Figure.
Acteur en vue de la culture égyptienne, Ahmad
Nawar a touché à tout. Ses
œuvres narrant les divers combats du pays et ses divers
postes officiels occupés en témoignent.
Ahmad Nawar entre guerre et paix
Engins
militaires, objets électroniques en métal. L’atelier d’Ahmad
Nawar en abonde. Ancien vétéran
de la guerre d’usure contre Israël (entre 1968 et 1970), il
a recours à pas mal d’éléments, à la fois esthétiques, rudes
et tranchants, pour envoyer des messages de paix. Ces objets
s’imposent notamment dans les portraits du Fayoum, aux yeux
attentifs, réalisés par Nawar en
2005.
La couleur blanche domine sur son atelier de deux étages,
situé à Guiza, près de la
rivière de Marioutiya. L’artiste
est épris du contraste entre le noir et le blanc. L’horreur
de la guerre et la quête de la paix. L’action et la
quiétude. Ce même contraste bien mesuré est d’ailleurs un
trait marquant caractérisant la personnalité de
Nawar. Un artiste et haut
fonctionnaire de l’Etat, un snipper de guerre et un rêveur
par excellence.
Déjà en 1965, sa première exposition, à l’Atelier du Caire,
dénonçait l’injustice, le racisme en Afrique du Sud, la
guerre au Vietnam et la diaspora palestinienne. Autant de
sujets qui usurpent à l’Homme ses droits et ses valeurs
humaines. Et aujourd’hui, dans son atelier, un bon nombre de
tableaux dépeignent les séquelles des guerres, avec des
corps mutilés par les tirs d’obus.
Autrefois, Nawar tout jeune
voyageait à pied, parcourant l’Egypte, la Syrie, le Liban,
Jérusalem-Est et Bagdad. Juste avec un sac à dos, il
traversait les souks, les rues et les villes. Un vagabond
dans l’âme. D’où aussi ses multiples postes administratifs,
ayant été successivement : doyen des beaux-arts de Minya,
président du secteur des arts plastiques, responsable des
musées égyptiens, directeur du Fonds pour le sauvetage des
monuments de la Nubie, président de l’Organisme des palais
de la culture. « La qualité compte beaucoup plus pour moi
que la quantité. Je me sens très heureux de préserver un
site du patrimoine national. Pour moi, restaurer un musée
équivaut la production de 1 000 tableaux par an. Cela me
donne un équilibre et une satisfaction totale », déclare
Nawar, ajoutant : « Lorsqu’on m’a désigné comme président de
l’Organisme des palais de la culture, suite à l’incendie de
Béni-Souef, c’était un vrai défi. Car j’étais presque à
l’âge de la retraite. L’incendie avait fait des morts et des
blessés et je me sentais concerné ».
Nawar est fier de ses accomplissements, et ne manque pas de
préciser qu’avant de quitter son dernier poste de
responsable des Palais de la culture, il a dû restaurer le
centre de Mansoura (dans le Delta) lequel compte autant de
sièges que l’Opéra du Caire.
En outre, pendant les 17 ans où il a été à la tête du
secteur des arts plastiques, il n’a pas tardé à rénover
quelque 51 musées aux quatre coins de l’Egypte. Est-ce pour
cela que le ministre de la Culture, Farouk Hosni, l’appelle
le « bulldozer » ? « Rien ne peut me freiner. La clé de ma
personnalité est le nomadisme », dit-il.
Cette persévérance, on peut la remarquer dans son atelier.
Sur les murs sont accrochés pas mal de tableaux où il a
peint sa propre main. L’artiste souffrait de tendinite et
craignait ne plus pouvoir travailler. Avant d’être opéré, il
a alors exécuté toute une série glorifiant sa paume.
Ensuite, il a repris le travail après son intervention
chirurgicale.
Pour quelqu’un comme lui, la défaite de 1967 est
inconcevable. L’un de ses tableaux en témoigne, Yom al-hissab
(le jour du jugement, œuvre lauréate de la Biennale d’Ibiza
en 1968). Des regards sont lancés comme des fusillades. Ils
expriment un peuple rancunier qui veut absolument agir en
représailles. « Ce qui s’est passé en 1967 n’a rien à voir
avec la volonté du soldat égyptien, capable de se défende,
de combattre, et de provoquer la terreur dans les cœurs de
l’ennemi. Moi-même, j’ai tué 15 soldats israéliens. Un
chiffre record », indique Nawar.
Les souvenirs de ces années où il a effectué son service
militaire ne le quittent pas. Ils reviennent inlassablement
dans ses œuvres, lui inspirant environ 280 expositions en
Egypte et à l’étranger. Des expositions essentiellement
centrées sur la guerre et la paix.
Névine
Lameï