Libertés.
Un rapport de Reporters sans frontières classe l’Egypte à la
146e place (sur un total de 169) parmi les pays qui ne
respectent pas les libertés en matière d’Internet.
La blogosphère en question
Le
document, publié cette semaine sur le site de l’organisation
Reporters sans frontières, dénonce la « censure pratiquée
par les appareils de sécurité sur les sites électroniques en
Egypte ». Et affirme : « Si vous vous rendez dans un
Internet-café en Egypte, vous ne rencontrerez aucune
difficulté à chercher et à explorer les sites car le réseau
n’est pas soumis à un filtrage massif. Les autorités
surveillent cependant de près toute publication électronique
de nature politique, et certains sites, surtout celui de la
Confrérie des Frères musulmans, font l’objet d’un contrôle
très strict ». Et d’expliquer que certains blogueurs
égyptiens, conscients des répercussions de ce qu’ils
publient sur le Web, prennent volontairement l’initiative de
fermer leurs blogs. « Comme souvenir du pays du Nil, vous
pouvez garder en mémoire le procès de l’étudiant Karim Amer
détenu depuis 600 jours pour avoir osé s’exprimer sur son
blog », affirme le rapport qui critique également la charte
de déontologie des chaînes satellites adoptée récemment par
les ministres arabes de l’Information (et considérée comme
un outil de censure), ainsi que les mesures arbitraires
contre les activistes du Facebook sur Internet.
La publication de ce rapport ouvre un débat sur les
restrictions à la liberté d’expression en Egypte, alors
qu’on assiste à l’avènement de nouveaux outils d’expression,
comme l’Internet et les téléphones portables. « La
multiplication des sites, des blogs sur Internet a fait que
ce dernier s’est transformé en espace de culture,
d’expression et aussi de mobilisation pour les jeunes. Or,
les services de sécurité se sont empressés de soumettre cet
espace à une surveillance rigoureuse », lance Hafez Abou-Seada,
secrétaire général de l’Organisation Egyptienne des Droits
de l’Homme (OEDH). Tout le monde se souvient d’Israa
Abdel-Fattah. Cette jeune fille de 28 ans avait lancé sur le
Facebook l’appel à la grève du 6 avril dernier. Accusée
d’incitation aux troubles, elle a été arrêtée et placée en
détention pendant 18 jours avant d’être finalement mise en
liberté. Face à Internet et aux téléphones portables,
devenus des outils de protestation et de mobilisation, le
gouvernement agit rapidement. Des consignes sont données aux
compagnies de téléphones portables d’annuler l’abonnement de
toute personne dont les renseignements personnels comme le
nom, l’adresse et le numéro de la carte d’identité ne sont
pas complets. 50 000 lignes auraient déjà été supprimées
suite à cette décision. Mais ce n’est pas tout. Les usagers
des cybercafés seront prochainement tenus de présenter une
carte d’identité et des renseignements personnels pour
pouvoir se servir du Web. Pour le service sans fil, les
cybercafés présenteront des cartes gratuites à condition de
présenter des informations complètes sur l’utilisateur.
Obsession sécuritaire
Pour Hafez Abou-Seada, ces mesures constituent une violation
à la liberté d’expression et une atteinte à la vie privée.
Elles relèvent de l’obsession sécuritaire du gouvernement.
Obsession qui a atteint des proportions exagérées. Faut-il
rappeler que l’Egypte est parmi les trois pays au monde,
avec le Cuba et la Corée du Nord, à interdire les appareils
de navigation des voitures (GPS) également pour des raisons
de sécurité. Si les responsables de la sécurité rappellent
que dans tous les pays des mesures sont prises pour protéger
la sécurité nationale et éviter l’usage d’Internet par des
réseaux clandestins, les organismes des droits de l’homme
insistent, eux, sur le fait que de telles restrictions
doivent être réglementées par des lois. « En dépit de
l’existence de clauses constitutionnelles qui garantissent
la liberté d’expression et d’opinion, l’espace privé
d’expression est violé sans fondements juridiques au nom de
la lutte contre le terrorisme », explique Hafez Abou-Seada.
Un débat se déroule actuellement dans le monde entier sur
les conditions et les circonstances exceptionnelles qui
permettraient d’imposer un contrôle sur les sites
électroniques d’Internet, les blogs et la presse
électronique. « Mais en Egypte, ces procédures sécuritaires
sont prises sans se baser sur une loi déterminant les cas où
il serait permis d’espionner les sites électroniques »,
ajoute Abou-Seada.
Un avis partagé par Abdel-Guélil Al-Charnoubi, rédacteur en
chef du site des Frères musulmans qui se plaint
d’harcèlements continus. « Ce harcèlement ne se limite pas à
l’espionnage. Il s’étend à des restrictions limitant
l’emploi d’Internet », lance Al-Charnoubi, affirmant que le
site de la confrérie s’est éclipsé à maintes reprises et « à
chaque fois, nous avons été obligés de le recréer ». Gamal
Eid, président du réseau arabe des droits de l’homme,
explique, lui, que le gouvernement cherche, en fermant
certains sites et blogs politiques, à terroriser les
journalistes et les blogueurs. « Quand le gouvernement a
lancé il y a cinq ans l’initiative de l’Internet gratuit, il
ne s’attendait pas à cette utilisation non seulement massive
mais surtout courageuse de la part de jeunes activistes »,
dit-il.
May
Al Maghrabi