Liban.
Le regain de la violence et le retard dans la formation du
gouvernement n’augurent rien de bon pour le pays du Cèdre.
Encore une fois au bout du gouffre
La
composition du cabinet achoppe notamment sur une
revendication du général Michel Aoun, un dirigeant chrétien
et chef du Courant Patriotique Libre (CPL, opposition), qui
demande que le président Sleimane ne puisse désigner qu’un
seul ministre et non deux à un des principaux portefeuilles
dits « souverains » (Défense, Intérieur, Finances et
Affaires étrangères).
« La formation du gouvernement, telle que stipulée par
l’accord de Doha, rend très difficile l’accomplissement de
cette tâche à moins que l’une des parties renonce à ses
conditions », a affirmé à l’AFP l’analyste politique Nicolas
Nassif.
Selon le politologue égyptien Nabil Sobhi, le problème
libanais réside dans la composition sectaire et
communautaire de ce pays. « Toute solution basée sur cette
composition sectaire ne peut que ne pas durer, c’est une
composition instable qui ne cesse de changer. Il y a
toujours un changement de l’équilibre des forces ». D’où sa
complexité. Ajoutons à cela les interventions externes,
notamment celles de la Syrie, de l’Iran, des Etats-Unis et
de la France. « Chaque fois qu’un règlement commence à
s’esquisser dans l’horizon, ces parties étrangères
commencent à exercer des pressions pour semer la sédition et
entraver tout progrès. Il s’agit de créer de faux désaccords
». N’y aura-t-il aucun espoir ? « La solution prendra du
temps, mais chaque partie devra faire preuve de plus de
souplesse dans la répartition des portefeuilles. Bien plus,
on a confiance que le président Sleimane agira avec sagesse
avec l’affaire et interviendra au moment opportun », conclut
M. Sobhi.
Le président libanais, Michel Sleimane, et le secrétaire
général de la Ligue arabe, Amr Moussa, ont prévenu,
dimanche, que la formation d’un gouvernement d’union
nationale ne pouvait plus attendre et que les conséquences
d’un nouveau retard pouvaient être graves pour le Liban.
« Toutes les parties doivent coopérer immédiatement pour
faciliter la formation du gouvernement » d’union prévu par
l’accord de Doha, a insisté le président, estimant qu’«
aucune raison ne pouvait justifier » ce retard. « Celui qui
ne facilite pas (la formation du cabinet) commet une grave
erreur envers la patrie et le peuple libanais », a-t-il
accusé. Même son de cloche chez le secrétaire général de la
Ligue arabe, Amr Moussa, qui, avec le Qatar, a parrainé
l’accord interlibanais de Doha ayant mis fin à une grave
crise politique de près de deux ans et permis l’élection
d’un président après six mois de vacance du pouvoir.
« Nous approchons de la ligne rouge », a déclaré M. Moussa,
dans des propos publiés dimanche par le quotidien panarabe
Asharq Al-Awsat. « Nous attendons de voir comment les hommes
politiques libanais vont traiter la question de la formation
du cabinet dans des circonstances extrêmement dangereuses et
dont ils connaissent les retombées », a-t-il ajouté.
Le chef de la Ligue arabe a souligné que le terrain restait
« miné » au Liban, malgré l’accord de Doha, et que la
solution ne pouvait venir « que de l’intérieur du pays ».
Effectivement, le danger est là avec ces incidents à Tripoli
où des affrontements opposent depuis une semaine des
militants de l’opposition à des partisans de la majorité
parlementaire faisant neuf morts et environ 45 blessés. Des
militaires et des membres des FSI (Forces de Sécurité
Intérieure) ainsi que des chars et des véhicules blindés
sont stationnés aux points d’accès à ces quartiers, Bab Al-Tebbaneh
et Al-Qobbé, à majorité sunnite, sont des fiefs de la
majorité soutenue par l’Occident, alors que les habitants de
Jabal Mohsen font partie de la communauté alaouite et sont
des partisans du mouvement chiite Hezbollah, chef de file de
l’opposition proche de Damas et Téhéran.
Chaque jour apporte son lot de violence comme ce fut le cas
dimanche où un magasin a été incendié à Tripoli et des
échanges de tirs ont eu lieu, au lendemain d’une explosion
qui a fait un mort et 20 blessés, a déclaré un responsable
des services de sécurité.
Une situation qui fait craindre le retour du scénario qui a
précédé le déclenchement de la guerre civile. D’autant plus
que cette violence coïncide avec une quasi-paralysie dans la
formation du gouvernement.
Rania
Adel