Al-Ahram Hebdo, Dossier | Une privatisation qui a tourne court
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 2 au 8 juillet 2008, numéro 721

 

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Dossier

Secteur Bancaire. La Banque du Caire n’a pas trouvé d’acquéreur et demeure sur les bras du gouvernement qui doit procéder à une réévaluation de sa valeur. Un échec à multiples répercussions. Dossier.

Une privatisation
qui a tourne court

Deux causes principales sont à l’origine de l’échec inattendu de la privatisation de la Banque du Caire, troisième banque publique : la surévaluation faite par le gouvernement et la mauvaise performance de la banque. « L’évaluation du gouvernement effectuée il y a un an devrait être révisée avant l’adjudication. Le montant de 2,5 milliards de dollars est trop exagéré pour la Banque du Caire. Par ailleurs, la majorité des banques étrangères vivent une mauvaise année, en raison des retombées de la crise des subprimes aux Etats-Unis et sont ainsi affectées par des dépréciations de leurs actifs », explique Hani Tewfiq, PDG de la banque d’investissement Naim Group, et de souligner que cette crise a contraint les banques américaines à passer entre 100 et 130 milliards de dollars de dépréciations d’actifs. Mohamad Noureddine, ex-directeur de recherches auprès de la Banque arabe, assure qu’il vaut mieux que le gouvernement attende au moins trois ans, le temps que le climat d’investissement international s’améliore. « Le gouvernement devra réévaluer la valeur de la banque, une procédure qui prend au moins un an. Cette période sera une grande opportunité pour les banques égyptiennes privées qui pourront ainsi former des cartels en vue de trouver un acquéreur », renchérit-il.

Cependant, pour Tewfiq, le gouvernement aurait dû accepter l’offre de la banque grecque « car il y a un risque que la valeur de la Banque du Caire baisse davantage, si l’on révise son évaluation ».

Il est vrai que la performance de la Banque du Caire laisse à désirer. Contrairement à la Banque d’Alexandrie, vendue à San Paolo en 2006, celle-là n’a pas réussi à mener à bien son plan de restructuration. Même si Mohamad Barakat, PDG de la Banque Misr, assure que la Banque du Caire a amélioré sa performance après la fusion avec la Banque Misr  : « Le plan de restructuration de la Banque du Caire continue. Nous avons résolu tous les problèmes et nous espérons avoir de bons résultats qui seront publiés le plus vite possible », explique-t-il, en ajoutant que le dossier des crédits insolvables s’élevant à 15 milliards de L.E., et représentant le problème le plus grave, a été transféré à la Banque Misr.

Cependant, le peu de chiffres disponibles révèlent que la part du marché de cette banque a rétréci lors de cette dernière année.

Son agence située au centre-ville, rue Adli, en est le meilleur exemple. On ne se bouscule plus aux portes. « L’activité de la banque se limite à payer les retraites et à accorder de petits prêts aux fonctionnaires avec un taux d’intérêt inférieur à celui de nos concurrents », avoue Mohamad Oweis, ex-vice-directeur auprès de la Banque du Caire (voir encadré).

Le ciel de la Banque Misr sera-t-il plus dégagé d’ici un an ? Le gouvernement l’espère et table sur la réussite du plan de restructuration et donc sur un prix à la hausse. Or, ce plan souffre de beaucoup de lacunes (voir encadré). Sans compter que la conjoncture mondiale risque de se détériorer davantage. Et pour une grande partie de l’opinion publique, il vaut mieux que la banque reste égyptienne, qu’elle soit publique ou privée.

Dossier réalisé par Dahlia Réda et Gilane Magdi 

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Une situation lamentable

« Pourquoi voulez-vous publier un article sur le statut de la banque ? Cela aura un impact négatif sur la vente », nous a lancé un responsable de la banque, une semaine avant l’échec de la vente de la Banque du Caire. Un an après le début de sa restructuration, cette banque fragile, bien que sous la tutelle de la Banque Misr, est passée par une longue démarche suite à la décision gouvernementale de la fusionner avec la Banque Misr avant de revenir sur sa décision pour passer de la fusion à l’acquisition. Pour finir, on a décidé de la vendre, une mesure qui a été désapprouvée par les différents secteurs de l’opinion publique même les plus libéraux. Une opposition justifiée par la faible performance de la banque. Les profits nets de la banque, qui n’ont pas été publiés depuis 2005, se chiffrent à 56 millions de L.E. en 2004/2005 contre 54,9 millions de L.E. en 2003/2004. Une évolution très faible. D’ailleurs, le quotidien indépendant Al-Masri Al-Yom a dévoilé le recul des activités de la banque. Le total du montant des dépôts a reculé de 3,6 millions de L.E. pour atteindre 34,04 millions de L.E. en mars 2008 contre 38,6 millions de L.E. en juin 2007. « Ce recul est le résultat de la décision de la vente de la banque. Certains clients ont préféré retirer leur argent alors qu’une minorité s’est abstenue d’ouvrir des nouveaux comptes », explique Ahmad Qoura, ex-président de la banque Al-Watani Al-Masri, en ajoutant que les caisses d’épargne ont également reculé de plus de 1,6 million de L.E. depuis juin 2007 et jusqu’à mars 2008. En revanche, la position de la liquidité en livres égyptiennes a beaucoup progressé au sein de la banque. La meilleure preuve est le recul du déficit de 1,2 milliard de L.E. en juin 2007 à 30,3 millions de L.E. en mars 2008. Cette progression est le résultat du plan de restructuration financière adoptée par la Banque Misr après la fusion. Cette dernière s’est transféré le portefeuille des crédits insolvables de la Banque du Caire, évalués à 15 milliards de L.E. (dont 5,3 milliards ont été remboursés). De plus, le gouvernement a remboursé les dettes du secteur publique des affaires (1,2 milliard de L.E.) auprès de la Banque du Caire. La Banque du Caire, troisième banque publique du pays possède un réseau de 215 agences et une part du marché de 6 %. Le président de la Banque Misr, Mohamad Barakat, assure que seulement 11 agences ont été transférées à la Banque Misr, dont 5 branches existent dans les pays arabes. Quant à la position des employés, plus de 7 000 employés ont quitté la banque en retraite anticipée durant l’année 2007. Il ne reste actuellement que 5 000 employés seulement qui n’ont subi aucune formation.

 

Les dessous d’une vente avortée

Après un an d’attente, le gouvernement égyptien a surpris le marché en annulant mercredi dernier la vente de 67 % de la Banque du Caire, troisième banque publique. « Les offres proposées ont été en dessous de l’estimation du comité d’évaluation », a déclaré Mohamad Barakat, PDG de la Banque Misr, lors de la conférence de presse tenue le 25 juin après l’échec de l’adjudication.

Les détails de cet échec sont encore plus étonnants. La liste des 5 banques candidates a été réduite à 3 noms, à savoir la National Bank of Greece, l’émiratie Mashreq Bank, un consortium de la saoudienne Arab National Bank et sa filière jordanienne l’Arab Bank Group. La Standard Chartered PLC et Samba (saoudienne) se sont retirées trois jours avant l’adjudication. Puis, la journée prévue pour l’adjudication a vite pris fin après que les deux banques arabes se sont aussi retirées. Leurs offres respectivement de 1,2 et 1,3 milliard de dollars ont en effet été fermement rejetées. La banque grecque, qui offrait quand même 1,35 milliard, s’est donc retrouvée seule, ce qui n’a pas plu aux vendeurs.

La National Bank of Greece avait au début proposé 1,9 milliard de dollars pour l’achat de 100 % de la banque. Mais « le comité responsable de la vente nous a demandé, lors des longs cycles de négociations, d’augmenter le montant de l’achat à 2,02 milliards de dollars », confie une source auprès de la National Bank of Greece qui a requis l’anonymat. Il a qualifié d’intransigeant le comité responsable de la vente soulignant que sa banque estimait impossible d’élever ce montant « car après l’achat, la banque devra financer le processus de restructuration des agences, ce qui est un investissement énorme », ajoute-t-il. Dans l’autre camp, le comité de vente perçoit les offres reçues comme bien en dessous des estimations de la Banque du Caire effectuée par le Conseil des ministres il y a un an. Ce dernier l’a évaluée à 2,5 milliards de dollars.

 

 




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