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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Arts

Figure. Acteur en vue de la culture égyptienne, Ahmad Nawar a touché à tout. Ses œuvres narrant les divers combats du pays et ses divers postes officiels occupés en témoignent.

Ahmad Nawar entre guerre et paix

Engins militaires, objets électroniques en métal. L’atelier d’Ahmad Nawar en abonde. Ancien vétéran de la guerre d’usure contre Israël (entre 1968 et 1970), il a recours à pas mal d’éléments, à la fois esthétiques, rudes et tranchants, pour envoyer des messages de paix. Ces objets s’imposent notamment dans les portraits du Fayoum, aux yeux attentifs, réalisés par Nawar en 2005.

La couleur blanche domine sur son atelier de deux étages, situé à Guiza, près de la rivière de Marioutiya. L’artiste est épris du contraste entre le noir et le blanc. L’horreur de la guerre et la quête de la paix. L’action et la quiétude. Ce même contraste bien mesuré est d’ailleurs un trait marquant caractérisant la personnalité de Nawar. Un artiste et haut fonctionnaire de l’Etat, un snipper de guerre et un rêveur par excellence.

Déjà en 1965, sa première exposition, à l’Atelier du Caire, dénonçait l’injustice, le racisme en Afrique du Sud, la guerre au Vietnam et la diaspora palestinienne. Autant de sujets qui usurpent à l’Homme ses droits et ses valeurs humaines. Et aujourd’hui, dans son atelier, un bon nombre de tableaux dépeignent les séquelles des guerres, avec des corps mutilés par les tirs d’obus.

Autrefois, Nawar tout jeune voyageait à pied, parcourant l’Egypte, la Syrie, le Liban, Jérusalem-Est et Bagdad. Juste avec un sac à dos, il traversait les souks, les rues et les villes. Un vagabond dans l’âme. D’où aussi ses multiples postes administratifs, ayant été successivement : doyen des beaux-arts de Minya, président du secteur des arts plastiques, responsable des musées égyptiens, directeur du Fonds pour le sauvetage des monuments de la Nubie, président de l’Organisme des palais de la culture. « La qualité compte beaucoup plus pour moi que la quantité. Je me sens très heureux de préserver un site du patrimoine national. Pour moi, restaurer un musée équivaut la production de 1 000 tableaux par an. Cela me donne un équilibre et une satisfaction totale », déclare Nawar, ajoutant : « Lorsqu’on m’a désigné comme président de l’Organisme des palais de la culture, suite à l’incendie de Béni-Souef, c’était un vrai défi. Car j’étais presque à l’âge de la retraite. L’incendie avait fait des morts et des blessés et je me sentais concerné ».

Nawar est fier de ses accomplissements, et ne manque pas de préciser qu’avant de quitter son dernier poste de responsable des Palais de la culture, il a dû restaurer le centre de Mansoura (dans le Delta) lequel compte autant de sièges que l’Opéra du Caire.

En outre, pendant les 17 ans où il a été à la tête du secteur des arts plastiques, il n’a pas tardé à rénover quelque 51 musées aux quatre coins de l’Egypte. Est-ce pour cela que le ministre de la Culture, Farouk Hosni, l’appelle le « bulldozer » ? « Rien ne peut me freiner. La clé de ma personnalité est le nomadisme », dit-il.

Cette persévérance, on peut la remarquer dans son atelier. Sur les murs sont accrochés pas mal de tableaux où il a peint sa propre main. L’artiste souffrait de tendinite et craignait ne plus pouvoir travailler. Avant d’être opéré, il a alors exécuté toute une série glorifiant sa paume. Ensuite, il a repris le travail après son intervention chirurgicale.

Pour quelqu’un comme lui, la défaite de 1967 est inconcevable. L’un de ses tableaux en témoigne, Yom al-hissab (le jour du jugement, œuvre lauréate de la Biennale d’Ibiza en 1968). Des regards sont lancés comme des fusillades. Ils expriment un peuple rancunier qui veut absolument agir en représailles. « Ce qui s’est passé en 1967 n’a rien à voir avec la volonté du soldat égyptien, capable de se défende, de combattre, et de provoquer la terreur dans les cœurs de l’ennemi. Moi-même, j’ai tué 15 soldats israéliens. Un chiffre record », indique Nawar.

Les souvenirs de ces années où il a effectué son service militaire ne le quittent pas. Ils reviennent inlassablement dans ses œuvres, lui inspirant environ 280 expositions en Egypte et à l’étranger. Des expositions essentiellement centrées sur la guerre et la paix.

Névine Lameï

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