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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Arts

Cinéma. Dans la pléthore de titres peu satisfaisants, deux films chantants, Helm al-omr (rêve d’une vie) et Capitaine Hima, se distinguent par une réflexion sur la place de l’individu dans une société qui l’écrase.

Décrochage

Ce n’est pas un hasard si les distributeurs ont choisi de caser deux films de chanteurs de renom, Helm al-omr (rêve d’une vie) de Waël Ihsane et Capitaine Hima de Nasr Mahrous dans cette période d’offre de titres peu surprenants. Ils ont préféré satisfaire les curiosités cinéphiles en attendant les titres qui pourraient marquer cet été.

Cependant, alors que Rêve d’une vie interprété par Hamada Hilal est inventif, Capitaine Hima souscrit aux lois du marché, en favorisant les scènes où Tamer Hosni chante les meilleurs opus de son album en circulation. L’exercice est rare pour faire preuve de son talent de comédien. En premier lieu, dans quelques films tels Sayed Al-Atefi et Omar et Salma, succès de l’an dernier, Tamer Hosni a su imposer une diction, des gestes et une présence qui le distinguent des autres acteurs. Mais le rythme et l’humour ne se renouvellent plus. Il campe le jeune qui séduit les filles par son charme, mais un ton fidèle à un modèle symbolique de héros à copier ne passe plus. Au contraire, il y a chez Hamada Hilal une manière inhabituelle de prendre la parole, à la fois discrète et déterminée ; un ton d’élégance qui dessine un certain rapport contemporain avec le spectateur. Le talent d’un acteur ne va pas sans une science du spectateur.

L’idée de base des deux films est identique : généreux, spontanés et précis, les deux protagonistes agissent en autodidactes de longue lignée. Les metteurs en scène, Waël Ihsane et Nasr Mahrous, leur font expérimenter les possibilités de leur métier, dans l’écart entre moyens et direction. Ahmad (Hamada Hilal), dans Rêve d’une vie, invente une nouvelle représentation du jeu en mouvement, où l’instabilité reste possible, mais où les événements se produisent selon un enchaînement qu’il s’agit de contrôler, et qui semble pouvoir l’être.

Ahmad, enfant, est agressé à l’école par ses camarades qui lui volent ses sandwichs. Il est fragile mais pas un défoncé, il veut décrocher. Il est en manque, pas d’argent, mais de repères, dans un monde qui fait peu de place à ceux qui ne savent pas défendre la leur. Son voisin lui apprend dès lors la boxe. Ce sport devient désormais un modèle d’organisation de ses rapports avec les autres, pour lequel il s’inflige souffrance et problèmes, faisant don de son corps, dont il entend tirer bénéfice. Dans cet élan aussi ferme qu’incontrôlable, il devient le héros de sa propre exigence. Pas de discours, pas de thèse, mais une certitude : la boxe est une prise de position nécessaire face à un échafaudage de pratiques qui reposent sur les manipulations et les artifices sur lesquels fonctionnent les rapports humains. Il reste que le scénario rappelle par certains traits celui de Al-Nemr al-aswad d’Ahmad Zaki. La crise est ouverte dans le récit lorsque Ahmad veut accéder au ring et en est empêché par un rival, Akram, un officier de police aux activités illicites. La mise en scène de Waël Ihsane transforme en fécondant cet aspect de la situation sociale contemporaine où des hommes de pouvoir limitent les choix des autres par une monétarisation généralisée du monde.

La question que se pose Ahmad est : « Comment hériter des significations des valeurs de courage et d’honneur dans lesquelles on a été élevé, alors que la justice ne se trouve pas dans le monde réel ? ». Il s’accroche, néanmoins, à la boxe comme une référence importante, une réponse décisive, pour ne pas accepter la terreur du réel. Son entraîneur Adel (l’excellent Tewfiq Abdel-Hamid) lui assure comme le signifie son nom que quelque chose est là, un possible, qu’il ne faut pas laisser perdre, et qui est hors de prix. Le possible, difficile à solder, s’introduit dès lors. Fort de l’amour de Nour, qui partage cette réponse optimiste, Ahmad possède une longueur d’avance sur l’univers de Rochdi (Ezzat Abou-Auf), père de Nour, et d’Akram qui veut la lui ravir, régi par la part maudite des humains soumis aux lois de l’argent. Cette réponse est, le film est très clair sur ce point, une réponse de fiction : une production imaginaire, mais vitale. Est euphorique le moment où Ahmad triomphe d’un boxeur américain dans une compétition universelle. Cela redore le talent du chanteur qui ne repose pas seulement sur son don vocal.

Le portrait de l’individu écrasé par la loi du plus fort et qui essaye de vivre correctement et élever sa sœur après la mort de ses parents dans un accident, est incarné par Hima (Tamer Hosni) dans le film éponyme. Ce dernier reprend quelques éléments de Rêve d’une vie; importance de l’univers familial, heurt avec des personnages dans un rapport de force et un jeu de domination. Mais Hima échappe à cette fatalité par des scènes d’émancipation dans la nature, avec sa dulcinée Mariam (Zeina), qui accordent une place importante à l’étalage de son talent de chanteur. Ce folklore sert à apaiser les frustrations et l’amertume liées aux mauvaises conditions de vie, mais à ne pas mettre en cause le monde de l’élite politique à laquelle appartient Hossam (Ahmad Zaher) qui conspire contre Hima pour lui enlever sa bien-aimée. Au lieu de dénoncer la marginalisation des défavorisés dans une société qui les écrase, le film divertit le public en lui promettant un avenir meilleur sous la forme de l’intégration de Hima dans la haute société à laquelle appartient Mariam.

Amina Hassan

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