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 Semaine du 2 au 8 juillet 2008, numéro 721

 

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Opinion
 

Oum Kalsoum reconquit Paris

Mohamed Salmawy

Au cours de mon dernier séjour à Paris, j’ai visité trois expositions de trois femmes différentes qui ont eu, chacune à sa manière, un large impact dans son domaine. La capitale des lumières est témoin actuellement d’une exposition historique gigantesque de la diva du chant arabe Oum Kalsoum à l’Institut du Monde Arabe (IMA). La deuxième exposition est celle qui a eu lieu au musée du Grand Palais, sur la dernière reine de France avant la Révolution française, Marie-Antoinette. La troisième, qui s’est tenue à l’Hôtel de Ville, était celle de la légende du cinéma américain Grace Kelly qui a épousé le prince Rainier de Monaco et qui est passée du grand écran au monde des légendes.

Comme Oum Kalsoum qui avait un impact non négligeable sur l’histoire de la chanson arabe, la reine de France d’origine autrichienne Marie-Antoinette a également largement imprégné l’histoire. D’ailleurs, certains historiens sont allés jusqu’à lui faire assumer une grande partie des raisons du déclenchement de la Révolution française, y compris sa célèbre maxime dont la véracité n’a pas été prouvée encore, lorsqu’elle a demandé pourquoi le peuple était en colère, et qu’on lui avait répondu qu’il ne trouvait pas de pain, et qu’elle répondit : qu’il mange de la brioche.

Quant à Kelly, qui n’a joué que quelques films à Hollywood, elle a incarné le rêve de toute une génération avec son visage angélique. Et sa magie n’a fait que grandir grâce à son mariage avec le  prince de Monaco. Elle est rentrée alors de plain pied dans le monde des légendes vivantes.

Les trois expositions ont eu lieu à l’occasion de la célébration de la mémoire de chacune d’elles.  Celle sur Marie-Antoinette était une tentative franche de restituer à l’ex-reine, haïe par les Français, et qu’ils surnommaient l’Autrichienne, sa propre valeur. Elle a été précédée pendant les quelques dernières années par la publication de nombreux livres sur elle, qui ont transmis au lecteur une nouvelle vision de cette femme qui a payé le prix d’une série successive d’erreurs commises par les rois français. On raconte d’ailleurs que, depuis son arrestation jusqu’au moment où elle a été entraînée à la guillotine à la place de la Bastille, ses cheveux étaient devenus tout blancs. A tel point que la foule qui était dans l’attente pour assister à sa décapitation, ne l’avait pas reconnue.

L’exposition d’Oum Kalsoum, s’est distinguée des deux autres expositions par son succès au niveau de la coordination et de la globalité des objets exposés. Elle comprend des pièces des meubles d’Oum Kalsoum, ainsi que ses habits, y compris sa célèbre robe orange qu’elle avait portée lors de la grande représentation tenue au théâtre de l’Olympia à Paris, en hiver 1967. Nous avons trouvé également quelques-unes de ses possessions, telles que ses lunettes et le célèbre croissant en diamant qui ornait sa poitrine durant les représentations, jusqu’au moment où elle en fit don en faveur de l’effort de guerre, après la défaite de juin 1967. Elle le considérait d’ailleurs, comme l’un de ses plus précieux bijoux.

L’exposition a été organisée d’une manière inédite. Ainsi, a-t-elle eu plus d’impact que les deux autres, celle de Marie-Antoinette et de Grace Kelly. L’exposition a été répartie en plusieurs sections donnant les unes sur les autres. La première L’Egyptienne, s’est tournée vers l’enfance de cette figure de proue artistique et a comporté de photos rares de cette époque, y compris des photos relatant le contexte historique et politique de l’Egypte sous occupation britannique.

La deuxième section, Le Talent relate son parcours de chanteuse pendant la plus grande partie du XXe siècle, lorsqu’elle était toute seule au sommet de la chanson arabe.

Une sorte d’estrade théâtrale a été mise en place, ressemblant à celle sur laquelle elle interprétait ses chansons. Le visiteur de l’exposition a alors l’occasion de s’asseoir sur l’une des chaises de ce semblant théâtre pour voir Oum Kalsoum en train de lui chanter sa chanson favorite, comme s’il était effectivement au théâtre.

L’exposition comprend une autre section pour les films qu’Oum Kalsoum avait joués et dans laquelle on diffuse quelques passages de ses six films présentés entre 1935 et 1949 : Wedad, Le chant de l’espoir, Aïda, Dananir, Sallama et Fatma. Il semble que ses films ont été restaurés parce que l’image était d’une netteté évidente.

L’une des plus belles sections de l’exposition est L’Engagement qui s’est consacrée à présenter l’implication de la diva dans la vie publique. Elle comprend des scènes photographiques rares réunissant Oum Kalsoum et les leaders, présidents et rois arabes, outre les œuvres de bénévolat et ses donations à l’effort de guerre après la défaite de 1967. En plus des décorations qu’elle a obtenues, que ce soit en Egypte ou dans des autres pays arabes.

Quant à la musique d’Oum Kalsoum, elle accompagne le visiteur dès l’entrée de l’exposition et jusqu’à sa sortie. La musique est diffusée en harmonie avec chaque section de l’exposition. Par exemple, dans la section nationale, ce sont les chansons patriotiques que l’on écoute. Cependant, les mélodies s’imbriquent, à l’image même des différentes sections de l’exposition.

L’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), ne s’est pas contenté de jalonner la vie d’Oum Kalsoum et de son patrimoine musical, mais il a abordé également dans la section Héritage son influence en dehors du cadre de la musique et du chant. Nous avons vu par exemple, des designs d’habits inspirés par ses chansons, ainsi que quelques-unes de ses plus célèbres robes. Il y avait également des tableaux artistiques sur Oum Kalsoum signés par un nombre d’artistes égyptiens et non Egyptiens.

Je me suis longuement arrêté devant le salon d’Oum Kalsoum, que nous avons souvent vu en photos. Mais j’ai été étonné, lorsque Dominique Baudis, le directeur de l’Institut du monde arabe, et promoteur de l’idée de l’exposition, m’a déclaré qu’il avait été fabriqué essentiellement pour cette exposition, selon le style que nous trouvons dans les photos, et avec la même couleur de tissu. Lorsque j’ai demandé à Baudis, de faire don de ces pièces au musée d’Oum Kalsoum au Caire, une fois que prendra fin l’exposition de Paris, il accepta immédiatement. Le ministre de la Culture, Farouk Hosni, quant à lui, s’est mis d’accord avec Baudis, pour que cette exposition soit présentée au Caire, une fois que celle de Paris aura été terminée, en novembre prochain. Une prochaine escale de cette exposition se fera au Koweït qui a payé à l’Institut la somme de 150 000 euros. Un contrat est également en discussion avec les Pays-Bas pour accueillir cette exposition, de même un autre nombre de pays sont en cours d’étude.

Le directeur de l’Institut affirme d’ailleurs que chaque exposition a une image idéale dans l’imaginaire de ses organisateurs. En général, la réalité n’est pas aussi éloquente que l’image qu’ils se font, sauf pour ce qui est de l’exposition d’Oum Kalsoum qui a dépassé les limites de l’imagination de ses responsables. Raison pour laquelle il est prévisible que l’exposition, dont les dépenses ont été estimées à plus de 850 000 euros, rapporte bien au-delà de cette somme.

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