Zimbabwe.
Le président zimbabwéen Robert Mugabe et le chef de
l’opposition Morgan Tsvangirai ont signé lundi un accord qui
pose le cadre de négociations visant à sortir le pays de la
crise politique et économique dans lequel il s’enfonce
depuis des années.
Le plus dur reste à faire
C’est
grâce à la médiation du président sud-africain Thabo Mbeki
que Robert Mugabe, récemment réélu lors d’un scrutin
largement contesté, et son rival, Morgan Tsvangirai,
vainqueur du premier tour de l’élection, ont signé un
protocole d’accord qui devrait mettre fin à la paralysie
politique dont souffre le Zimbabwe depuis plusieurs mois.
Les deux rivaux, qui ne s’étaient pas rencontrés en public
depuis 1998, ont signé le document dans un hôtel de Harare
au côté du président sud-africain, chargé par l’Afrique
australe d’une médiation au Zimbabwe. Le protocole d’accord
fixe un ordre du jour très large pour les pourparlers et un
objectif de deux semaines pour trouver un accord « sincère
et durable » sur un « gouvernement élargi ».
Si la question du gouvernement peut être facilement résolue,
il n’en demeure pas moins que les questions de fond
risquent, elles, de faire face à de profondes divergences
lors des prochaines discussions. Ainsi, selon M. Mugabe, ces
discussions viseront à amender la Constitution « de diverses
façons » en vue de l’établissement d’« un nouvel ordre
politique ». Des termes bien vagues derrière lesquels
peuvent encore se cacher des visions diamétralement opposées
de ce « nouvel ordre politique ». En effet, malgré une «
historique » poignée de mains lundi, la défiance est vive
entre Mugabe et Tsvangirai, son rival de dix ans,
l’ex-syndicaliste devenu premier opposant, vainqueur du
premier tour de la présidentielle, mais qui a dû jeter
l’éponge avant le second tour, écœuré par la violence.
Mais l’enjeu du dialogue est vital : il s’agit de sortir le
Zimbabwe de la paralysie née du scrutin du 27 juin (l’unique
candidat Robert Mugabe, au pouvoir depuis 1980, avait été
réélu au second tour de la présidentielle boycotté par
l’opposition sur fond de violences). L’opposition a — comme
l’Occident — refusé de reconnaître sa réélection, tout en se
disant prête à dialoguer. De son côté, le régime accuse
Tsvangirai d’être une « marionnette » de l’Occident.
Le déblocage de lundi ne doit donc pas faire oublier le
fossé restant à combler, avant d’atteindre un consensus
politique au Zimbabwe. Car M. Mugabe s’appuie sur les
résultats du 27 juin pour justifier son maintien à la tête
de l’exécutif. Le Mouvement pour le changement démocratique
(MDC, opposition), se fonde sur sa victoire au scrutin du 29
mars : outre l’avance de M. Tsvangirai à la présidentielle,
le parti avait raflé le contrôle du Parlement. Et refuse un
scénario qui légitimerait M. Mugabe. Ce dernier, qui se
considère reconduit pour un mandat de cinq ans, « voudra
toujours être reconnu comme le chef de l’Etat légitime et
Tsvangirai voudra être reconnu comme le vainqueur des
élections », résume ainsi l’analyste Joseph Kuregba, de
l’Université du Zimbabwe à Harare, cité par l’AFP. Autre
écueil : le climat de violence, qui poussa le chef du MDC à
se retirer de la présidentielle. L’opposition, qui avance le
chiffre de 120 morts parmi ses sympathisants depuis fin
mars, assure que les attaques continuent.
Des compromis mentionnés ces dernières semaines ont
toutefois évoqué un gouvernement d’union nationale, souhaité
par l’Union africaine (UA), ou un gouvernement de
transition, appelé de ses vœux par Pretoria. M. Tsvangirai a
parlé de « mécanisme de transition » aux contours à définir,
qui devrait mener à une nouvelle Constitution et à de
nouvelles élections. « Le problème majeur est : que faire de
Tsvangirai et est-ce que Tsvangirai acceptera le rôle qui
lui sera proposé ? Ce sera la pierre d’achoppement n° 1 »,
prédit Lovemore Madhuku, avocat proche de la société civile
zimbabwéenne, également cité par l’AFP. « Mugabe veut
toujours être le chef de l’exécutif et il restera le chef de
l’exécutif, aucun doute là-dessus », affirme M. Madhuku.
Abir
Taleb