Al-Ahram Hebdo,Dossier | « L’ancienne loi n’a pas été assez dissuasive »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Dossier

Le général Mohamed Mansour, directeur du département général de la circulation au ministère de l’Intérieur, explique la nécessité de la nouvelle législation visant à s’adapter aux changements survenus dans les rues. 

« L’ancienne loi n’a pas été assez dissuasive » 

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi l’Etat a-t-il voulu promulguer cette nouvelle loi tandis que celle de 2000 existe ?

Le général Mohamed Mansour : Il y a du nouveau dans la rue égyptienne. Par conséquent, il est nécessaire de reconsidérer l’ancienne législation. Certains phénomènes qu’on ne connaissait pas auparavant ont fait leur irruption. On peut citer l’exemple du toc-toc, ces petits véhicules à 3 roues qui sillonnent les rues des quartiers populaires et dont l’usage n’était pas réglementé. Donc, il nous fallait une loi sur la circulation qui prenne en considération ces évolutions pour assurer la sécurité des rues et réglementer l’usage de ces nouveaux véhicules. Nous avons remarqué que l’ancienne loi n’a pas été assez dissuasive. La preuve en est que certains automobilistes se vantent de commettre des infractions. Ce comportement est bien entendu dû à la faiblesse de la loi de 2000. Nous avons remarqué en outre que le nombre d’infractions au code de la route commises au cours de la précédente période était en hausse. Certaines de ces infractions sont graves et mettent en danger la vie des citoyens comme le fait de rouler à contresens, utiliser des véhicules défaillants ou encore conduire sous l’effet de drogues. Il nous fallait donc être très fermes pour mettre fin à ces infractions. Je pense que les citoyens égyptiens sont suffisamment intelligents pour ne pas craindre cette loi et au contraire faire preuve d’optimisme. Je vous assure que cette loi va protéger les citoyens contre la conduite irresponsable de certains automobilistes.

— Mais durcir les sanctions est-il la solution, surtout que l’ancienne loi prévoyait des sanctions assez sévères et les contraventions n’ont jamais cessé ?

— J’insiste à nouveau sur l’idée de dissuasion. La nouvelle loi comporte des sanctions plus dures qui sont, je le rappelle, en accord avec les évolutions dans nos rues. Dans la loi de 2000, un automobiliste qui roulait en sens interdit écopait une amende de 500 L.E. au maximum. L’expérience prouve que ce n’est pas dissuasif. Dans la nouvelle loi, cette amende a été revue à la hausse. Elle sera de 1 000 à 3 000 L.E. avec une suspension de 3 mois du permis de conduire majorée d’une peine de prison selon la gravité de l’accident.

— Mais comment s’assurer que cette loi sera appliquée à tous les citoyens sans favoritisme ? Certains craignent qu’elle ne favorise la corruption car on sait que certains agents de police acceptent des pots-de-vin pour fermer les yeux sur les infractions ...

— Je dois souligner tout d’abord qu’un agent n’a pas le droit de retirer un permis de conduire. Seul un officier a ce droit. Les citoyens doivent être conscients de leurs droits.

— Oui, mais tel n’est pas le cas. Et on sait que certains agents de police abusent des citoyens ?

— Les citoyens ne doivent pas se laisser faire et ne pas remettre leurs permis de conduire à des agents de police. Ces derniers ont seulement le droit d’arrêter un véhicule. Si un citoyen fait l’objet de pression ou d’abus, il doit immédiatement porter plainte au commissariat le plus proche.

— Mais comment porter plainte si l’on ne connaît pas le nom de l’agent coupable d’un abus ?

— Dans ce cas, le citoyen doit signaler le lieu et l’heure où les faits se sont produits et nous saurons le trouver. Dans tous les métiers, il y a des gens corrompus et les agents de police ne font pas exception à la règle. Si nous avons les preuves qu’un agent de police a été coupable d’abus, je vous assure que nous le punissons sévèrement. Mais le citoyen ne doit jamais renoncer à son droit.

— Les automobilistes ont peur de se retrouver avec des amendes considérables à payer. La nouvelle loi ne leur inspire pas confiance ...

— Je vous assure que la loi mettra tout le monde sur le même pied d’égalité. Il n’y aura pas de favoritisme. Les nouvelles plaques minéralogiques n’indiqueront pas le métier du conducteur. Les officiers chargés de la circulation seront équipés d’appareils spéciaux pour photographier les infractions.

— Selon vous, cette nouvelle loi est-elle la solution aux problèmes de la circulation en Egypte ?

— Franchement non. Le problème de la circulation en Egypte est comparable à une attaque cérébrale qui paralyse le pays. Je rappelle que si la largeur des rues n’a pas changé, le nombre de voitures, lui, a connu une progression exponentielle. L’Egypte compte aujourd’hui 4,3 millions de voitures. Il s’agit donc d’un problème très complexe. Nous en tant que ministère de l’Intérieur, nous accomplissons notre devoir. Nous avons lancé l’initiative de cette loi que nous pensons nécessaire et nous souhaitons qu’elle soit le prélude à d’autres initiatives pour rétablir l’ordre et la discipline en Egypte. Chacun doit accomplir son rôle. Par exemple, les municipalités sont chargées de planifier les rues et de créer de nouveaux axes routiers à même d’assimiler la hausse du nombre de véhicules.

— Mais cette initiative dont vous parlez impose des peines très dures sans apporter de solution aux problèmes rencontrés par les citoyens. Par exemple, les automobilistes sont souvent amenés, par manque de place, à se garer en seconde file. Simplement, ils n’ont pas le choix. Certains sont contraints de réserver des places en bas de leurs maisons, sinon ils ne peuvent pas se garer. Qu’en pensez-vous ?

— Sur ce point précis, je voudrais vous signaler que nous avons déployé des efforts importants avec les services municipaux. Nous leur avons demandé, et ce n’est pas notre rôle, d’ouvrir les garages situés en bas des immeubles au Caire et à Guiza afin de régler le problème de manque de place. Mais les gens nous font toujours porter la responsabilité de ce qui arrive dans la rue, alors qu’il y a d’autres instances concernées. Je crois que cette législation va tirer la sonnette d’alarme pour les autres organismes afin qu’ils réagissent et coopèrent avec nous. Je voudrais rassurer les citoyens qu’il y aura une flexibilité en ce qui concerne ce problème de manque de place en particulier. Il est évident qu’on ne sanctionnera pas un automobiliste qui vient déposer un malade devant un hôpital.

— Pouvez-vous nous apporter quelques éclaircissements au sujet de la loi, en particulier les peines d’emprisonnement ?

— Des peines d’emprisonnement sont prévues en cas de vitesse excessive, de conduite à contresens, de conduite sans plaques minéralogiques, de conduite de véhicules non équipés de freins ou dont les freins sont défaillants, la conduite sous l’effet de drogues et l’agression des officiers et des agents de la circulation. Mais il faut préciser que la peine de prison est la dernière option envisagée par la loi. D’autres étapes sont prévues avant d’en arriver à la prison. Prenons l’exemple d’automobiliste qui commet une infraction de vitesse. La loi prévoit une amende minimum de 1 000 L.E. Si l’automobiliste règle immédiatement le montant de l’amende, il bénéficie d’une remise de 50 %. Donc il ne paiera que 500 L.E. Si l’automobiliste ne dispose pas de cette somme, la loi lui donne un délai de 72 heures, sinon il devra s’acquitter de la totalité de la somme (1 000 L.E.) sans remise. Si par contre, le citoyen ne paie pas l’amende dans le délai d’une semaine, il est déféré devant le Parquet et dans ce cas, il risque l’emprisonnement, en plus de l’amende majorée à 3 000 L.E.

— Certains pensent que la nouvelle loi va heurter de plein fouet les chauffeurs de taxis qui travaillent 10 ou 12 heures par jour pour gagner leur pain, et aussi les propriétaires de véhicules qui ont dépassé les 20 ans. Leur permis ne sera pas renouvelé.

— Les chauffeurs de taxis sont des automobilistes comme les autres. Et à ce titre, la loi ne leur accorde pas exception. Cependant, je dois signaler que l’Etat essaie d’aider ces chauffeurs en leur donnant des crédits pour acheter de nouvelles voitures. Un délai de 3 ans leur a été donné dans ce contexte. Le but de cette initiative est de moderniser le parc automobile égyptien, notamment au Caire, car ces taxis sont une vitrine pour la capitale.

Propos recueillis par Chérine Abdel-Azim

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