Cinéma.
Sujet de représentations réalistes ou fantasmagoriques,
Satan redevient très présent dans des œuvres polémiques. Une
manière aussi de s’assurer des recettes grâce à la
fascination exercée par la figure diabolique.
Le démon ressonne à la porte
Apparemment,
Satan fait son come-back au cinéma. En témoigne le succès
des films où il est représenté. « Les différentes religions
affirment clairement l’existence d’une puissance des
ténèbres, à laquelle elles rattachent tout ce qu’il y a de
mal dans le monde. C’est une réalité unique présentée comme
un être pervers, qui veut manipuler l’Homme. De ce fait, le
diable est digne comme toutes autres réalités d’être star de
plusieurs œuvres cinématographiques », souligne
Bassiouni Osman, scénariste du
film Ekhtefaä
Jaafar Al-Masri
(disparition de Jaafar Al-Masri),
centré sur le pouvoir du Diable sur les humains.
Si le dernier film de Khaled Youssef, Al-Rayes Omar
Harb, restitue l’image du Diable
que campe Khaled Saleh, des exemples divers de la
représentation du diable ont jalonné les écrans, depuis le
film Safir
gohannam (ambassadeur de l’enfer) joué par le fameux
Youssef Wahbi dans les années
1940, passant par Al-Ens
wal jinn
(l’homme et le démon) de Adel
Imam, Al-Taawiza de
Yousra et Mahmoud Yassine et
jusqu’à Ekhtefaä
Gaafar Al-Masri
(disparition de Gaafar Al-Masri)
de Nour Al-Chérif et Hussein
Fahmi.
« J’avoue avoir eu peur d’incarner
satan à l’écran, explique Khaled Saleh, mais après
trois mois de travail avec le réalisateur Khaled Youssef,
j’ai aimé dans cette personnification de Satan la profondeur
des idées écartées de la caricature et du cliché courants ».
L’image de Satan s’est métamorphosée au fil des ans. «
Lorsque je faisais mon film Al-Ens
wal jinn,
j’ai décidé de le présenter sous une allure plus ou moins
effrayante qui va de pair avec la configuration du monde
infernal. Mais avec le temps, on a commencé à accepter de le
voir dans plusieurs films étrangers, dans une posture
ordinaire, interprété par des personnes qui nous entourent
».
Face aux crises idéologiques qui secouent l’Occident depuis
les années 1950 et la décadence des valeurs morales et
religieuses de nos sociétés passées à la trappe, certains
créateurs occidentaux ont réhabilité le diable sous des
valeurs différentes du passé. S’est alors constituée ce
qu’on peut appeler une « pseudo-religion » avec des rites en
transgression de tous les tabous. Des essais hollywoodiens
ont attribué les traits de Satan aux humains habités par
l’esprit du mal qui hante notre monde. On a vu alors un
Al-Pacino concrétisant Satan dans le film américain
L’Associé du diable, ainsi que son fameux concurrent Robert
De Niro dans le même rôle, dans
Angel Heart (cœur d’ange), ou
même des films ayant d’autres visions plus nuancées tel
Meet Joe Black (rencontre avec
Joe Black), interprété par Anthony Hopkins et Brad Pitt.
Ainsi Satan a-t-il commencé à endosser la posture d’un être
humain, symbole du mal sur terre, ou même du pouvoir
politique ou économique. Tel était le cas de Daoud dans le
film Ekhtefaä
Gaafar Al-Masri,
et récemment Omar Harb joué par
Khaled Saleh.
Façon sécurisante d’appréhender le mal
Mais loin de la forme, reste toujours une question de fond :
pourquoi un film sur Satan ? Si le rationalisme des 18e et
19e siècles a poussé l’humanité à prendre des distances
vis-à-vis de l’image de Satan, depuis la seconde moitié du
20e siècle, la figure de Satan, devenue plus populaire que
jamais, fournit un sujet de film à grand succès ou un thème
favori pour les groupes rock. Une question pour les
sociologues se pose alors : comment comprendre la popularité
tant passée qu’actuelle de cette figure diabolique ? « De
nos jours, on trouve Satan partout : dans les médias, la
musique, la presse ou l’habillement », commente le
psychiatre Yéhia Al-Rakhawi.
Selon lui, se réclamer ouvertement du satanisme, quand ce
n’est pas de Satan lui-même, relève du phénomène dans le
vent. « Le satanisme se vend bien ! », conclut-il. Les
jeunes en mal de repères s’identifient allègrement à lui. «
La représentation de Satan persiste certainement parce que
l’humanité n’a pas trouvé de solution rationnelle à la
souffrance ni au mal, explique le Dr Nagui
Kafafi, professeur de sociologie
à l’Université du Caire. L’esprit humain se demande s’il n’y
aurait pas une force mauvaise qui agit sur le monde ».
Peut-être est-ce là une façon plus sécurisante d’appréhender
le mal quelle que soit sa source, et de l’accepter sur
l’écran comme on l’accepte dans la réalité ?
Yasser Moheb