Al-Ahram Hebdo, Economie | Une chute inattendue et surprenante
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Economie

Dollar. Pour la première fois depuis la libéralisation du taux de change en 2003, il est passé en dessous du seuil des 5,30 L.E. L’impact de cette baisse reste limité sur le court terme. Toutefois, les réserves nationales en dollars risquent de diminuer si elle continue.

Une chute inattendue et surprenante

« Je dois supporter des pertes énormes à cause de la chute du cours du dollar. En un seul jour, j’ai perdu plus de 3 000 L.E. de mon épargne en dollars. Les autorités devraient intervenir », se plaint Saïd Abdel-Wahab, détenteur, comme des millions d’autres personnes, de dollars et qui ont encaissé la semaine dernière la chute de son cours au niveau national. Ce dernier est passé pour la première fois en dessous du seuil des 5,30 L.E. pour atteindre le 15 juillet 5,29 L.E., un niveau jamais enregistré depuis la libéralisation du taux de change en janvier 2003. Cette chute surprenante a eu des répercussions sur différents acteurs du marché. Les bureaux de change ont été les plus touchés. « L’activité des changes est presque paralysée bien que la saison soit propice en raison du retour des travailleurs du Golfe. Ces derniers ont été choqués par la chute, ce qui les poussent à ne changer que de petits montants », explique Ibrahim Al-Mazallawi, propriétaire d’un des grands bureaux de change qui prévoit cependant que ce ralentissement ne durera pas. « Selon les prévisions, le billet vert va poursuivre sa baisse pour atteindre 5 L.E. d’ici la fin de cette année. Ce qui va inciter les détenteurs de dollars à s’orienter vers d’autres monnaies pour limiter leurs pertes », juge-t-il.

Dans les banques, la situation n’est pas meilleure. Certaines remarquent que des clients tendent à convertir leurs dépôts en dollars en monnaie locale, mais d’autres nient cette tendance. « A des fins de spéculation, les détenteurs de dollars ont converti leurs dépôts en dollars en livres égyptiennes ou en euros. Cette tendance a été accentuée depuis trois mois suite à la chute des cours du billet vert de plus de 3 %, ainsi que la baisse du taux d’intérêts sur le dollar qui atteint actuellement 2,25 % », souligne Ahmad Oura, ex-président de la Banque Al-Watani Al-Masri, en ajoutant que seuls les investisseurs ayant des crédits remboursables en dollars sont obligés de garder leurs billets verts.

Hassan Ghaneim auprès de PNB Paribas minimise quant à lui le poids de cette conversion en refusant de le considérer comme un phénomène. « Aujourd’hui, le marché des changes n’est plus le même qu’il y a quelques années. Les clients ont déjà converti la majorité de leurs dépôts en dollar en monnaie nationale », souligne-t-il. Par ailleurs, des sources officielles ont assuré que le taux de croissance des dépôts bancaires en devises est tombé à 9 %, contre 11 % il y a 4 mois. Selon les chiffres de la Banque Centrale Egyptienne (BCE), les dépôts en devises sont passés de 33,3 milliards de dollars en mars à 32,9 milliards de dollars en avril dernier. Oura explique qu’il y a une grande différence entre la situation actuelle et celle d’il y a 5 ans. « La politique monétaire de la BCE visant à stabiliser le taux de change a conduit à accumuler le billet vert au sein des banques. Donc, les turbulences du marché de change ont disparu avec le surplus de dollars dans des banques », souligne-t-il. Opinion partagée par Ismaïl Hassan, ex-gouverneur de la Banque Centrale égyptienne et président de la Banque Misr Iran qui explique que la chute des cours du dollar, une tendance entamée il y a un an, et l’augmentation de son offre sur le marché ont eu un impact positif sur les réserves nationales. Ces dernières n’ont cessé d’augmenter pour atteindre en juin 34 milliards de dollars. Mais la baisse du prix du dollar a eu un double effet sur les réserves nationales en devises ; elles ont augmenté, mais leur valeur pourrait bien diminuer. Ce qui inquiète Oura : « Plus de la moitié de nos réserves sont en dollar. Il faut vraiment penser à prendre exemple sur le Koweït qui a lié sa monnaie à un panier de devises », souligne-t-il.

 

D’autres portes sont ouvertes

Les exportateurs aussi ont été très affectés par la dévaluation du dollar. « Les prix des exportations égyptiennes ont augmenté de 15 à 20 %, rendant nos produits peu concurrentiels. De plus, la valeur réelle des rendements de nos exportations a subi par conséquent une importante baisse. Le gouvernement devrait nous soutenir en octroyant des subventions à l’exportation pour compenser nos pertes », affirme un exportateur qui a requis l’anonymat. Toutefois, Ismaïl Hassan souligne qu’avec la baisse du dollar, d’autres portes sont ouvertes aux exportateurs en leur permettant d’accroître leurs exportations vers les pays de l’Union européenne. De sa part, un responsable au sein de la BCE, qui a requis l’anonymat, a indiqué que la BCE était obligée dans le passé de contrôler la chute du dollar pour que les exportations égyptiennes restent compétitives. « Et ce en conservant le cours du dollar aux alentours de 5,44 L.E. grâce à la réduction de l’offre du billet vert sur le marché. Mais aujourd’hui, la BCE vise en premier lieu à contrôler l’inflation en augmentant le pouvoir d’achat de la monnaie nationale au détriment du dollar », explique-t-il. En attendant que le gouvernement trouve de meilleures solutions pour minimiser l’impact de cette chute, qui reste cependant moins grave que l’inflation ... .

Gilane Magdi

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