Accident.
La collision survenue mercredi dernier près de Matrouh entre
un train et une file de voitures (poussées sur les rails par
un chauffeur de camion qui a perdu le contrôle de son
véhicule) a fait 43 morts et 38 blessés. La catastrophe met
en lumière les failles de la gestion routière en Egypte.
Scénario à répétition
Catastrophe
à Matrouh. Le dernier bilan de la collision survenue
mercredi 16 juillet entre un train et une file de voitures
dans un passage à niveau près de la ville côtière de Marsa
Matrouh fait état de 43 morts et 38 blessés. L’accident
s’est produit vers 16h30 lorsque le chauffeur d’un poids
lourd à remorque, déferlant à toute vitesse sur la route
Matrouh-Alexandrie, perd soudainement le contrôle de son
véhicule et vient heurter une file de voitures qui
attendaient devant un passage à niveau provoquant un
carambolage. Un autocar et au moins quatre voitures ont été
précipités sur la voie ferrée alors que passait un train à
grande vitesse. Deux wagons ont déraillé et deux autres ont
été détruits.
Les responsables se sont hâtés d’intervenir pour remédier
aux répercussions du drame. En effet, l’Egypte entière était
en état de choc, cet accident ayant mis en relief une
situation quasiment chronique d’accidents sur la route et
face à laquelle les autorités restent impuissantes. Le
premier ministre, Ahmad Nazif, a décidé de verser une aide
de 30 000 L.E. pour chaque famille endeuillée par la mort
d’un sien. Chaque blessé recevra en outre une aide de 11 000
L.E. Le chef du gouvernement a demandé en outre un
renforcement des contrôles sur l’autoroute
Alexandrie-Matrouh afin « d’assurer la sécurité des usagers
et prévenir les accidents ». Le gouverneur de Matrouh a
décidé, lui, de créer un poste de contrôle permanent à
l’entrée des villes d’Al-Alamein et d’Al-Hamam, afin de
vérifier l’état des véhicules et la régularité des permis de
conduire.
Une semaine après les faits, on s’interroge toujours sur les
raisons de la catastrophe. En effet, ce n’est pas la
première fois qu’un tel drame survienne sur l’autoroute
Matrouh-Alexandrie. Celle-ci est régulièrement le théâtre
d’accidents à répétition notamment en été. Il y a deux
semaines, un carambolage entre plusieurs véhicules avait
fait 4 morts et 15 blessés. Samedi dernier, alors que les
secouristes dans l’accident du passage à niveau n’avaient
pas fini leur travail, un autobus circulant sur la même
autoroute s’est renversé, faisant un mort (une fillette de 3
ans) et 35 blessés. « Les accidents routiers se multiplient
à Matrouh durant la période de l’été. Le gouvernorat
accueille chaque année 7 millions d’estivants venus du Caire
et d’autres gouvernorats. Beaucoup d’usagers effectuent des
voyages d’un seule jour. Dans de telles conditions, la
fatigue s’installe et on assiste à des accidents dus au
relâchement ou au manque de vigilance. Nous, en tant que
responsables, nous faisons tout notre possible pour prévenir
ces accidents en coopération avec les ministères concernés
», assure le général Mohamad Moharram, secrétaire du
gouvernorat de Matrouh.
La fatigue ? Peut-être mais ce facteur seul n’explique pas
tout. Les autoroutes en Egypte sont très mal planifiées et
la signalisation est mauvaise. C’est ce que souligne Salah
Noureddine, professeur de planification routière. « Il ne
devrait pas y avoir de passage à niveau sur une route comme
Matrouh-Alexandrie. Une telle route doit être libre. Et
admettons que ce passage à niveau existe, il aurait fallu
construire des ralentisseurs à l’approche de celui-ci pour
freiner l’élan des voitures. Une autre solution consisterait
à construire un pont au-dessus de la voie ferrée », souligne
l’expert. Il s’agit donc avant tout d’un problème de gestion
des autoroutes en Egypte. Certaines de ces autoroutes sont
réputées dangereuses comme celle qui lie Le Caire à la
Haute-Egypte, et la route Le Caire-Suez. Si la majeure
partie des accidents en Egypte sont dus aux facteurs humains
comme la négligence, le non respect du code de la route, la
fatigue et la non vigilance, la mauvaise planification des
routes et la mauvaise signalisation provoquent entre 10 et
15 %. Les dernières statistiques affirment que 6 000
personnes meurent chaque année et 30 000 sont blessées sur
les routes égyptiennes. L’accident de Matrouh met en avant
aussi le danger des camions à remorque. Ces camions souvent
mal entretenus et en mauvais état sont à l’origine de
nombreux accidents. L’enquête menée sur l’accident a révélé
que les freins du camion à remorque, responsable du drame,
étaient défaillants. La nouvelle loi sur la circulation qui
entre en vigueur début août interdit d’ailleurs leur usage.
Quelle solution face à la multiplication des accidents ? Le
ministre des Transports Mohamad Loutfi Mansour annonce un
plan de « modernisation » des passages à niveau en Egypte.
Et Tareq Al-Attar, président de l’Organisme général des
ponts et chaussées annonce lui aussi un plan pour «
construire des routes alternatives afin d’alléger la
pression sur les autoroutes à forte densité de trafic ».
Mais il ne s’agit là que de simple propos pour apaiser les
critiques. Le vrai problème, c’est la modernisation des
infrastructures routières. Le coût d’une telle modernisation
est très élevé d’où la nécessité, selon certains, d’engager
davantage les capitaux privés dans la planification et la
gestion des routes.
Ola
Hamdi