Al-Ahram Hebdo, Monde | Première sur fond de déjà-vu
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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Iran. La présence d’un responsable américain aux négociations de Genève aura été la seule nouveauté de la réunion qui n’a encore abouti à rien. 

Première sur fond de déjà-vu 

« Dans deux semaines, il y aura d’autres négociations », telle est l’unique décision sur laquelle Occidentaux et Iraniens étaient tombés d’accord lors de leurs négociations samedi à Genève.

Bien que cette réunion entre le négociateur iranien, Saïd Jalili, et le haut représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne, Javier Solana, ait été marquée « pour la première fois » par la présence inédite d’un responsable américain, le sous-secrétaire d’Etat William Burns, ces discussions n’ont pas permis une réelle percée à la crise nucléaire iranienne.

Reconnaissant que l’épine dorsale même des négociations — la question nucléaire — n’a pas été évoquée, Saïd Jalili, a affirmé lundi à son retour à Téhéran que « la suspension de l’enrichissement n’a pas été discutée, il y avait des discussions sur l’approche des différentes parties concernant la poursuite des négociations, leur cadre et leur calendrier », a-t-il déclaré. Exacerbée par l’entêtement du régime iranien figé sur sa position malgré le « geste américain » qui marque un revirement spectaculaire dans l’attitude de Washington, la secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, a affirmé lundi : « Téhéran cherche à gagner du temps, mais devra donner une réponse sérieuse avant l’expiration du délai de deux semaines que lui ont fixé les grandes puissances, sinon il sera exposé à des mesures punitives », a-t-elle averti, dénonçant l’attitude iranienne qui s’est contentée, selon elle, de « bavardages ».

Avant de rentrer bredouille, les négociateurs de l’Iran et des Six (les cinq membres du Conseil de sécurité de l’Onu et l’Allemagne) s’étaient mis d’accord pour reprendre des pourparlers sur une suspension de l’enrichissement d’uranium « dans deux semaines ».

A l’issue des négociations, M. Solana a déclaré que les discussions avaient été constructives « mais nous n’avons pas obtenu de réponse à nos questions. Cela est insuffisant », a-t-il déclaré avant de quitter la table des négociations, rajoutant pourtant que « les réunions sont difficiles et les choses prennent du temps ». A la suite de la réunion, M. Solana avait affirmé que les grandes puissances attendaient toujours la réponse de l’Iran sur l’idée d’un « gel pour gel », idée selon laquelle les Iraniens accepteraient dans un premier temps de maintenir l’enrichissement d’uranium à son niveau actuel tandis que les Six renonceraient à durcir leurs sanctions.

Gardant le sang-froid comme d’habitude, le régime iranien a paru cette semaine plus calme que jamais. Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a qualifié de « pas en avant » ces négociations, alors que le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki a qualifié de « positive » la présence de M. Burns aux discussions, et a ajouté s’attendre à des progrès dans le dossier après des années d’impasse. Justifiant la lenteur du processus des négociations, M. Jalili a reconnu, la difficulté de sa tâche en comparant la diplomatie à « un tapis iranien » : « Cela avance millimètre par millimètre. C’est un travail très précis, il faut espérer que le produit fini sera magnifique à regarder ».

Analysant ces atermoiements iraniens répétés, l’expert politique, Mohamad Abbass, explique l’essence du stratagème iranien : « Les Iraniens tiennent toujours à maintenir le flou et l’ambiguïté sur leur position pour gagner le plus de temps possible. Ils veulent que les négociations avec les Occidentaux portent sur plusieurs volets comme le terrorisme, l’enseignement, l’économie pour détourner la communauté internationale du volet le plus important : le nucléaire. Ainsi, vont-ils enliser les Européens dans un tourbillon de négociations détaillées qui pourraient prendre des mois et peut-être des années. Et dès qu’ils achèveront leur programme nucléaire, ils négocieront sérieusement mais ... en position de force ».

 

Un revirement américain ?

Malgré l’échec de la réunion de samedi, elle sera pour toujours « différente » et « historique », selon les experts, puisque c’est la première fois depuis 30 ans qu’un haut diplomate américain s’entretienne avec un négociateur iranien. Depuis juin 2006, Javier Solana a mené plusieurs rounds de pourparlers avec le régime iranien et jamais un responsable iranien n’était présent. Plusieurs analystes politiques y voient le signe d’une administration Bush convertie au pragmatisme envers deux pays — l’Iran et la Corée du Nord — classés sur son axe du mal. D’autant plus que la diplomatie a donné ses fruits avec la Corée du Nord et a réussi à la convaincre de démanteler elle-même son programme nucléaire en contrepartie d’aides économiques et technologiques. « A quelques mois du terme de sa présidence, il semble que George W. Bush ait décidé de modifier son approche quant aux questions les plus épineuses. Enfin, les Américains ont compris que dialoguer avec l’autre ne veut pas dire capituler. Après avoir longtemps prôné la politique du bâton, voilà que Condoleeza Rice et Robert Gates, secrétaire américain de la Défense, commencent à opter pour le langage de la diplomatie. La leçon de la Corée du Nord a beaucoup profité à Washington », analyse M. Abbass.

Or, voyant que leur geste n’a pas été apprécié par Téhéran, des responsables américains ont lancé dimanche un sévère avertissement aux Iraniens : « Les Iraniens doivent comprendre que leurs dirigeants doivent choisir entre la coopération nucléaire ou la confrontation, qui ne mènera qu’à un isolement accru de l’Iran ». De peur que leur bonne volonté ne soit mal traduite par Téhéran, l’Administration Bush a assuré cette semaine : « Ces ouvertures diplomatiques ne constituent pas une volte-face. C’est une légère modification tactique de notre diplomatie. Mais le fond reste inchangé », souligne Sean McCormack, porte-parole du département d’Etat. Washington a déjà rompu les relations diplomatiques avec Téhéran en 1980 et a toujours exigé la suspension de ses activités d’enrichissement d’uranium avant d’accepter de participer à des négociations multilatérales avec l’Iran.

D’ores et déjà, une chose est sûre. En cas d’échec des discussions, conformément à la « double approche » sanctions/dialogue suivie par les Six, les Iraniens s’exposeraient au risque de nouvelles sanctions à l’Onu, où trois résolutions assorties de sanctions ont déjà été adoptées contre Téhéran depuis 2006. Pour le moment, les Américains ne pourront pas faire plus car l’option d’une intervention militaire semble à écarter, à quatre mois du départ du président américain, déjà enlisé en Iraq et en Afghanistan.

 




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