Al-Ahram Hebdo, Egypte | La blogosphère en question
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 Semaine du 2 au 8 juillet 2008, numéro 721

 

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Egypte

Libertés. Un rapport de Reporters sans frontières classe l’Egypte à la 146e place (sur un total de 169) parmi les pays qui ne respectent pas les libertés en matière d’Internet.  

La blogosphère en question 

Le document, publié cette semaine sur le site de l’organisation Reporters sans frontières, dénonce la « censure pratiquée par les appareils de sécurité sur les sites électroniques en Egypte ». Et affirme : « Si vous vous rendez dans un Internet-café en Egypte, vous ne rencontrerez aucune difficulté à chercher et à explorer les sites car le réseau n’est pas soumis à un filtrage massif. Les autorités surveillent cependant de près toute publication électronique de nature politique, et certains sites, surtout celui de la Confrérie des Frères musulmans, font l’objet d’un contrôle très strict ». Et d’expliquer que certains blogueurs égyptiens, conscients des répercussions de ce qu’ils publient sur le Web, prennent volontairement l’initiative de fermer leurs blogs. « Comme souvenir du pays du Nil, vous pouvez garder en mémoire le procès de l’étudiant Karim Amer détenu depuis 600 jours pour avoir osé s’exprimer sur son blog », affirme le rapport qui critique également la charte de déontologie des chaînes satellites adoptée récemment par les ministres arabes de l’Information (et considérée comme un outil de censure), ainsi que les mesures arbitraires contre les activistes du Facebook sur Internet.

La publication de ce rapport ouvre un débat sur les restrictions à la liberté d’expression en Egypte, alors qu’on assiste à l’avènement de nouveaux outils d’expression, comme l’Internet et les téléphones portables. « La multiplication des sites, des blogs sur Internet a fait que ce dernier s’est transformé en espace de culture, d’expression et aussi de mobilisation pour les jeunes. Or, les services de sécurité se sont empressés de soumettre cet espace à une surveillance rigoureuse », lance Hafez Abou-Seada, secrétaire général de l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH). Tout le monde se souvient d’Israa Abdel-Fattah. Cette jeune fille de 28 ans avait lancé sur le Facebook l’appel à la grève du 6 avril dernier. Accusée d’incitation aux troubles, elle a été arrêtée et placée en détention pendant 18 jours avant d’être finalement mise en liberté. Face à Internet et aux téléphones portables, devenus des outils de protestation et de mobilisation, le gouvernement agit rapidement. Des consignes sont données aux compagnies de téléphones portables d’annuler l’abonnement de toute personne dont les renseignements personnels comme le nom, l’adresse et le numéro de la carte d’identité ne sont pas complets. 50 000 lignes auraient déjà été supprimées suite à cette décision. Mais ce n’est pas tout. Les usagers des cybercafés seront prochainement tenus de présenter une carte d’identité et des renseignements personnels pour pouvoir se servir du Web. Pour le service sans fil, les cybercafés présenteront des cartes gratuites à condition de présenter des informations complètes sur l’utilisateur.

 

Obsession sécuritaire

Pour Hafez Abou-Seada, ces mesures constituent une violation à la liberté d’expression et une atteinte à la vie privée. Elles relèvent de l’obsession sécuritaire du gouvernement. Obsession qui a atteint des proportions exagérées. Faut-il rappeler que l’Egypte est parmi les trois pays au monde, avec le Cuba et la Corée du Nord, à interdire les appareils de navigation des voitures (GPS) également pour des raisons de sécurité. Si les responsables de la sécurité rappellent que dans tous les pays des mesures sont prises pour protéger la sécurité nationale et éviter l’usage d’Internet par des réseaux clandestins, les organismes des droits de l’homme insistent, eux, sur le fait que de telles restrictions doivent être réglementées par des lois. « En dépit de l’existence de clauses constitutionnelles qui garantissent la liberté d’expression et d’opinion, l’espace privé d’expression est violé sans fondements juridiques au nom de la lutte contre le terrorisme », explique Hafez Abou-Seada. Un débat se déroule actuellement dans le monde entier sur les conditions et les circonstances exceptionnelles qui permettraient d’imposer un contrôle sur les sites électroniques d’Internet, les blogs et la presse électronique. « Mais en Egypte, ces procédures sécuritaires sont prises sans se baser sur une loi déterminant les cas où il serait permis d’espionner les sites électroniques », ajoute Abou-Seada.

Un avis partagé par Abdel-Guélil Al-Charnoubi, rédacteur en chef du site des Frères musulmans qui se plaint d’harcèlements continus. « Ce harcèlement ne se limite pas à l’espionnage. Il s’étend à des restrictions limitant l’emploi d’Internet », lance Al-Charnoubi, affirmant que le site de la confrérie s’est éclipsé à maintes reprises et « à chaque fois, nous avons été obligés de le recréer ». Gamal Eid, président du réseau arabe des droits de l’homme, explique, lui, que le gouvernement cherche, en fermant certains sites et blogs politiques, à terroriser les journalistes et les blogueurs. « Quand le gouvernement a lancé il y a cinq ans l’initiative de l’Internet gratuit, il ne s’attendait pas à cette utilisation non seulement massive mais surtout courageuse de la part de jeunes activistes », dit-il.

May Al Maghrabi

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