Al-Ahram Hebdo,Arts | Une fraîcheur propre à l’âge
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 Semaine du 2 au 8 juillet 2008, numéro 721

 

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Arts

Festival National du Théâtre. La troisième édition (5-16 juillet) est marquée par un nombre croissant de spectacles. Une trentaine de pièces, majoritairement jeunes, sont au menu.  

Une fraîcheur propre à l’âge 

Le festival soulève des controverses depuis son lancement en 2006. Comment placer amateurs et professionnels sur un même pied d’égalité ? Reconnaît-on les troupes indépendantes et libres ? Est-ce injuste de comparer les pièces produites par les théâtres de l’Etat et celles du théâtre privé ou universitaire ?

Si les prix décernés lors de la première édition ont encouragé certains jeunes indépendants, ceux de la deuxième édition ont tenté de créer un équilibre entre les jeunes débutants et les noms confirmés.

Cette édition, dédiée à l’homme de théâtre récemment disparu Saad Ardach, rend également hommage à d’autres figures de proue comme Samir Khafagui, Ragaa Hussein, Sanaa Fathallah, et feu, Nabil Al-Alfi … S’ajoute à la liste des honorés, Hoda Wasfi, la directrice du centre Hanaguer (qui continue à soutenir financièrement les jeunes créateurs, en dépit des travaux de restauration).

Les stars s’abstiennent cette année, et la plupart des productions participantes sont l’œuvre d’une jeune génération qui commence à percer. Certains optent pour les adaptations classiques et littéraires, tels Hicham Atwa lequel a monté Les Misérables de Victor Hugo, Adel Hassan qui donne La Mort accidentelle d’un anarchiste de Dario Fo, Sameh Bassiouni avec Les Incendiaires de Max Frisch et Mohsen Rizq adaptant Le Chant du courlis de Taha Hussein. L’Université de Aïn-Chams présente aussi deux spectacles classiques Romeo et Juliette et Jeanne d’Arc.

Suivant la vogue des adaptations littéraires, le Centre Hanaguer présente Oscar et la dame en rose d’Eric Emmanuel Schmit, selon une mise en scène de Hani Al-Métnaoui ainsi que deux autres spectacles de jeunes troupes indépendantes. Des spectacles qui introduisent non seulement des jeunes metteurs en scène, mais aussi des comédiens et plusieurs nouveaux talents qui ont émergé tout au long de l’année.

Il s’agit d’une solution pour contrer les cachets élevés des stars et leurs caprices. Ainsi, le metteur en scène, Khaled Galal a eu recours aux jeunes du Centre de la créativité artistique (Ibdae), qu’il a lui-même formés dans son Studio de l’acteur (à savoir : Magued Al-Kedouani, Noha Lotfi, Bayoumi Fouad, etc. ). Galal a eu aussi recours à des jeunes chorégraphes : Diaa Chafiq, et Mohamad Moustapha, à la styliste Marwa Auda (voir article ci-dessous sur la pièce Qahwa Sada ou Café sans sucre)

Le chorégraphe et metteur en scène Adel Abdou a opéré son casting à travers les feuilletons et les émissions télévisés, comme c’est le cas avec Rim Al-Baroudi, et Chérif Madkour. Deux comédiens qui ont fait leur première apparition sur les planches à travers Zay Al-foll au théâtre Al-Balloun.

L’académicien et metteur en scène, Sanaa Chafie, après 20 ans d’absence, retourne avec une production du Théâtre National, Romeo et Juliette, mettant en avant les jeunes diplômés de l’Académie des arts. Mais malheureusement, la pièce qui vient de commencer quelques jours avant le festival a donné la parole à des débutants qui manquent d’expérience et de talent.

L’Organisme des Palais de la culture, l’Association des amateurs du théâtre et le Centre de la créativité artistique (Ibdae) ont produit à leur tour des pièces jeunes de A à Z.

Seulement, deux ou trois spectacles rompent avec l’étiquette jeunesse ; ils sont produits par le théâtre de l’Etat : Histoire d’amour joué par Sami Abdel-Halim et monté par Hani Metawie et Une Tourterelle blanche de Hassan Abdel-Salam basé sur l’interprétation des chanteurs vedettes Ali Al-Haggar et Hoda Amar.

May Sélim

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Un rire amer 

Le metteur en scène Khaled Galal parodie la société dans Qahwa Sada (café sans sucre), oscillant entre mélodrame et farce. Une pièce à succès, participant au Festival national.  

Souvent, durant les cérémonies funéraires, on sert un café sans sucre aux gens qui viennent présenter leurs condoléances. Le goût amer du café correspond à l’affliction ressentie à la perte d’un être cher. D’où le titre de la pièce, Qahwa Sada, qui signifie littéralement Café sans sucre.

A l’entrée du Centre de la créativité artistique (Ibdae), où se donne la pièce, sont affichés les portraits des protagonistes en noir. Il s’agit d’une trentaine de jeunes sélectionnés tous par le metteur en scène, Khaled Galal, à travers la deuxième promotion du Studio de l’acteur qu’il dirige lui-même.

Galal y opte pour la comédie noire, mêlant la farce, la tragédie, la bouffonnerie et le show. Débutant par une scène tragique, chaque comédien portant le noir, pleurant ou sanglotant, jette une photo ancienne ou un objet du passé sur le sable. Puis, s’éloigne et sombre dans la tristesse. Qui déplore-t-on ? Les photos montrent le poète et caricaturiste Salah Jahine, les chanteuses Leïla Mourad et Oum Kalsoum, l’actrice Souad Hosni et d’autres stars qui ont marqué la vie des Egyptiens. S’ajoute au décor un ancien poste de radio, un téléphone classique, un petit tablier … Tout est là sur le devant de la scène, soit un cimetière virtuel. C’est la gloire passée de l’Egypte que l’on déplore. Les gens en deuil regagnent le fond de la scène et boivent leur café sans sucre.

Mais on rompt rapidement avec cette ambiance funèbre grâce une scène de farce. Un programme de talk-show invitant une star de la chanson populaire. Le chanteur ne présentant que des œuvres médiocres et vulgaires est idolâtré par les jeunes filles. Celles-ci paraissent sur scène avec des perruques colorées et crient à chaque fois que le chanteur intervient. La scène tourne en dérision quand l’invité et le présentateur de l’émission dansent et crient avec leurs jeunes fans, vociférant des mots insignifiants. Et de nouveau, c’est le deuil. Les gens sirotent leurs cafés en silence. Ainsi, il opère des transitions entre les sketches présentés tout au long du spectacle.

Ces sketchs soulèvent plusieurs problèmes de société. Khaled Galal y ridiculise le tout. Un sketch hilarant tourne en dérision la fatwa émise récemment par un cheikh disant qu’une femme partageant le bureau avec des hommes au travail doit les allaiter pour rendre sa présence avec eux licite. Oum Al-Saad, jouée par un homme, se plaint de ses collègues au bureau qui cherchent constamment à téter son lait et n’ont plus le temps de travailler. Les Messieurs sont devant en file d’attente.

L’immigration clandestine est un autre thème soulevé par la pièce. Les jeunes se noient en cherchant à quitter le pays, laissant derrière eux des mères, fiancées ou épouses en lamentation. Ces sketchs sont en effet le fruit d’une année de travail collectif et d’improvisation avec les étudiants du Studio de l’acteur.

Interprétation, intonation, gestuelle, expression du visage et chants sont de mise, témoignant du talent des 35 jeunes participant au spectacle.

Le décor est sobre. Khaled Galal se sert d’une toile de fond rouge et d’un jeu d’éclairage habile, créant avec ses comédiens une scénographie assez riche. Le rouge dominant au début, renforce l’idée de la douleur. Les accessoires et la couleur verdâtre qui accompagnent la scène de la prière des hommes d’affaires renforcent l’ambiance de piété.

Le deuil fait place au rire et vice versa, révélant des talents prometteurs. Khaled Galal nous fait déguster un café sans sucre unique en son genre.

May Sélim

 




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