Afrique.
Mohamed Saleh Annadif,
ambassadeur de l’Union africaine auprès de l’Union
européenne, estime que la priorité doit être accordée au
développement et non à la formation d’un gouvernement
d’Union Africaine (UA).
« Il ne peut y avoir de progrès ou développement dans le
continent noir en l’absence de la paix »
Al-Ahram Hebdo : Des conflits, du problème de l’eau à celui
de l’assainissement, la liste des défis de l’Union africaine
paraît insurmontable ?
Mohamed Saleh Annadif :
Il est impossible de nier que l’Afrique fait face à de
nombreux problèmes. Je crois que la paix, la sécurité et la
stabilité forment les bases sur lesquelles devrait être bâti
tout le reste. C’est-à-dire qu’il ne peut y avoir de progrès
ou développement dans le continent noir en l’absence d’une
paix. Il faudrait d’abord se concentrer sur le règlement des
conflits armés entre les pays africains et travailler à
maintenir la stabilité de chaque Etat pour tenter plus tard
de trouver des remèdes aux autres problèmes tels que l’eau,
l’assainissement et la crise alimentaire. Je crois que
l’Union africaine a déjà fait des progrès dans ce sens. Même
s’il existe toujours des conflits interafricains, ils sont
beaucoup moins nombreux si on les compare à il y a deux ans
par exemple. Qui aurait pu croire que la crise en
Côte-d’Ivoire et celle en Angola allaient être réglées ? Le
conflit entre l’Ethiopie et l’Erytrée s’est aussi apaisé. Je
ne nie pas par contre que d’autres conflits ont trouvé leur
place comme celui déclenché entre l’Erythrée et Djibouti.
J’ai tendance cependant à croire que l’Union africaine, en
réunissant les différents protagonistes autour d’une même
table, pourra trouver une issue pacifique à ces crises.
— Mais quel a été le rôle de l’UA dans ce genre de crises
comme au Darfour par exemple ?
— La situation au Darfour a évolué dans le bon sens grâce à
l’UA. Celle-ci estime que la crise au Darfour doit être
perçue selon trois dimensions. D’abord, une dimension
politique qui consiste à encourager les mouvements armés à
parvenir à une solution avec le gouvernement. Il faudrait en
même temps maintenir le cessez-le-feu après l’accord qui a
été signé entre les deux côtés en mai 2006 et ceci avec
l’aide des forces de l’Union africaine présente sur place,
c’est la dimension militaire. Le rôle de l’UA n’est pas à
négliger dans cette affaire. La dernière dimension est
d’ordre humanitaire et je crois qu’elle doit occuper la plus
grande partie des discussions entre les dirigeants
africains, surtout que le conflit de Darfour a eu pour
conséquence un nombre important de déplacés et de réfugiés.
— La formation d’un gouvernement africain serait-il un moyen
d’encourager un rôle accru de l’UA dans le continent noir ?
— Personnellement, je ne suis pas tout à fait en faveur de
la formation d’un gouvernement de l’union. C’est une idée
qui remonte au temps de l’Organisation de l’unité africaine.
Je crois que l’Afrique n’a d’avenir que dans son unité et
dans sa solidarité. Au lieu de former un gouvernement, il
vaudrait peut-être mieux renforcer le rôle de la commission
de l’UA pour qu’elle soit un véritable exécutif. Une
commission qui parle au nom de l’Afrique et exprime la
position de l’ensemble du continent. Il est temps, non de
discuter d’un gouvernement africain, mais de trouver les
moyens qui permettent à l’Afrique d’avancer vers
l’intégration politique, économique et sociale dans
l’intérêt de sa population.
Propos recueillis par
Chérif Ahmed