Afrique.
Du 28 juin au 1er juillet, Charm Al-Cheikh a accueilli
plusieurs réunions d’instances africaines. Le point fort de
la semaine était le 11e sommet de l’Union africaine qui
s’est tenu sur fond de crise alimentaire menaçant un
continent déjà miné par des conflits politiques.
Réagir à des maux complexes
Plusieurs
titres pour plusieurs rencontres. C’était une semaine
Afrique, au vrai sens du terme. Les dirigeants africains se
sont retrouvés au bord de la mer Rouge pour tenter de
trouver des solutions aux problèmes qui guettent leurs pays.
Et ceux-ci sont de toutes sortes, allant de la mauvaise
gestion des ressources, aux rapports troubles avec les pays
du nord, en passant par les conflits militaires et ethniques
et la problématique de la démocratie.
Au départ, on a parlé ressources et développement,
s’agissant des questions les plus vitales, la clef
permettant d’ouvrir les autres portes. Ainsi, l’accès à
l’eau potable, à l’assainissement approprié et à l’hygiène
envisagé comme un besoin essentiel et un droit fondamental
pour tous les êtres humains ont figuré dans les débats entre
la plupart des chefs d’Etat et de gouvernement africains
réunis à Charm Al-Cheikh pour le 11e sommet de l’Union
Africaine (UA).
Il porte d’ailleurs sur le thème de « La réalisation des
objectifs du millénaire pour le développement, pour l’eau et
l’assainissement ». Et pour réaliser ces objectifs du
millénaire, le continent a besoin d’investissements annuels
d’au moins 12 milliards de dollars. Jantes Komboyaya,
ministre des Affaires étrangères de la République
centrafricaine a déclaré à cet égard à Al-Ahram Hebdo, que
le sujet de l’eau est extrêmement important parce que l’eau,
c’est la vie. « Il est important que les chefs d’Etat
africains réfléchissent sur la répartition et l’utilisation
de l’eau, car il y a des régions africaines qui en possèdent
beaucoup et d’autres qui en sont privées. Alors, il faut
étudier comment on peut la répartir équitablement pour
toutes les régions africaines » a-t-il ajouté. En fait, 43 %
de la population de l’Afrique manque d’accès à l’eau pure et
62 % de sa population ne dispose pas de structures
d’assainissement. C’est un grand défi pour les pays
africains.
Cependant, selon les statistiques de l’Onu, l’Afrique
dispose d’abondantes ressources en eau, dont seules 4 % sont
exploitées, en raison de l’absence des investissements et
d’infrastructures. Ces dernières années, les pays africains
sont plus conscients de l’importance de l’eau et accordent
une plus grande attention à son exploitation et à la mise en
valeur de ses ressources.
En mars dernier, la première « Semaine de l’eau d’Afrique »
a été organisée. C’est dire que ces derniers se rendent
compte actuellement de l’impact de la sécurité des
ressources en eau sur le développement économique et social.
« Les Africains sont plus conscients de la situation
qu’auparavant. L’Afrique d’aujourd’hui n’est pas celle
d’hier. Nous comprenons aujourd’hui à quel point cette
question menace notre économie », relève-t-on au sein de la
conférence.
Une prise de conscience
En fait, les crises mondiales ont poussé les pays africains
à réfléchir comment réagir dans le bon sens. Pour Paul Neni,
ministre togolais des Affaires étrangères, la montée des
prix du baril de pétrole et celle des prix des produits de
première nécessité ont interpellé les Africains pour revoir
les bases de leurs économies et essayer de trouver une
solution. « Il faut revoir les matières premières qui sont
extraites du sol des pays africains. C’est notre richesse.
Maintenant, la crise alimentaire doit nous pousser à
réfléchir à trouver les solutions durables au continent », a
expliqué Neni à l’Hebdo. Malgré ce regard optimiste de
certains responsables africains, d’autres estiment toujours
que l’Afrique n’a pas progressé et que le continent reste
toujours celui d’il y a 20 ans. « Je trouve que l’on
continue à penser négativement en Afrique », déclare à
l’Hebdo Adama Samasiqou, secrétaire exécutif intérimaire de
l’Académie africaine des langues. « C’est dramatique mais
c’est la vérité. Notre système éducatif doit s’améliorer. La
grande question pour le continent, c’est la formation de ses
ressources humaines pour demain. Ce sont elles qui vont
développer l’Afrique dans l’avenir. Il faut également
remettre à l’ordre du jour, pas seulement à ce sommet, mais
à chaque réunion africaine, la question du développement et
de la démocratie dans le continent noir », a poursuit
Samasiqou.
L’enjeu démocratique
En fait, pour certains observateurs appartenant à des
ONG africaines, depuis des années, les gouvernements ont
régulièrement annoncé plusieurs engagements politiques sur
le développement et la démocratie, mais rien n’a été fait.
Les droits de l’homme sont toujours violés, et il
n’existe pas de système concernant le développement, ainsi
que les conflits sont « de plus en plus nombreux dans le
continent noir » souligne-t-on à ce sujet.
Pourtant, le chef de la diplomatie togolaise voit qu’il y a
eu « des avancées significatives dans les domaines de la
démocratie, et qu’il reste très peu de pays qui appliquent
des politiques qui lui sont hostiles ». Plusieurs pays
africains sont désormais convaincus que, s’ils veulent
coopérer avec les pays industrialisés, il leur faudra
renoncer aux politiques hostiles à la démocratie. Les pays
industrialisés qui veulent investir dans des pays africains
cherchent évidemment les pays qui appliquent un système
démocratique.
L’union africaine a adopté la charte africaine sur la
démocratie et la bonne gouvernance en janvier 2007. Cette
charte est un document fondamental très important qui
rassemble d’ailleurs tous les arguments qui ont été pris par
tous les chefs d’Etat différemment, pour en faire un
document solide consolidé. Cette charte comporte beaucoup
d’éléments sur la démocratie.
« Je crois que l’on va rejoindre les pays développés. Ces
derniers ont pris la voie de développement petit à petit, et
non pas d’un seul coup. Je suis conscient que l’on va
prendre le même chemin », nous a certifié le chef de
la diplomatie de la République centrafricaine. Pour lui,
toutes les choses ne sont pas parfaites dans les pays
industrialisés et même dans le domaine des élections. A
titre d’exemple, l’élection du président américain George
Bush.
D’autre part, certains observateurs soulignent que les
conflits en Afrique s’expliquent parfois par les enjeux
électoraux, et d’autres fois par des questions de rivalités
frontalières et ethniques (Lire page 4).
La gangrène des conflits
Le président Hosni Moubarak a déclaré dans ce sens que,
malgré le recul des conflits par rapport aux années 1990, il
existe des conflits préoccupants, rappelant celui du Darfour
(ouest du Soudan), celui entre le Soudan et le Tchad, ainsi
que celui de l’Erythrée et de Djibouti, en plus de la
situation critique en Somalie. Il a indiqué que la question
des conflits en Afrique occupait 60 % environ de l’ordre du
jour du Conseil de sécurité des Nations-Unies.
En fait, il faut coordonner les efforts entre l’UA et les
organisations internationales en vue de travailler sur les
foyers de tension en Afrique. Un diplomate africain a
demandé que « les pays développés partagent les
responsabilités de cette situation et aident les Africains à
régler ces conflits ». Et d’ajouter, que ce ne sont pas
seulement les conflits entre les Africains dont les pays
développés sont à l’origine, mais ces derniers sont
également derrière la crise alimentaire qui ravage le monde
actuellement.
En fait, le président Moubarak a invité la communauté
internationale à prendre ses responsabilités dans la
recherche d’une solution à la crise alimentaire. « Il faut
trouver une solution à l’actuelle crise alimentaire à
travers un dialogue sincère et constructif et des démarches
collectives. L’Afrique est l’une des régions du monde les
plus touchées par la crise alimentaire et celle des
biocarburants, la hausse des prix des énergies et le
réchauffement du climat à l’échelle mondiale », a-t-il
déclaré. Moubarak a enfin souligné l’importance pour l’UA de
développer le partenariat avec d’autres pays et régions,
afin de relever ces nombreux défis.
Chérif Ahmed