Al-Ahram Hebdo, Evénement | Libertés : un concept encore étranger
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 2 au 8 juillet 2008, numéro 721

 

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Afrique. L’Afrique peine à s’insérer dans un système démocratique, et les élections tournent parfois en affrontements sanglants. Un état des lieux qui s’est imposé à Charm Al-Cheikh à cause du seul Zimbabwe.  

Libertés : un concept encore étranger 

Le dossier zimbabwéen, c’est le cas de le dire, semble avoir occulté tous les autres dossiers de ce sommet de l’UA s’imposant sur le devant de la scène et traduisant un profond malaise. En fait, s’agit-il du seul Zimbabwe ? La question de la démocratie impossible à trouver et des élections, sources de conflits de toutes sortes, réveillant les démons des dissensions ethniques et tribales pèse sur l’avenir de ce continent, et le sommet de Charm Al-Cheikh n’a fait que mettre en relief les contours compliqués de la chose. Le hasard a en effet fait que les travaux préparatoires du sommet, qui ont commencé vendredi, se déroulent le jour même du second tour de la présidentielle zimbabwéenne.

Or, il s’agit aussi de bien plus que le Zimbabwe, aujourd’hui sous les feux de la rampe, notamment suite à des pressions occidentales. Depuis une semaine, l’UA est pressée de toutes parts d’intervenir dans la crise, notamment par les Occidentaux qui ont qualifié la réélection sans rival de Mugabe de « farce » et qui demandent à l’organisation de refuser toute légitimité à son régime. Le pays, plongé dans un marasme économique avec une hyper-inflation, est en proie à des violences politiques qui se sont déchaînées après la défaite du pouvoir aux législatives et à la présidentielle du 29 mars.

Ainsi, Jean Ping, le président de la Commission de l’Union africaine, a souligné que les dirigeants africains devaient s’attaquer à la difficulté d’organiser des élections propres sur le continent. Le grand défi auquel l’Afrique est confrontée est « de garantir que les élections ne mènent pas à des troubles et à des actions de protestation violentes et souvent sanglantes », a-t-il dit à Charm Al-Cheikh.

La question est d’autant plus compliquée que nombreux sont ceux qui se posent la question de savoir si la dictature est inhérente à la pensée africaine ? « La démocratie par la pyromanie se généralise sur notre continent. Est-ce un phénomène de type négroïde ou une manipulation blanche ? », comme le souligne le chercheur africain résidant aux Etats-Unis, Kodjo Epou. Les exemples qui s’accumulent sont assez significatifs au-delà d’une explication basée sur la culture. La Côte-d’Ivoire, qui a été plongée en 2002 dans une crise politico-militaire, vit un processus de paix, encore fragile. Il a été relancé en 2007 par un accord prévoyant la réunification du pays et une élection présidentielle. Mais il connaît des retards. Début 2008, le Kenya a sombré dans une crise politique meurtrière à la suite de la contestation de la réélection fin décembre du président Mwai Kibaki par son adversaire Raila Odinga. Les violences politico-ethniques ont fait plus de 1 500 morts et 300 000 déplacés. Le pays s’est depuis doté d’un gouvernement de coalition avec Odinga au poste de premier ministre. Mais tout reste précaire.

Un exemple cité d’un pays cependant démocratique : l’Afrique du Sud. Les observateurs relèvent que le système sud-africain de l’après-Mandela présente beaucoup plus des caractéristiques de parti unique, les élites de l’ANC (African National Congres), fort de la prédominance numérique, sont en train de mener le pays dans la mauvaise direction, amenuisant les immenses espoirs suscités par la fin de l’apartheid. A titre d’exemple : Les récentes violences xénophobes commises sur les étrangers vivant en Afrique du Sud. Les autres exemples ne sont pas à écarter même s’ils ne figurent pas dans ce sommet. Les pays afro-arabes par exemple ne sont guère un modèle de démocratie même si l’autoritarisme des classes au pouvoir se déroule de manière moins violente.

La question est-elle historique, économique ? Historique dans le sens où les Africains gardent en mémoire les vieux modèles des chefs de nations qui ont mené à l’indépendance et qui sont devenus des figures quasi légendaires. Economique, le sous développement et les inégalités ne peuvent constituer une base permettant de constituer une population ayant un vrai sens politique. C’est-à-dire avoir une conception du pouvoir où l’on comprend la défaite électorale et l’alternance politique comme des lois de la nature. C’est un cercle vicieux dont profite un Mugabe par exemple. Et le voici accueilli par ses pairs africains à Charm Al-Cheikh ... .

Ahmed Loutfi

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L’Afrique en chiffres

— 32 des 38 pays pauvres les plus endettés du monde se trouvent en Afrique. Les dettes du continent noir sont évaluées à 425 milliards de US$. 

— L’Afrique a le taux de chômage chez les jeunes le plus élevé du monde (25,6 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et 21 % en Afrique subsaharienne). Le taux du chômage et de la pauvreté au Zimbabwe dépasse les 80 %. 

— L’espérance de vie en Afrique est de 46 ans, dans des pays développés comme le Canada, elle est de 80 ans. Dans neuf pays d’Afrique, l’espérance de vie est de moins de 40 ans.  

— 23 pays étaient en situation de conflits armés dans la période entre 1990 jusqu’à 2005. Une affaire qui a coûté au continent 300 milliards de US$.  

— Il y a près de 13 millions de personnes déplacées et 3,5 millions de réfugiés en Afrique.  

— Seulement 58 % de la population africaine a accès à l’eau potable. Plus de 85 % de la population de l’Afrique du Nord a accès à des sources d’eau améliorées. 

— 1 670 milliards de m3 d’eau qui se verse dans le bassin du Nil ne sont pas exploités, à l’exception de 100 milliards qui sont exploités par l’Egypte et le Soudan.  

— Le taux d’alphabétisme va croissant depuis quelques décennies, environ 40 % des Africains de 15 ans et plus et 50 % des femmes de 25 ans et plus sont analphabètes.  

— 75 % de personnes infectées du virus du sida dans le monde se trouvent en Afrique avec 5 500 décès de personnes atteintes du sida par jour.  

— Plus de 47 % de la population africaine a entre cinq et vingt-quatre ans. Le taux de mortalité infantile s’élève à 90 enfants morts pour 1 000 naissances vivantes.  

— Une population croissante. L’Afrique compte 840 millions d’habitants (Afrique subsaharienne 680 millions, Afrique du Nord 160 millions). D’ici à 2025, la population de l’Afrique subsaharienne atteindra 1,1 milliard. 

— Les pays d’Afrique regorgent de richesses, mais n’arrivent pas à exercer un contrôle suffisant sur leur mise en valeur. Ils possèdent 90 % du platine dans le monde, ainsi que 95 % de diamant et 90 % d’Uranuim.

— 72 % de ses terrains cultivables ne sont pas exploités. La surface des terrains agricoles s’est réduite d’un taux de 24,5 % dans la période de 1980 à 1993. 

— Les capacités du continent dans la génération de l’électricité à partir des cascades d’eau sont évaluées à 300 000 mégawatts, dont seuls 7 % sont exploités.  

— L’Afrique participe seulement à 2 % dans le commerce mondial et ses exportations industrielles ne dépassent pas 1 % 

- Huit pays seulement des 53 pays africains possèdent une infrastructure principale pour le commerce.  

— L’Afrique perd environ 20 000 professionnels par an au profit des pays industrialisés. 

— 5,6 milliards de US$, c’est le salaire des experts étrangers auxquels les pays africains ont recours dans les travaux du développement.

 




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