Al-Ahram Hebdo, Dossier | Scénario à répétition 
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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Dossier

Accident. La collision survenue mercredi dernier près de Matrouh entre un train et une file de voitures (poussées sur les rails par un chauffeur de camion qui a perdu le contrôle de son véhicule) a fait 43 morts et 38 blessés. La catastrophe met en lumière les failles de la gestion routière en Egypte. 

Scénario à répétition  

Catastrophe à Matrouh. Le dernier bilan de la collision survenue mercredi 16 juillet entre un train et une file de voitures dans un passage à niveau près de la ville côtière de Marsa Matrouh fait état de 43 morts et 38 blessés. L’accident s’est produit vers 16h30 lorsque le chauffeur d’un poids lourd à remorque, déferlant à toute vitesse sur la route Matrouh-Alexandrie, perd soudainement le contrôle de son véhicule et vient heurter une file de voitures qui attendaient devant un passage à niveau provoquant un carambolage. Un autocar et au moins quatre voitures ont été précipités sur la voie ferrée alors que passait un train à grande vitesse. Deux wagons ont déraillé et deux autres ont été détruits.

Les responsables se sont hâtés d’intervenir pour remédier aux répercussions du drame. En effet, l’Egypte entière était en état de choc, cet accident ayant mis en relief une situation quasiment chronique d’accidents sur la route et face à laquelle les autorités restent impuissantes. Le premier ministre, Ahmad Nazif, a décidé de verser une aide de 30 000 L.E. pour chaque famille endeuillée par la mort d’un sien. Chaque blessé recevra en outre une aide de 11 000 L.E. Le chef du gouvernement a demandé en outre un renforcement des contrôles sur l’autoroute Alexandrie-Matrouh afin « d’assurer la sécurité des usagers et prévenir les accidents ». Le gouverneur de Matrouh a décidé, lui, de créer un poste de contrôle permanent à l’entrée des villes d’Al-Alamein et d’Al-Hamam, afin de vérifier l’état des véhicules et la régularité des permis de conduire.

Une semaine après les faits, on s’interroge toujours sur les raisons de la catastrophe. En effet, ce n’est pas la première fois qu’un tel drame survienne sur l’autoroute Matrouh-Alexandrie. Celle-ci est régulièrement le théâtre d’accidents à répétition notamment en été. Il y a deux semaines, un carambolage entre plusieurs véhicules avait fait 4 morts et 15 blessés. Samedi dernier, alors que les secouristes dans l’accident du passage à niveau n’avaient pas fini leur travail, un autobus circulant sur la même autoroute s’est renversé, faisant un mort (une fillette de 3 ans) et 35 blessés. « Les accidents routiers se multiplient à Matrouh durant la période de l’été. Le gouvernorat accueille chaque année 7 millions d’estivants venus du Caire et d’autres gouvernorats. Beaucoup d’usagers effectuent des voyages d’un seule jour. Dans de telles conditions, la fatigue s’installe et on assiste à des accidents dus au relâchement ou au manque de vigilance. Nous, en tant que responsables, nous faisons tout notre possible pour prévenir ces accidents en coopération avec les ministères concernés », assure le général Mohamad Moharram, secrétaire du gouvernorat de Matrouh.

La fatigue ? Peut-être mais ce facteur seul n’explique pas tout. Les autoroutes en Egypte sont très mal planifiées et la signalisation est mauvaise. C’est ce que souligne Salah Noureddine, professeur de planification routière. « Il ne devrait pas y avoir de passage à niveau sur une route comme Matrouh-Alexandrie. Une telle route doit être libre. Et admettons que ce passage à niveau existe, il aurait fallu construire des ralentisseurs à l’approche de celui-ci pour freiner l’élan des voitures. Une autre solution consisterait à construire un pont au-dessus de la voie ferrée », souligne l’expert. Il s’agit donc avant tout d’un problème de gestion des autoroutes en Egypte. Certaines de ces autoroutes sont réputées dangereuses comme celle qui lie Le Caire à la Haute-Egypte, et la route Le Caire-Suez. Si la majeure partie des accidents en Egypte sont dus aux facteurs humains comme la négligence, le non respect du code de la route, la fatigue et la non vigilance, la mauvaise planification des routes et la mauvaise signalisation provoquent entre 10 et 15 %. Les dernières statistiques affirment que 6 000 personnes meurent chaque année et 30 000 sont blessées sur les routes égyptiennes. L’accident de Matrouh met en avant aussi le danger des camions à remorque. Ces camions souvent mal entretenus et en mauvais état sont à l’origine de nombreux accidents. L’enquête menée sur l’accident a révélé que les freins du camion à remorque, responsable du drame, étaient défaillants. La nouvelle loi sur la circulation qui entre en vigueur début août interdit d’ailleurs leur usage.

Quelle solution face à la multiplication des accidents ? Le ministre des Transports Mohamad Loutfi Mansour annonce un plan de « modernisation » des passages à niveau en Egypte. Et Tareq Al-Attar, président de l’Organisme général des ponts et chaussées annonce lui aussi un plan pour « construire des routes alternatives afin d’alléger la pression sur les autoroutes à forte densité de trafic ». Mais il ne s’agit là que de simple propos pour apaiser les critiques. Le vrai problème, c’est la modernisation des infrastructures routières. Le coût d’une telle modernisation est très élevé d’où la nécessité, selon certains, d’engager davantage les capitaux privés dans la planification et la gestion des routes.

Ola Hamdi

 

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