Chômage.
Les nouveaux chiffres officiels annoncent une baisse
importante, comparée aux précédentes années. Une situation
reconnue par les économistes, même si certains se posent la
question de la qualité des emplois créés.
Plus de travail, mais trop informel
De
10,6 % en 2006, le taux officiel de chômage est passé à 8,9
% en 2007. Le taux le plus bas depuis des années. Pour le
gouvernement, il s’agit d’un indicateur révélant
l’amélioration de la posture économique de l’Egypte. Cette
position suscite toutefois un certain doute chez les
économistes. « L’économie égyptienne crée des emplois, c’est
une vérité. Mais quelle est la qualité de ces emplois ? Là
est la question », s’interroge Samir Radwan, directeur
exécutif du Conseil égyptien de la concurrence, auprès du
ministère de l’Investissement.
Selon les chiffres officiels, le chômage a atteint son
apogée en 2003 avec 11,9 % avant de commencer à fléchir les
années suivantes. Mais, au cours de cette période, un
phénomène s’est fait remarquer : la majorité des nouveaux
emplois a concerné le secteur informel. Il s’agit donc
d’emplois caractérisés par des bas salaires, sans contrats,
ni assurances sociales. De plus, ces employés sont
d’habitude privés de congés annuels sans compter les heures
de travail indéfinies. Selon Samir Radwan, ce phénomène a
pris de l’ampleur malgré l’amélioration des indicateurs
économiques. Ainsi, le secteur informel et le secteur
agricole absorbent actuellement environ 60 % de la
main-d’œuvre contre 54 % il y a quelques années. « Peu
importe le taux affiché de chômage si la majorité des
emplois sont dans le secteur informel et familial. La
productivité de ces emplois est nulle ainsi que leurs
rémunérations », estime Samir Radwan. Les chiffres viennent
confirmer ce phénomène. Selon les données de l’Organisme
central de mobilisation et des statistiques (CAPMAS), plus
de 3 millions de personnes, soit 14 % de la main-d’œuvre,
travaillent pour des familles et sans salaires. En outre, le
taux de chômage dans les zones urbaines s’est chiffré à 11,7
% en 2007, contre seulement 7 % dans les zones rurales. «
C’est parce que les nouveaux diplômés dans les zones
urbaines ne travaillent pas tout de suite dans l’espoir de
trouver un emploi dans le secteur formel. Alors que dans les
zones rurales, dès qu’ils sont en âge de travailler, les
jeunes sont absorbés par le secteur agricole », explique
Ragui Assaad, directeur régional du Conseil de la population
pour l’Afrique du Nord et l’Asie de l’ouest. Pire encore, 88
% des jeunes (de 15 à 29 ans) ont été au chômage en 2007,
contre 83 % dans les années précédentes. Alors qu’au niveau
mondial, ce taux est de 50 %.« Le vrai problème en Egypte
est comment créer des emplois pour les jeunes et les
intégrer dans le marché du travail. Les nouveaux diplômés
cherchent d’abord du travail dans le secteur formel.
Lorsqu’ils perdent espoir, ils se dirigent vers le secteur
informel », ajoute Ragui Assaad. C’est ce qui explique le
fait que la majorité des chômeurs sont des diplômés. En
fait, 32,8 % des chômeurs sont des diplômés universitaires
et 55 % sont des diplômés de l’enseignement secondaire ou
supérieur court.
Phénomène lent
Cependant, Ragui Assaad perçoit une lueur d’espoir. Selon
une enquête élaborée par le Forum des recherches économiques
dont il était le coordinateur en 2006, une légère
formalisation prend forme. « On a constaté qu’après la
promulgation de la nouvelle loi du travail en 2003, les
patrons recrutent plus de façon formelle, c’est-à-dire avec
des contrats et une assurance sociale car la nouvelle loi a
facilité les licenciements », fait-il savoir. Cependant, il
reconnaît qu’il s’agit d’un phénomène trop lent dont les
effets ne sont pas vraiment ressentis, car le secteur privé
formel est limité et ne recrute que 10 % de la main-d’œuvre.
Reste également à dire que beaucoup d’économistes se méfient
du taux officiel de chômage. Certains croyant que le taux
réel de chômage est considérablement supérieur. Et pour eux,
il faut se méfier encore plus de ces nouveaux chiffres. En
effet, le CAPMAS a adopté une nouvelle méthode de calcul du
taux de chômage depuis le dernier trimestre de 2006 qui,
selon Ragui Assaad, a contribué à baisser le taux de
chômage. Pour la première fois en Egypte, cette période n’a
connu qu’un taux de chômage à un chiffre avec 8,9 %, contre
11,1 % au cours du troisième trimestre 2006. Ragui Assaad
explique que selon la nouvelle méthode, les femmes au foyer
productrices, par exemple de fromages, et qui les vendent,
ne sont plus considérées comme étant sans emploi. « Cela est
conforme aux méthodes internationales, mais le taux de 2007
n’est pas comparable à celui des années précédentes en
raison de ce changement dans le calcul », assure Assaad.
Comme conséquence de la nouvelle méthode, le taux officiel
de chômage chez les femmes a considérablement diminué,
passant de 24 % en 2006 à 18,6 % en 2007.
Marwa
Hussein