Al-Ahram Hebdo, Idées | Marcher avec les autres d’un pas solitaire
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 2 au 8 juillet 2008, numéro 721

 

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Idées

Hommages. Deux lumières de la génération des grands s’éteignent, l’historien Raouf Abbass et le critique de théâtre et traducteur Sami Khachaba, tous les deux nés en 1939. Le professeur Abbass a introduit le modèle analytique de l’étude historique, tandis que l’écrivain Khachaba prônait le renouvellement du discours culturel.

Marcher avec les autres d’un pas solitaire

Lors des rares fois où l’on pouvait le croiser dans les locaux d’Al-Ahram, ou au Festival du théâtre expérimental, Sami Khachaba avait toujours l’air de l’homme qui prend ses distances par rapport aux choses, absorbé par ses pensées profondes. On dirait qu’il continue une réflexion déjà démarrée, ou qu’il mène un dialogue interne pour tracer les lignes de son article hebdomadaire. Et il fallait à chaque fois le rappeler du nom pour que ce visage sérieux s’illumine par un sourire et vous accueille amicalement par sa voix rauque.

Sa mort au bout de 40 ans dans la presse culturelle et la critique de théâtre est déconcertante. Parce qu’elle vient s’accumuler à la série des personnalités intègres qui ont autrefois peuplé les pages du quotidien Al-Ahram formant une gamme de penseurs incontestables — quelles que soient leurs tendances. Des figures qui se rétrécissent de plus en plus pour laisser place à l’invasion de la publicité. En fait, l’un de ses collègues, Abdel-Azim Al-Bassel, responsable du supplément du vendredi, relate dans l’hommage qu’il lui rendait comment il s’impatientait toutes les semaines, lors de la conférence de rédaction, pour voir si la page Idées qu’il gérait allait sortir ou bien serait remplacée par les innombrables pubs de vendredi. Il faisait son boulot et s’en allait, s’attachant aux grandes idées auxquelles il croyait, peu importe l’ambiance qui régnait.

Il semble que c’était sa devise dans les nombreux postes et charges qu’il occupait. Il marchait avec les autres d’un pas solitaire.

Même lorsqu’il occupait la direction de la Maison artistique du théâtre, ou qu’il faisait partie de nombreux comités de théâtre, il ne se laissait pas effacer par l’institution culturelle. Mais savait à chaque fois comment investir le peu qui se trouvait pour présenter la culture dont il rêvait. C’est ainsi qu’il a formé avec son ami l’écrivain Ibrahim Aslane un duo de qualité, en dirigeant la collection Fossoul, dépendant des publications de la GEBO. Ainsi, dans les années 1980, Fossoul sélectionnait-elle avec un goût raffiné des œuvres de Abdel-Hakim Qassem, d’Edouard Al-Kharrat, ou de Mohamad Al-Makhzangui, etc. Puis, il a pris les charges de rédacteur en chef du magazine culturel Al-Saqafa Al-Gadida, publié par l’Organisme des Palais des cultures, pour le revivifier et secouer l’eau stagnante.

Sa bouée de sauvetage était incontestablement la traduction. Elle ne représentait pas pour lui un travail secondaire de reproduire ce que les autres ont créé, mais une mission, un rôle comme celui joué par les « lumières » pour la modernisation du pays. Notamment le renouvellement du discours culturel auquel il se vouait dans ses écrits. Et comment ne pas chérir la traduction tandis qu’il est le fils d’une figure éminente de la traduction, Derini Khachaba, traducteur de L’Iliade et l’Odyssée ayant enrichi la  bibliothèque arabe de quelques dizaines d’œuvres universelles ?

Même lorsqu’il s’agit d’œuvres traduites dans le projet national de Maktabet al-osra (la bibliothèque de la famille), qui manque parfois de crédibilité, Sami Khachaba choisit de traduire Herbert Reed, Le Sens de l’art. Non seulement pour combler un vide remarquable dans les ouvrages de l’histoire de l’art et la critique des arts plastiques, mais aussi pour transférer la pensée de l’un des critiques artistiques les plus remarquables.

Ce sentiment profond de la nécessité de traduire la production intellectuelle contemporaine côte à côte avec les chefs-d’œuvre classiques a incité Khachaba à traduire La Colère douce, aux éditions du Centre national de traduction, qui a lancé récemment une collection Etudes culturelles et dont s’occupait Sami Khachaba juste avant sa mort. Il s’agit d’une étude qui s’attache au postmodernisme par les fibres des études féministes épanouies récemment dans la littérature comparée.

Ses traductions qui ne connaissent pas de barrières entre les différentes sources de la culture que ce soit le théâtre, comme Les Oubliés de James Joyce, ou l’œuvre du psychologue Colin Wilson, ou de la femme de théâtre Fimala Herman. Etre fidèle à cet effort gigantesque que Sami Khachaba a déployé, notamment dans le domaine de la traduction, exige de poursuivre sa voie.

Dina Kabil

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Parmi ses ouvrages :

Chakhsiyyate men adab al moqawama (personnages de la littérature de résistance), Dar Al-Adab, Beyrouth 1970.

— L’Encyclopédie Al-Mostalahat al-fikriya (la terminologie intellectuelle), Al-Maktaba Al-Akadémiya, Le Caire 1994.

— L’Encyclopédie Mofakkeroune men asrena (des penseurs de notre temps), Al Maktaba Al-Akadémiya, Le Caire 2001.

Tahdiss Misr (la modernisation de l’Egypte), GEBO, prix du meilleur livre à La Foire du livre du Caire en 2002.

 

 




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