Code de la Route.
Les nouvelles dispositions devant entrer en vigueur le 1er
août semblent avoir profité jusqu’à maintenant aux seuls
marchands d’accessoires, voire aux vendeurs à la sauvette.
Etat des lieux.
Une loi qui est un vrai souk
«Venez
! Venez ! Ici c’est le moins cher », crie le jeune Moustapha
à l’aide d’un micro à la main. Ce jeune vendeur
d’accessoires d’automobiles, installé au milieu de la rue
Zaki, perpendiculaire à la fameuse avenue Ramsès au
centre-ville, haut lieu de tous les encombrements, fait
partie des centaines de détaillants qui essaient de profiter
de l’occasion. Laquelle ? L’entrée en vigueur, le 1er août,
du nouveau code de la route fondé dans la plupart de ses
clauses sur un durcissement des peines allant jusqu’à un
mois de prison pour certains délits, des amendes qui
dépassent 1 500 L.E. et la suspension du permis de conduire
pour quelques mois. Ces sanctions seront appliquées par
exemple au cas où le conducteur ne garerait pas dans les
lieux autorisés, s’il emprunte un sens interdit ou s’il
utilise ses phares de manière aveuglante. Cette nouvelle loi
exige aussi de placer dans chaque véhicule un triangle
lumineux qui devrait être placé à 10 mètres devant la
voiture en cas de panne, comme signal d’alerte pour les
autres conducteurs. Sinon, le permis de conduire sera
suspendu pour une durée d’un mois minimum. La loi exige
qu’une trousse de premiers secours soit présente dans chaque
véhicule, autrement c’est une amende ou une suspension d’un
mois au moins du permis de conduire.
La loi du marché triomphe
Ce nouveau code de la route a fait parler de lui. Un peu
comme la crise de l’essence, il vient s’ajouter aux
différents déboires des automobilistes habitués à l’heure
actuelle à rouler sans entraves et qu’indispose toute
discipline d’autant plus que le nouveau code n’a pas été
bien expliqué. Mais cela constitue une aubaine pour les
marchands d’accessoires et autres intermédiaires. « Dès
qu’on a entendu parler de ces deux clauses, on a pensé
fabriquer ces trousses de secours, mais on a découvert que
ce sera trop coûteux, alors on a décidé de recourir à
l’importation », explique Hag Magdi Chaabane, fier de ses
produits et qui insiste qu’il est le moins cher dans tout le
marché. Ce propriétaire, qui a le sens de l’humour et de la
comédie, a voulu éviter tout marchandage et au lieu que le
client demande à chaque fois les prix, il a collé des
panneaux où sont enregistrés les prix, le genre et le pays
d’origine. Le tout s’accompagne d’une campagne de promotion
originale. Il chante, danse et procède à une vraie vente à
la criée. Le prix du triangle rouge en plastique fabriqué en
Chine commence à 40 L.E. et va jusqu’à 55 L.E., alors que le
made in Egypt va à peine de 10 à 20 L.E. Le juste milieu
vient de Turquie, il est à 19,90 L.E. « Je préfère le
produit turc, d’abord c’est bon marché et parce qu’on en a
marre des produits chinois qui envahissent le marché
égyptien », lance Emad Habib, un comptable qui a profité de
sa présence dans ce marché, le moins cher de toute l’Egypte,
et a acheté aussi d’autres accessoires pour sa voiture ...
chinoise.
Emad
trouve que ce triangle est vraiment efficace et donne comme
preuve le fait que la plupart des voitures de très grandes
marques se vendent avec cet accessoire. Il n’est pas
grincheux donc comme tous les autres que le nouveau code de
la route dérange. « Vraiment, il peut aider surtout dans les
autoroutes obscures ». Emad a aussi acheté la trousse des
premiers secours à 85 L.E. Il s’agit, cependant, d’un sac
semblable à celui où les techniciens mettent leurs
instruments. Ils sont bien futés et débrouillards nos
vendeurs, puisqu’il y a deux semaines, Racha affirme l’avoir
acheté à 30 L.E. Cela dit, ces trousses de fortune sont
conformes à tous les critères demandés par le ministère de
la Santé, qui vient à peine de préciser 16 articles devant
être contenus dans les trousses, 12 jours seulement avant
l’application de la loi.
« Elle est vraiment nécessaire cette trousse, et peut-être
jouera-t-elle un rôle important surtout dans notre pays où
les ambulances arrivent dans les meilleurs des cas une heure
ou même deux heures après les accidents », dit le jeune
Mohamad Tareq, qui en a acheté 5 pour toute la famille.
Mais, l’essor de ce genre de commerce dans les jours qui
précèdent l’application de la loi a même encouragé les
vendeurs de trottoir à vendre n’importe quel autre produit
qui serait en rapport au même sujet : « J’ai pensé vendre
des sacs en tissu qui couvrent les trousses pour qu’elles
paraissent élégantes. Elles sont seulement à 5 L.E. », dit
Am Radwan, âgé de 60 ans et qui vend aussi des petits
drapeaux aux couleurs de tous les pays arabes, car d’après
lui c’est la saison du tourisme arabe.
A quelque chose, malheur est bon
Si les vendeurs profitent bien ces jours-ci, les citoyens
sont, eux, en colère. « Pourquoi devrais-je payer toute
cette somme, je suis sûre qu’il y a un grand homme
d’affaires qui a importé ces trousses et triangles et qui va
bien sûr se faire une fortune », se plaint Fatma qui
accompagne son mari. Elle se rappelle aussi que la même
chose s’est produite en 2000 lorsque le ministère de
l’Intérieur a exigé le port de la ceinture de la sécurité
dans les voitures et les casques pour les motards. « On a
alors entendu dire que les grands importateurs ont gagné des
milliers de livres », ajoute Fatma. Parle-t-elle vrai ou
s’agit-il pour elle juste de rechigner et de refuser la
discipline comme beaucoup de nos concitoyens ?
Les contradictions
Mais ce qui prouve son point de vue, ce sont les
déclarations contradictoires des responsables. L’un d’eux,
du ministère de l’Intérieur, a déclaré qu’un délai d’un an
de 2008 à 2009 est fixé pour appliquer ces demandes, mais
deux jours après, un autre a nié la déclaration précédente
en expliquant qu’il y aura une flexibilité dans
l’application de la nouvelle loi sans expliquer comment et
pour combien de temps.
Or, ce n’est pas seulement les commerçants qui ont voulu
profiter de l’occasion, mais aussi les pharmaciens,
quelques-uns ont pensé fabriquer eux-mêmes ces trousses. «
La direction est en train de préparer les produits »,
explique un pharmacien qui travaille dans une des
succursales de la célèbre chaîne Al-Ezabi. Il ajoute
qu’avant le début du mois prochain, ces trousses seront
disponibles. Insolite, la direction attendait que le
ministère de la Santé fixe les critères. Or, ceux-ci
viennent juste d’être annoncés. Ce pharmacien qui a requis
l’anonymat affirme que cette trousse ne va pas dépasser les
80 L.E. Abir qui a voulu s’équiper, selon les nouvelles
dispositions, a acheté une trousse dans une pharmacie rue
Qasr Al-Aïni à 100 L.E. Un meilleur prix par rapport à Maadi
où elle a trouvé la même à 125 L.E. Mais d’autres
pharmaciens partagent aussi les soupçons de Fatma qui met en
doute le bien-fondé du code. « Je me demande pourquoi le
ministère de la Santé a précisé des produits provenant de
certaines compagnies pharmaceutiques et a rejeté d’autres »,
se demande Ihab, propriétaire d’une pharmacie à Imbaba. Il
ajoute que parmi les critères exigés la présence d’objets
dont on n’a jamais entendu parler.
Quoi qu’il en soit, lorsqu’on a demandé au ministère de
l’Intérieur le 20 juillet d’où on peut acheter la trousse
idéale, conforme aux spécifications, la réponse a constitué
une grande surprise. « On ne sait pas encore. Mais il y aura
probablement trois compagnies qui en auront la
responsabilité et qui n’ont pas été encore précisées ».
Un choc. Une nouvelle loi va être appliquée dans quelques
jours. Les gens achètent à la va-vite sans trop réfléchir,
les marchands en profitent et l’Etat est encore à la
recherche de fournisseurs. C’est vraiment Héya fawda
(chaos), ce célèbre film de Khaled Youssef qui a pris le
pouls de la société égyptienne.
Chérine Abdel-Azim