenter pour atteindre en juin 34 milliards de dollars. Mais la baisse du
prix du dollar a eu un double effet sur les réserves nationales en devises ;
elles ont augmenté, mais leur valeur pourrait bien diminuer. Ce qui inquiète
Oura : « Plus de la moitié de nos réserves sont en dollar. Il faut vraiment
penser à prendre exemple sur le Koweït qui a lié sa monnaie à un panier de
devises », souligne-t-il.
D’autres portes sont ouvertes
Les
exportateurs aussi ont été très affectés par la dévaluation du dollar. « Les
prix des exportations égyptiennes ont augmenté de 15 à 20 %, rendant nos
produits peu concurrentiels. De plus, la valeur réelle des rendements de nos
exportations a subi par conséquent une importante baisse. Le gouvernement
devrait nous soutenir en octroyant des subventions à l’exportation pour
compenser nos pertes », affirme un exportateur qui a requis l’anonymat. Toutefois,
Ismaïl Hassan souligne qu’avec la baisse du dollar, d’autres portes sont
ouvertes aux exportateurs en leur permettant d’accroître leurs exportations
vers les pays de l’Union européenne. De sa part, un responsable au sein de la
BCE, qui a requis l’anonymat, a indiqué que la BCE était obligée dans le passé
de contrôler la chute du dollar pour que les exportations égyptiennes restent
compétitives. « Et ce en conservant le cours du dollar aux alentours de 5,44
L.E. grâce à la réduction de l’offre du billet vert sur le marché. Mais
aujourd’hui, la BCE vise en premier lieu à contrôler l’inflation en augmentant
le pouvoir d’achat de la monnaie nationale au détriment du dollar »,
explique-t-il. En attendant que le gouvernement trouve de meilleures solutions
pour minimiser l’impact de cette chute, qui reste cependant moins grave que l’inflation
... .
Gilane Magdi