Tchad-Soudan.
Malgré la volonté affichée par Khartoum de normaliser ses
relations avec N’Djamena, cette dernière s’attend à
davantage de garanties et relance la balle dans le camp
soudanais.
Khartoum appelé à faire plus
Les
liens tumultueux entre le Tchad et le Soudan vont-ils
finalement se stabiliser ? Au vu de l’histoire de ces
relations, qui connaissent tantôt des hauts, tantôt des bas,
rien n’est moins sûr, même si le président soudanais Omar
Al-Béchir s’est dit prêt à renouer les relations
diplomatiques avec N’Djamena. Celles–ci avaient été rompues
en mai dernier après une offensive rebelle à Khartoum
imputée par Béchir à des Tchadiens soutenus par N’Djamena,
et le gouvernement tchadien avait nié toute implication.
C’est en effet sous pression diplomatique que le président
soudanais a fait ce geste envers son voisin, à un moment où
il est en difficulté avec la communauté internationale à la
suite des accusations de génocide lancées contre lui par le
procureur de la Cour pénale internationale.
Béchir serait-il donc en train de tenter de redorer son
blason un tant soit peu pour éviter que les foudres ne
s’abattent sur lui de toutes parts ? Si c’est le cas, la
démarche soudanaise n’est toutefois pas garantie.
En effet, profitant de la « faiblesse » actuelle du régime
soudanais, le Tchad s’est dit ouvert au dialogue, mais «
attend de voir » une réelle volonté soudanaise «
d’entretenir des relations amicales ». « Nous avons pris
acte de la volonté du Soudan de reprendre les relations
diplomatiques. Nous allons aviser », a déclaré par téléphone
le ministre tchadien des Affaires étrangères, Moussa Faki, à
l’AFP depuis Dakar où il se trouvait pour la réunion du
groupe de contact entre les deux pays chargés de la mise en
œuvre de l’accord de paix de Dakar signé en mars. « On
attend de voir s’il y a une réelle volonté d’entretenir des
relations amicales avec le Tchad, s’il y a une volonté
réelle de laisser le Tchad tranquille. Tout dépend du Soudan
», a ajouté M. Faki. Se sentant en position de force, « le
Tchad a fait remarquer au Soudan que malgré plusieurs
accords et à peine 48 heures après la réunion du groupe de
contact à Brazzaville (9 juin), le Tchad avait été attaqué
et agressé » par des colonnes de rebelles tchadiens venus du
Soudan (le 11 juin dernier), a toutefois souligné le
ministre, précisant qu’il était « prématuré de vouloir
rouvrir les frontières » fermées depuis mai.
N’Djamena laisse donc la balle dans le camp de Khartoum,
comme l’a déclaré son chef de la diplomatie, qui a aussi
rappelé que c’est « le Soudan qui avait rompu les relations
de manière unilatérale ». Le régime tchadien n’a pas non
plus caché ce qu’il voyait derrière ce geste de Khartoum. Le
président soudanais tente-t-il de donner des gages, alors
que le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) a
demandé un mandat d’arrêt contre lui en l’accusant d’avoir
orchestré un génocide au Darfour ? « Peut-être », répond M.
Faki qui ajoute : « Avec la procédure judiciaire, la
communauté internationale a pu mesurer le drame du Darfour.
Cette procédure va dans notre sens, elle va participer à la
manifestation de la vérité et sans doute aider à impulser
une solution ».
La volonté soudanaise de renouer les relations diplomatiques
a été annoncée vendredi par le Sénégal, qui joue le rôle de
médiateur entre les deux voisins. Cette annonce a fait suite
à une rencontre, à Dakar, des ministres des Affaires
étrangères des deux pays, en présence de diplomates de
l’Union africaine chargés de veiller à l’accord de paix que
N’Djamena et Khartoum ont conclu en mars. La mise en place
de cet accord a été émaillée d’incidents frontaliers entre
les deux pays qui s’accusent mutuellement de soutenir des
groupes rebelles sur leurs territoires. Le groupe de contact
chargé de veiller au respect de l’accord envisage le
déploiement d’une force de sécurité et de maintien de la
paix à la frontière entre les deux pays. Un budget de 30,6
millions de dollars (19,3 millions d’euros) a été approuvé à
cet effet. Une réunion technique est prévue lors de la
deuxième quinzaine d’août pour fixer les conditions
d’engagement de la force et préparer sa logistique.
D’ici là, il faut espérer que la situation ne se dégrade pas
une fois de plus, comme ça a été le cas à plusieurs
reprises. Cependant, même si les deux pays renouent leurs
relations diplomatiques, il est difficile que la situation
revienne à la normale sans une solution au Darfour. Ce qui
risque de nous replonger dans le même cercle vicieux.
Abir
Taleb