Al-Ahram Hebdo,Société |
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 2 au 8 juillet 2008, numéro 721

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Société

Fêtes de Promotion. Ce genre de célébration de fin d’année gagne toutes les écoles privées et semble générer un business juteux. Des fêtes désormais organisées dans des 5 étoiles avec la présence de chanteurs et même de danseuses. Le phénomène a fini par devenir un débat public.

L’attrait des strass

« Hip, hip, hooray for the graduate today ! », la promotion c’est aujourd’hui, annonce la carte d’invitation que distribuent les jeunes de la troisième année secondaire d’une école privée. L’invitation indique aussi la date, l’heure et l’endroit où aura lieu l’événement qui en général se passe dans l’un des grands hôtels cinq étoiles. Chaque année, les élèves sont conviés à la même fête alors qu’une nouvelle promotion se prépare à faire son entrée scolaire. Une fête, qui avec le temps, a pris un certain pli : une salle dans un hôtel 5 étoiles, une décoration éblouissante, des chanteurs et de jeunes étudiants habillés en tenues de soirée et au comble de la joie. En fait, c’est l’ambiance de toutes les fêtes de promotion ou « prom » comme on les a surnommées et qui ont lieu en Egypte depuis une vingtaine d’années. Antoine Gamil, le premier à avoir organisé les proms des écoles, affirme que ces cérémonies, comme beaucoup d’autres choses dans notre vie quotidienne, sont inspirées de l’Occident. C’est l’Université américaine du Caire qui a commencé à organiser ce genre de fêtes en fin d’année, pour marquer la fin des études universitaires. Les écoles privées, en majorité religieuses, organisaient aussi des cérémonies simples à l’intérieur de leurs établissements. « C’est à partir des années 1990 que ce genre de festivités a évolué. Ces cérémonies ont commencé à se dérouler dans de grands hôtels, et les 5 ou 6 dernières années, cela s’est transformé en excentricité, surtout que les écoles privées ont augmenté en nombre avec l’apparition de plusieurs catégories, dont l’international et national », précise Antoine. Ce dernier affirme qu’au départ, il avait commencé en amateur, mais cela s’est transformé en business fructueux grâce à ses bons rapports avec plusieurs écoles. Depuis, il est chargé d’organiser kermesses et autres fêtes pour elles. Son sens de créativité et sa loyauté lui ont permis de devenir le propriétaire de l’une des importantes agences en matière d’organisation de ce genre de fêtes.

Dès que l’année scolaire commence et parfois même avant, les élèves de la troisième année secondaire choisissent quelques-uns de leurs camarades pour contacter et signer un contrat avec une bonne agence pour organiser cette soirée inoubliable : papillons, cœurs, blue jean, noir et blanc, ou d’autres couleurs ; on peut se retrouver dans une salle de casino avec de petits cubes accrochés aux murs, des cartes de jeux éparpillées par terre ou des roulettes accrochées au plafond. Cela peut aussi se passer dans un endroit romantique décoré de roses et de bougies. Les couleurs, le thème et tous les détails sont discutés et fixés par le groupe de délégués qui représente les élèves et l’organisateur qui propose des idées originales pour satisfaire et surtout fasciner. « Mon équipe et moi, nous travaillons ensemble, en coordination avec le groupe délégué par les élèves. Nous faisons tout notre possible pour transformer la salle de l’hôtel, selon le thème choisi, en un endroit féerique capable d’éblouir tout le monde », dit Antoine, en affirmant qu’il préfère travailler avec les filles plus qu’avec les garçons, car elles sont méticuleuses et consciencieuses. Si la décoration a un important impact sur l’ambiance de la soirée, il faut aussi un ou deux chanteurs pour animer la fête et bien sûr un photographe, un cameraman, des feux d’artifice ou d’autres éléments pour marquer l’événement. C’est suivant le goût des élèves et le budget dont ils disposent.

En fait, ces proms peuvent coûter entre 60 000 et 160 000 L.E. ou plus si on le désire. Et tous les préparatifs se passent loin de l’école qui préfère rester en retrait. Selon Mona Azer, responsable dans une école des filles, « notre tâche se limite à ramasser l’argent, sensibiliser les élèves de l’importance de se comporter correctement et on insiste auprès des parents pour accompagner leurs filles et les surveiller ». Cette dernière, comme la plupart des responsables des écoles, n’apprécie pas ce genre de festivité, par contre personne ne voit d’inconvénient à ce que les fêtes de prom se passent à l’école. « Elles ont été accueillies dans nos bras et elles devraient sortir de chez nous », dit Azer.

En général, toutes les écoles organisent une fête pour célébrer la promotion de troisième secondaire, à l’intérieur de l’école. Ce festival varie entre des cérémonies comme le dernier salut ou la remise du drapeau par les élèves de la dernière année secondaire à la prochaine promotion, en présence de tous les élèves et leurs enseignants. Il y a aussi de petites fêtes au cours desquelles les élèves présentent des pièces de théâtre et des chansons en présence de leurs parents. Il y a également des établissements qui font venir de grands chanteurs pour animer leurs fêtes, mais tout cela n’a jamais satisfait les élèves qui tiennent toujours à fêter une prom en dehors de leurs établissements. « Je ne suis pas du tout d’accord pour ce genre d’apparat et je n’ai jamais participé à ces fêtes, mais je ne peux guère empêcher les élèves de le faire » , dit le directeur d’une école de garçons.

En effet, les élèves tiennent toujours à inviter leurs enseignants et la direction de l’école, mais quelques professeurs seulement s’y rendent.

Tony affirme qu’après plusieurs années de travail avec les élèves pour organiser leurs proms, il peut dire que ces fêtes sont devenues le rêve auquel chacun d’eux se projette des années à l’avance. Il ajoute qu’avant, on attendait le jour de son mariage, la seule grande célébration dans la vie d’une personne, maintenant, les enfants ont l’occasion de célébrer plusieurs choses, avant leur mariage, à la tête, leur prom. « C’est chouette de pouvoir porter une tenue de soirée et passer la nuit à danser, chanter et à s’éclater une dernière fois avant que la promotion ne se sépare pour toujours », dit Nayera, en affirmant que ce jour-là a été pour elle inoubliable. Elle avait pris plein de photos avec tout le monde pour mémoriser cet événement.

Les agences se jettent sur l’affaire

En effet, plus cet événement emporte du succès, plus la concurrence entre les agences devient farouche. Actuellement, il en existe entre 5 ou 6 qui organisent ces proms, et pour aguicher la clientèle, chacune a sa méthode.

Mais ce qui se passe de plus en plus dans ces soirées, c’est le fait de tout faire pour soutirer le plus d’argent possible. Certains agents exploitent leurs relations étroites avec les stars du monde de la chanson ou de la danse pour les convaincre de faire une courte apparition sur scène contre une somme réduite. La différence entre la somme payée à la star et celle précisée dans le contrat va directement dans les poches de l’organisateur de la soirée. Et, pour remplir le vide, ce dernier demande à d’autres chanteurs peu connus et donc moins payés de rester sur la piste pendant le reste de la cérémonie. « Ces organisateurs exploitent la naïveté de leurs jeunes clients et profitent de la situation pour réaliser le plus de profits. Même les hôtels font de même, tout en réduisant les mets du buffet présenté à ces jeunes élèves venus surtout pour s’amuser », indique un père. Dernièrement, l’une de ces agences a choisi d’épater les élèves en leur offrant un ou deux artistes gratuitement en plus de la décoration et du programme ordinaire du jour. Mais il paraît que cela a causé des problèmes. D’après Dalia Hafez, le jour de leur prom, la chanteuse tant attendue n’est restée sur la piste que peu de temps alors que d’autres peu connus se sont relayés sans que l’organisateur ne donne d’explication aux spectateurs. Ces stars qui, en fait, avaient animé la soirée n’étaient que des invités d’honneur qui nous ont été imposées par l’agence. « Ces artistes n’étaient pas à la hauteur et ne convenaient pas à notre goût, ils nous ont gâché notre soirée », dit Dalia. Si pour cette école de filles, l’affaire s’est arrêtée là, dans d’autres proms, les choses sont allées plus loin.

Le scandale qui a eu lieu tout récemment au cours de la cérémonie de prom d’une école de garçons de grande renommée a rouvert le dossier. Accusée par l’Assemblée du peuple d’avoir porté atteinte à l’éthique des institutions pédagogiques, l’affaire fait actuellement l’objet d’une enquête. La raison étant qu’une très célèbre danseuse a été conviée à cette fête et a offert un tour de danse. Le lendemain, les photos étaient publiées dans tous les journaux. De son côté, l’école tient à se défendre en justifiant qu’elle n’est pas responsable de l’organisation de cette fête, et que ce sont les élèves qui se sont entendus avec l’agence pour inviter cette danseuse. D’un autre côté, l’organisateur déclare que son agence a le droit de choisir son invité d’honneur sans avoir à déclarer son identité. Par ailleurs, de plus en plus, les hôtels commencent à avoir des réserves par rapport à ces proms, étant donné que certains élèves ont un comportement indécent. Le responsable des fêtes dans un hôtel affirme que ce genre de fêtes nécessite plus de surveillance de la part des parents, puisque ni l’école ni l’organisateur ne sont responsables. Il affirme que parfois les élèves apportent des boissons alcoolisées, de la drogue et tripotent. « On exige maintenant que les parents accompagnent leurs enfants durant ces fêtes », dit-il. D’autres ont arrêté complètement depuis cette année d’accueillir ce genre de fêtes dans leurs hôtels. Quant aux parents, ils accompagnent leurs enfants, mais restent une ou deux heures avec eux, puis les laissent avec leurs amis. « Je ne peux pas passer la soirée à suivre mon enfant des yeux, il faut lui laisser une petite marge de liberté, c’est sa soirée », dit Ahmad, le père d’un garçon de troisième secondaire. D’autres parents quittent la salle, mais pas l’hôtel. Ils sont là, sans être là pour éviter d’étouffer leurs enfants. « A mon avis, ce genre de fêtes en dehors de l’école n’a pas de sens. Ce sont de grosses sommes d’argent qui partent en l’air, d’un autre côté, c’est l’occasion de responsabiliser les enfants. Ils apprennent à s’organiser pour un tel événement », dit Leïla Héneine, maman d’une fille dont l’école a organisé une superbe soirée en invitant un chanteur canadien, et à la fin de la soirée 10 000 L.E. ont été données à une œuvre de charité. Leïla voit que c’est comme ça que cela doit se passer, une grande soirée avec de grandes stars et de grands sponsors par la suite, et beaucoup d’argent avec lequel on peut aider les autres. « Ainsi ces fêtes pourront-elles avoir un sens », dit-elle.

Aujourd’hui, qu’on le veuille ou pas, cette tendance ne cesse de prendre de l’ampleur. Et puisque ce business est apparemment juteux, les soirées de prom sont même en train de se dérouler pour les élèves de la maternelle et du cycle primaire.

Hanaa Al-Mekkaw

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.