Le général Mohamed Mansour,
directeur du département général de la circulation au
ministère de l’Intérieur, explique la nécessité de la
nouvelle législation visant à s’adapter aux changements
survenus dans les rues.
« L’ancienne loi n’a pas été assez dissuasive »
Al-Ahram Hebdo : Pourquoi l’Etat a-t-il voulu promulguer
cette nouvelle loi tandis que celle de 2000 existe ?
Le général Mohamed Mansour :
Il y a du nouveau dans la rue égyptienne. Par conséquent, il
est nécessaire de reconsidérer l’ancienne législation.
Certains phénomènes qu’on ne connaissait pas auparavant ont
fait leur irruption. On peut citer l’exemple du toc-toc, ces
petits véhicules à 3 roues qui sillonnent les rues des
quartiers populaires et dont l’usage n’était pas réglementé.
Donc, il nous fallait une loi sur la circulation qui prenne
en considération ces évolutions pour assurer la sécurité des
rues et réglementer l’usage de ces nouveaux véhicules. Nous
avons remarqué que l’ancienne loi n’a pas été assez
dissuasive. La preuve en est que certains automobilistes se
vantent de commettre des infractions. Ce comportement est
bien entendu dû à la faiblesse de la loi de 2000. Nous avons
remarqué en outre que le nombre d’infractions au code de la
route commises au cours de la précédente période était en
hausse. Certaines de ces infractions sont graves et mettent
en danger la vie des citoyens comme le fait de rouler à
contresens, utiliser des véhicules défaillants ou encore
conduire sous l’effet de drogues. Il nous fallait donc être
très fermes pour mettre fin à ces infractions. Je pense que
les citoyens égyptiens sont suffisamment intelligents pour
ne pas craindre cette loi et au contraire faire preuve
d’optimisme. Je vous assure que cette loi va protéger les
citoyens contre la conduite irresponsable de certains
automobilistes.
— Mais durcir les sanctions est-il la solution, surtout que
l’ancienne loi prévoyait des sanctions assez sévères et les
contraventions n’ont jamais cessé ?
— J’insiste à nouveau sur l’idée de dissuasion. La nouvelle
loi comporte des sanctions plus dures qui sont, je le
rappelle, en accord avec les évolutions dans nos rues. Dans
la loi de 2000, un automobiliste qui roulait en sens
interdit écopait une amende de 500 L.E. au maximum.
L’expérience prouve que ce n’est pas dissuasif. Dans la
nouvelle loi, cette amende a été revue à la hausse. Elle
sera de 1 000 à 3 000 L.E. avec une suspension de 3 mois du
permis de conduire majorée d’une peine de prison selon la
gravité de l’accident.
— Mais comment s’assurer que cette loi sera appliquée à tous
les citoyens sans favoritisme ? Certains craignent qu’elle
ne favorise la corruption car on sait que certains agents de
police acceptent des pots-de-vin pour fermer les yeux sur
les infractions ...
— Je dois souligner tout d’abord qu’un agent n’a pas le
droit de retirer un permis de conduire. Seul un officier a
ce droit. Les citoyens doivent être conscients de leurs
droits.
— Oui, mais tel n’est pas le cas. Et on sait que certains
agents de police abusent des citoyens ?
— Les citoyens ne doivent pas se laisser faire et ne pas
remettre leurs permis de conduire à des agents de police.
Ces derniers ont seulement le droit d’arrêter un véhicule.
Si un citoyen fait l’objet de pression ou d’abus, il doit
immédiatement porter plainte au commissariat le plus proche.
— Mais comment porter plainte si l’on ne connaît pas le nom
de l’agent coupable d’un abus ?
— Dans ce cas, le citoyen doit signaler le lieu et l’heure
où les faits se sont produits et nous saurons le trouver.
Dans tous les métiers, il y a des gens corrompus et les
agents de police ne font pas exception à la règle. Si nous
avons les preuves qu’un agent de police a été coupable
d’abus, je vous assure que nous le punissons sévèrement.
Mais le citoyen ne doit jamais renoncer à son droit.
— Les automobilistes ont peur de se retrouver avec des
amendes considérables à payer. La nouvelle loi ne leur
inspire pas confiance ...
— Je vous assure que la loi mettra tout le monde sur le même
pied d’égalité. Il n’y aura pas de favoritisme. Les
nouvelles plaques minéralogiques n’indiqueront pas le métier
du conducteur. Les officiers chargés de la circulation
seront équipés d’appareils spéciaux pour photographier les
infractions.
— Selon vous, cette nouvelle loi est-elle la solution aux
problèmes de la circulation en Egypte ?
— Franchement non. Le problème de la circulation en Egypte
est comparable à une attaque cérébrale qui paralyse le pays.
Je rappelle que si la largeur des rues n’a pas changé, le
nombre de voitures, lui, a connu une progression
exponentielle. L’Egypte compte aujourd’hui 4,3 millions de
voitures. Il s’agit donc d’un problème très complexe. Nous
en tant que ministère de l’Intérieur, nous accomplissons
notre devoir. Nous avons lancé l’initiative de cette loi que
nous pensons nécessaire et nous souhaitons qu’elle soit le
prélude à d’autres initiatives pour rétablir l’ordre et la
discipline en Egypte. Chacun doit accomplir son rôle. Par
exemple, les municipalités sont chargées de planifier les
rues et de créer de nouveaux axes routiers à même
d’assimiler la hausse du nombre de véhicules.
— Mais cette initiative dont vous parlez impose des peines
très dures sans apporter de solution aux problèmes
rencontrés par les citoyens. Par exemple, les automobilistes
sont souvent amenés, par manque de place, à se garer en
seconde file. Simplement, ils n’ont pas le choix. Certains
sont contraints de réserver des places en bas de leurs
maisons, sinon ils ne peuvent pas se garer. Qu’en
pensez-vous ?
— Sur ce point précis, je voudrais vous signaler que nous
avons déployé des efforts importants avec les services
municipaux. Nous leur avons demandé, et ce n’est pas notre
rôle, d’ouvrir les garages situés en bas des immeubles au
Caire et à Guiza afin de régler le problème de manque de
place. Mais les gens nous font toujours porter la
responsabilité de ce qui arrive dans la rue, alors qu’il y a
d’autres instances concernées. Je crois que cette
législation va tirer la sonnette d’alarme pour les autres
organismes afin qu’ils réagissent et coopèrent avec nous. Je
voudrais rassurer les citoyens qu’il y aura une flexibilité
en ce qui concerne ce problème de manque de place en
particulier. Il est évident qu’on ne sanctionnera pas un
automobiliste qui vient déposer un malade devant un hôpital.
— Pouvez-vous nous apporter quelques éclaircissements au
sujet de la loi, en particulier les peines d’emprisonnement
?
— Des peines d’emprisonnement sont prévues en cas de vitesse
excessive, de conduite à contresens, de conduite sans
plaques minéralogiques, de conduite de véhicules non équipés
de freins ou dont les freins sont défaillants, la conduite
sous l’effet de drogues et l’agression des officiers et des
agents de la circulation. Mais il faut préciser que la peine
de prison est la dernière option envisagée par la loi.
D’autres étapes sont prévues avant d’en arriver à la prison.
Prenons l’exemple d’automobiliste qui commet une infraction
de vitesse. La loi prévoit une amende minimum de 1 000 L.E.
Si l’automobiliste règle immédiatement le montant de
l’amende, il bénéficie d’une remise de 50 %. Donc il ne
paiera que 500 L.E. Si l’automobiliste ne dispose pas de
cette somme, la loi lui donne un délai de 72 heures, sinon
il devra s’acquitter de la totalité de la somme (1 000 L.E.)
sans remise. Si par contre, le citoyen ne paie pas l’amende
dans le délai d’une semaine, il est déféré devant le Parquet
et dans ce cas, il risque l’emprisonnement, en plus de
l’amende majorée à 3 000 L.E.
— Certains pensent que la nouvelle loi va heurter de plein
fouet les chauffeurs de taxis qui travaillent 10 ou 12
heures par jour pour gagner leur pain, et aussi les
propriétaires de véhicules qui ont dépassé les 20 ans. Leur
permis ne sera pas renouvelé.
— Les chauffeurs de taxis sont des automobilistes comme les
autres. Et à ce titre, la loi ne leur accorde pas exception.
Cependant, je dois signaler que l’Etat essaie d’aider ces
chauffeurs en leur donnant des crédits pour acheter de
nouvelles voitures. Un délai de 3 ans leur a été donné dans
ce contexte. Le but de cette initiative est de moderniser le
parc automobile égyptien, notamment au Caire, car ces taxis
sont une vitrine pour la capitale.
Propos recueillis par Chérine Abdel-Azim