Al-Ahram Hebdo, Egypte | Les profs sur la défensive
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 Semaine du 2 au 8 juillet 2008, numéro 721

 

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Egypte

Universités. Un projet de loi liant l’augmentation de salaire des professeurs à leur travail effectif soulève la contestation chez ces derniers en raison de l’« humiliation » qu’il représente. 

Les profs sur la défensive 

Après la grève observée par les professeurs des universités en mars dernier pour réclamer une augmentation salariale, ceux-ci considèrent aujourd’hui leur réaction pour faire annuler un projet proposé par le Haut Conseil des universités, liant toute augmentation salariale à la performance.

Le Club des professeurs des universités, sorte de syndicat, s’est réuni la semaine dernière pour prendre une position contre le projet du Conseil, qui lui-même dépend du ministère de l’Enseignement supérieur. Les universitaires ont envoyé une lettre officielle au premier ministre Ahmad Nazif pour exprimer leur protestation contre ce projet qui a complètement négligé, selon eux, leur revendication d’une nouvelle grille salariale applicable à tous les professeurs. D’autant plus que suite à la grève de mars dernier, le premier ministre a promis de prendre en considération leurs revendications. « Nos revendications sont claires : une hausse des salaires de l’ordre de 100 % et une amélioration des conditions de travail. Mais voilà que le gouvernement nous choque par un projet qui conditionne notre rémunération », critique Kamal Riyad, professeur à la faculté d’ingénierie. En fait, le nouveau projet pose trois conditions pour l’augmentation des salaires, il s’agit du nombre d’heures de travail qui ne doit pas être inférieur à 28 heures par semaine, de la présence physique du professeur concerné au moins 4 jours par semaine, et enfin de la qualité des recherches et la promotion.

Ce projet ne concerne que les professeurs à l’exclusion des assistants qui présentent 45 % du corps enseignant. Les salaires modestes, l’insuffisance des primes et les promotions de plus en plus difficiles à obtenir expliquent la révolte des professeurs contre ce projet. « Le salaire moyen d’un professeur est de 2 000 L.E. tandis qu’un assistant ne touche que 700 L.E. C’est de l’argent de poche. Comment peut-on parler de l’amélioration de la qualité de l’enseignement alors que les professeurs n’ont pas les moyens d’acheter un livre ? », se demande Riyad.

Mais les professeurs sont aussi indignés de constater que le gouvernement est en train de marchander avec eux alors que leurs revendications sont « légitimes ». « C’est une humiliation. Dans toutes les universités du monde, les professeurs sont très bien payés, ce qui les encourage à exceller dans leur travail. Mais face au niveau des salaires très bas, nous sommes obligés de cumuler les postes et de travailler dans les universités privées, aux dépens bien sûr de ladite qualité de travail », reconnaît Hussein Eweda, professeur à l’Université de Ménoufiya.

 

De nouveau dans l’embarras

La situation actuelle découle de décisions gouvernementales précédentes. En effet, pour lutter contre le phénomène des cours particuliers qui représente un fardeau pour la famille égyptienne moyenne, le gouvernement avait décidé en 2006 d’améliorer les salaires des enseignants des écoles en leur accordant un nouveau statut salarial. Mis dans l’embarras à cause de l’incapacité de fournir les fonds nécessaires pour ce projet, le gouvernement a décidé de l’appliquer sur plusieurs étapes. Mais l’initiative a eu pour résultat d’encourager d’autres catégories  professionnelles comme les médecins et les professeurs d’universités à revendiquer à leur tour des hausses de salaires. Mis de nouveau dans l’embarras, le gouvernement a eu recours à ce que beaucoup considèrent comme une logique renversée : il a voulu lier les hausses salariales à la performance professionnelle. « La bonne qualité de l’enseignement est une conséquence logique des bonnes rémunérations. Ce n’est jamais le contraire », estime le Dr Eweda. Autre point de polémique : la date de l’annonce du projet. Selon les professeurs, le moment a été très bien joué. Le mois de juin étant le début des vacances, ce qui réduit la possibilité de mobilisation dans les rangs des professeurs.

Du côté du gouvernement, il s’agit d’un système très juste.  « Les professeurs réclament des droits sans responsabilités », lance Taghrid Pacha, du Haut Conseil des universités. Elle affirme que l’objectif de ce projet est d’encourager les enseignants à améliorer leur compétence, surtout que, selon les chiffres du Conseil, 80 % parmi eux travaillent à mi-temps, et par conséquent ne présentent que très peu de recherches. « Une augmentation salariale de 100 % nécessite des milliards de L.E., cela dépasse la capacité du gouvernement. Ce projet est donc une première étape pour récompenser ceux qui travaillent plus », assure-t-elle. Au-delà de ces arguments, les professeurs ont annoncé la poursuite de leur mobilisation pour la prochaine rentrée.

Reste que face au malaise social qui a gagné tous les secteurs ouvriers et la fonction publique, le gouvernement se trouve démuni. « Faire des promesses est la seule issue immédiate adoptée par le gouvernement pour calmer ces secteurs qui souffrent de la hausse des prix. Ce mécontentement, que le gouvernement essaie d’endiguer, menacerait sans doute dans l’avenir la sécurité du pays d’autant plus que le gouvernement continue à jouer sur la patience des gens », estime le chercheur Nabil Abdel-Fattah, du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Mirande Youssef

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Privatiser à pas de loup 

D’une année à l’autre, le niveau de l’enseignement public baisse, que ce soit au niveau des universités ou des écoles. Les causes sont multiples, mais rien n’est fait concrètement pour y remédier. De nombreux plans de réformes ont été lancés au cours des dix dernières années par le ministère de l’Education, et celui de l’Enseignement supérieur, mais le constat d’échec demeure : l’enseignement est dans un état lamentable. Manque de moyens, mauvaise qualité des programmes, niveau bas du personnel enseignant ... reviennent toujours pour expliquer, sinon pour justifier, la situation actuelle. La gratuité de l’enseignement, considérée par beaucoup de citoyens comme l’une des réalisations de la Révolution de 1952, est vue par d’autres comme à l’origine de ce constat.

Si la gratuité a donné accès à l’enseignement aux classes pauvres et moyennes, ce privilège s’est maintenu depuis, mais aux dépens de la qualité, d’autant plus que le budget alloué à ce secteur, 26,7 milliards de L.E. pour l’année fiscale 200-2009, est loin de pouvoir assurer un minimum satisfaisant.

Le problème financier est donc la principale raison derrière la détérioration du niveau de l’enseignement. D’un côté, les salaires dérisoires ont amené beaucoup de professeurs et d’enseignants, souvent parmi les plus qualifiés, à aller travailler dans les pays du Golfe. Et d’un autre côté, le manque de moyens empêche une amélioration des programmes, pour remplacer le système actuel basé sur le par-cœurisme par un autre propice à la recherche et à la créativité. En outre, ce manque d’argent a entravé la construction de nouvelles universités publiques, d’où le problème de sureffectifs.

Face à ce problème, et dans le souci de ne pas démanteler l’héritage nassérien, le ministère a dû « contourner » la gratuité de l’enseignement. Cela s’est opéré à plusieurs niveaux, d’abord en assurant toutes les facilités aux hommes d’affaires pour les encourager à s’impliquer dans le business de l’enseignement, que ce soit à travers la construction d’écoles, et plus récemment d’universités. Et ensuite, la « privatisation » est allée jusqu’à empiéter sur le domaine public par le biais des nouvelles « filières » payantes établies au sein des universités publiques.

Cette politique est vouée à déboucher sur une séparation entre la propriété des universités publiques et leur gestion. Tout en restant publiques, celles-ci auront des administrations autonomes financièrement et administrativement. Un scénario déjà refusé du fait qu’il s’agit d’un pas vers la privatisation et la suppression de l’enseignement gratuit.

Marianne Youssef

 




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