Mauritanie.
Une partie des députés du Pacte national pour la démocratie
et le développement a annoncé son intention de déposer une
motion de censure contre le gouvernement de Yahya Ould Ahmed
Waghef. Une mesure considérée par la majorité comme un «
coup d’Etat politique » de l’armée.
Crise politique en vue
Formé il y a à peine deux mois, le gouvernement du premier
ministre Yahya Ould Ahmed Waghef risque de tomber dans les
jours à venir. C’est en tout cas l’intention affichée d’une
partie des députés, qui a annoncé qu’elle déposera
prochainement une motion de censure contre ce gouvernement.
C’est d’abord un groupe de 23 députés du Pacte National pour
la Démocratie et le Développement (PNDD) qui a affirmé son
intention de renverser le gouvernement, qui, selon le PNDD,
« n’est pas le reflet de la majorité et est incapable
d’engager les réformes politiques, économiques et sociales
nécessaires au redressement de la Mauritanie ». Pourtant,
les députés frondeurs sont issus de la principale formation
de la majorité présidentielle.
A peine lancé, le mouvement opposé au gouvernement actuel a
pris de l’ampleur, en enregistrant plusieurs ralliements au
cours de la semaine. De 23 partisans de la motion de censure
annoncés vendredi, le nombre serait monté à 30 dès le
lendemain. Et, selon le porte-parole du PNDD, Sidi Mohamed
Ould Maham, le groupe s’approche des 48 voix exigées pour
son adoption par l’Assemblée qui compte 95 députés.
Cependant, la position de l’opposition reste floue. La
motion de censure est une « forme d’expression démocratique,
conforme à la Constitution », s’est contenté de déclarer
samedi soir le chef de l’opposition mauritanienne, Ahmed
Ould Daddah, chef du Rassemblement des forces démocratiques
(UFD). M. Ould Daddah n’a pas pour autant demandé
officiellement à ses 18 députés de voter la motion si elle
est déposée, mais pour les observateurs, « il s’agit bien
d’un signal fort dans ce sens ». Le chef de l’opposition
estime ainsi que son pays « est pratiquement sans président
et sans premier ministre » et que la Mauritanie « se débat
dans une crise grave qui menace de l’emporter ».
Selon de nombreux observateurs, M. Ould Daddah prend le
contre-pied de son ex-rival dans l’opposition, Mohamed Ould
Moloud dont le parti, l’Union des Forces du Progrès (UFP),
compte deux ministres dans le gouvernement. M. Ould Moloud a
accusé samedi des officiers mauritaniens de préparer un «
coup d’Etat politique » en suscitant la motion de censure
contre le gouvernement. Le chef de l’UFP a affirmé que le
président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, élu en mars dernier,
répondra à « la rébellion politique » par la dissolution du
Parlement au cas où le gouvernement serait destitué,
qualifiant ce cas de figure de « grave et porteur
d’instabilité » en Mauritanie. Aucune réaction officielle
n’a été enregistrée du côté de la présidence mauritanienne.
Mais il semblerait en effet que le président opterait pour
la dissolution de l’Assemblée nationale si la motion était
adoptée par les députés.
Abir
Taleb