Al-Ahram Hebdo, Dossier | Une loi qui est un vrai souk
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Dossier

Code de la Route. Les nouvelles dispositions devant entrer en vigueur le 1er août semblent avoir profité jusqu’à maintenant aux seuls marchands d’accessoires, voire aux vendeurs à la sauvette. Etat des lieux.  

Une loi qui est un vrai souk 

«Venez ! Venez ! Ici c’est le moins cher », crie le jeune Moustapha à l’aide d’un micro à la main. Ce jeune vendeur d’accessoires d’automobiles, installé au milieu de la rue Zaki, perpendiculaire à la fameuse avenue Ramsès au centre-ville, haut lieu de tous les encombrements, fait partie des centaines de détaillants qui essaient de profiter de l’occasion. Laquelle ? L’entrée en vigueur, le 1er août, du nouveau code de la route fondé dans la plupart de ses clauses sur un durcissement des peines allant jusqu’à un mois de prison pour certains délits, des amendes qui dépassent 1 500 L.E. et la suspension du permis de conduire pour quelques mois. Ces sanctions seront appliquées par exemple au cas où le conducteur ne garerait pas dans les lieux autorisés, s’il emprunte un sens interdit ou s’il utilise ses phares de manière aveuglante. Cette nouvelle loi exige aussi de placer dans chaque véhicule un triangle lumineux qui devrait être placé à 10 mètres devant la voiture en cas de panne, comme signal d’alerte pour les autres conducteurs. Sinon, le permis de conduire sera suspendu pour une durée d’un mois minimum. La loi exige qu’une trousse de premiers secours soit présente dans chaque véhicule, autrement c’est une amende ou une suspension d’un mois au moins du permis de conduire.  

La loi du marché triomphe

Ce nouveau code de la route a fait parler de lui. Un peu comme la crise de l’essence, il vient s’ajouter aux différents déboires des automobilistes habitués à l’heure actuelle à rouler sans entraves et qu’indispose toute discipline d’autant plus que le nouveau code n’a pas été bien expliqué. Mais cela constitue une aubaine pour les marchands d’accessoires et autres intermédiaires. « Dès qu’on a entendu parler de ces deux clauses, on a pensé fabriquer ces trousses de secours, mais on a découvert que ce sera trop coûteux, alors on a décidé de recourir à l’importation », explique Hag Magdi Chaabane, fier de ses produits et qui insiste qu’il est le moins cher dans tout le marché. Ce propriétaire, qui a le sens de l’humour et de la comédie, a voulu éviter tout marchandage et au lieu que le client demande à chaque fois les prix, il a collé des panneaux où sont enregistrés les prix, le genre et le pays d’origine. Le tout s’accompagne d’une campagne de promotion originale. Il chante, danse et procède à une vraie vente à la criée. Le prix du triangle rouge en plastique fabriqué en Chine commence à 40 L.E. et va jusqu’à 55 L.E., alors que le made in Egypt va à peine de 10 à 20 L.E. Le juste milieu vient de Turquie, il est à 19,90 L.E. « Je préfère le produit turc, d’abord c’est bon marché et parce qu’on en a marre des produits chinois qui envahissent le marché égyptien », lance Emad Habib, un comptable qui a profité de sa présence dans ce marché, le moins cher de toute l’Egypte, et a acheté aussi d’autres accessoires pour sa voiture ... chinoise.

Emad trouve que ce triangle est vraiment efficace et donne comme preuve le fait que la plupart des voitures de très grandes marques se vendent avec cet accessoire. Il n’est pas grincheux donc comme tous les autres que le nouveau code de la route dérange. « Vraiment, il peut aider surtout dans les autoroutes obscures ». Emad a aussi acheté la trousse des premiers secours à 85 L.E. Il s’agit, cependant, d’un sac semblable à celui où les techniciens mettent leurs instruments. Ils sont bien futés et débrouillards nos vendeurs, puisqu’il y a deux semaines, Racha affirme l’avoir acheté à 30 L.E. Cela dit, ces trousses de fortune sont conformes à tous les critères demandés par le ministère de la Santé, qui vient à peine de préciser 16 articles devant être contenus dans les trousses, 12 jours seulement avant l’application de la loi.

« Elle est vraiment nécessaire cette trousse, et peut-être jouera-t-elle un rôle important surtout dans notre pays où les ambulances arrivent dans les meilleurs des cas une heure ou même deux heures après les accidents », dit le jeune Mohamad Tareq, qui en a acheté 5 pour toute la famille.

Mais, l’essor de ce genre de commerce dans les jours qui précèdent l’application de la loi a même encouragé les vendeurs de trottoir à vendre n’importe quel autre produit qui serait en rapport au même sujet : « J’ai pensé vendre des sacs en tissu qui couvrent les trousses pour qu’elles paraissent élégantes. Elles sont seulement à 5 L.E. », dit Am Radwan, âgé de 60 ans et qui vend aussi des petits drapeaux aux couleurs de tous les pays arabes, car d’après lui c’est la saison du tourisme arabe.

 

A quelque chose, malheur est bon

Si les vendeurs profitent bien ces jours-ci, les citoyens sont, eux, en colère. « Pourquoi devrais-je payer toute cette somme, je suis sûre qu’il y a un grand homme d’affaires qui a importé ces trousses et triangles et qui va bien sûr se faire une fortune », se plaint Fatma qui accompagne son mari. Elle se rappelle aussi que la même chose s’est produite en 2000 lorsque le ministère de l’Intérieur a exigé le port de la ceinture de la sécurité dans les voitures et les casques pour les motards. « On a alors entendu dire que les grands importateurs ont gagné des milliers de livres », ajoute Fatma. Parle-t-elle vrai ou s’agit-il pour elle juste de rechigner et de refuser la discipline comme beaucoup de nos concitoyens ?

 

Les contradictions

Mais ce qui prouve son point de vue, ce sont les déclarations contradictoires des responsables. L’un d’eux, du ministère de l’Intérieur, a déclaré qu’un délai d’un an de 2008 à 2009 est fixé pour appliquer ces demandes, mais deux jours après, un autre a nié la déclaration précédente en expliquant qu’il y aura une flexibilité dans l’application de la nouvelle loi sans expliquer comment et pour combien de temps.

Or, ce n’est pas seulement les commerçants qui ont voulu profiter de l’occasion, mais aussi les pharmaciens, quelques-uns ont pensé fabriquer eux-mêmes ces trousses. « La direction est en train de préparer les produits », explique un pharmacien qui travaille dans une des succursales de la célèbre chaîne Al-Ezabi. Il ajoute qu’avant le début du mois prochain, ces trousses seront disponibles. Insolite, la direction attendait que le ministère de la Santé fixe les critères. Or, ceux-ci viennent juste d’être annoncés. Ce pharmacien qui a requis l’anonymat affirme que cette trousse ne va pas dépasser les 80 L.E. Abir qui a voulu s’équiper, selon les nouvelles dispositions, a acheté une trousse dans une pharmacie rue Qasr Al-Aïni à 100 L.E. Un meilleur prix par rapport à Maadi où elle a trouvé la même à 125 L.E. Mais d’autres pharmaciens partagent aussi les soupçons de Fatma qui met en doute le bien-fondé du code. « Je me demande pourquoi le ministère de la Santé a précisé des produits provenant de certaines compagnies pharmaceutiques et a rejeté d’autres », se demande Ihab, propriétaire d’une pharmacie à Imbaba. Il ajoute que parmi les critères exigés la présence d’objets dont on n’a jamais entendu parler.

Quoi qu’il en soit, lorsqu’on a demandé au ministère de l’Intérieur le 20 juillet d’où on peut acheter la trousse idéale, conforme aux spécifications, la réponse a constitué une grande surprise. « On ne sait pas encore. Mais il y aura probablement trois compagnies qui en auront la responsabilité et qui n’ont pas été encore précisées ».

Un choc. Une nouvelle loi va être appliquée dans quelques jours. Les gens achètent à la va-vite sans trop réfléchir, les marchands en profitent et l’Etat est encore à la recherche de fournisseurs. C’est vraiment Héya fawda (chaos), ce célèbre film de Khaled Youssef qui a pris le pouls de la société égyptienne.

Chérine Abdel-Azim

 

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