Al-Ahram Hebdo, Afrique | Khartoum appelé à faire plus
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 Semaine du 23 au 29 juillet 2008, numéro 724

 

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Afrique

Tchad-Soudan. Malgré la volonté affichée par Khartoum de normaliser ses relations avec N’Djamena, cette dernière s’attend à davantage de garanties et relance la balle dans le camp soudanais. 

Khartoum appelé à faire plus 

Les liens tumultueux entre le Tchad et le Soudan vont-ils finalement se stabiliser ? Au vu de l’histoire de ces relations, qui connaissent tantôt des hauts, tantôt des bas, rien n’est moins sûr, même si le président soudanais Omar Al-Béchir s’est dit prêt à renouer les relations diplomatiques avec N’Djamena. Celles–ci avaient été rompues en mai dernier après une offensive rebelle à Khartoum imputée par Béchir à des Tchadiens soutenus par N’Djamena, et le gouvernement tchadien avait nié toute implication.

C’est en effet sous pression diplomatique que le président soudanais a fait ce geste envers son voisin, à un moment où il est en difficulté avec la communauté internationale à la suite des accusations de génocide lancées contre lui par le procureur de la Cour pénale internationale.

Béchir serait-il donc en train de tenter de redorer son blason un tant soit peu pour éviter que les foudres ne s’abattent sur lui de toutes parts ? Si c’est le cas, la démarche soudanaise n’est toutefois pas garantie.

En effet, profitant de la « faiblesse » actuelle du régime soudanais, le Tchad s’est dit ouvert au dialogue, mais « attend de voir » une réelle volonté soudanaise « d’entretenir des relations amicales ». « Nous avons pris acte de la volonté du Soudan de reprendre les relations diplomatiques. Nous allons aviser », a déclaré par téléphone le ministre tchadien des Affaires étrangères, Moussa Faki, à l’AFP depuis Dakar où il se trouvait pour la réunion du groupe de contact entre les deux pays chargés de la mise en œuvre de l’accord de paix de Dakar signé en mars. « On attend de voir s’il y a une réelle volonté d’entretenir des relations amicales avec le Tchad, s’il y a une volonté réelle de laisser le Tchad tranquille. Tout dépend du Soudan », a ajouté M. Faki. Se sentant en position de force, « le Tchad a fait remarquer au Soudan que malgré plusieurs accords et à peine 48 heures après la réunion du groupe de contact à Brazzaville (9 juin), le Tchad avait été attaqué et agressé » par des colonnes de rebelles tchadiens venus du Soudan (le 11 juin dernier), a toutefois souligné le ministre, précisant qu’il était « prématuré de vouloir rouvrir les frontières » fermées depuis mai.

N’Djamena laisse donc la balle dans le camp de Khartoum, comme l’a déclaré son chef de la diplomatie, qui a aussi rappelé que c’est « le Soudan qui avait rompu les relations de manière unilatérale ». Le régime tchadien n’a pas non plus caché ce qu’il voyait derrière ce geste de Khartoum. Le président soudanais tente-t-il de donner des gages, alors que le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) a demandé un mandat d’arrêt contre lui en l’accusant d’avoir orchestré un génocide au Darfour ? « Peut-être », répond M. Faki qui ajoute : « Avec la procédure judiciaire, la communauté internationale a pu mesurer le drame du Darfour. Cette procédure va dans notre sens, elle va participer à la manifestation de la vérité et sans doute aider à impulser une solution ».

La volonté soudanaise de renouer les relations diplomatiques a été annoncée vendredi par le Sénégal, qui joue le rôle de médiateur entre les deux voisins. Cette annonce a fait suite à une rencontre, à Dakar, des ministres des Affaires étrangères des deux pays, en présence de diplomates de l’Union africaine chargés de veiller à l’accord de paix que N’Djamena et Khartoum ont conclu en mars. La mise en place de cet accord a été émaillée d’incidents frontaliers entre les deux pays qui s’accusent mutuellement de soutenir des groupes rebelles sur leurs territoires. Le groupe de contact chargé de veiller au respect de l’accord envisage le déploiement d’une force de sécurité et de maintien de la paix à la frontière entre les deux pays. Un budget de 30,6 millions de dollars (19,3 millions d’euros) a été approuvé à cet effet. Une réunion technique est prévue lors de la deuxième quinzaine d’août pour fixer les conditions d’engagement de la force et préparer sa logistique.

D’ici là, il faut espérer que la situation ne se dégrade pas une fois de plus, comme ça a été le cas à plusieurs reprises. Cependant, même si les deux pays renouent leurs relations diplomatiques, il est difficile que la situation revienne à la normale sans une solution au Darfour. Ce qui risque de nous replonger dans le même cercle vicieux.

Abir Taleb

 

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