Al-Ahram Hebdo, Arts | La pierre joue sa musique
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 Semaine du 2 au 8 juillet 2008, numéro 721

 

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Arts

Zspectacle. Dans le cadre des manifestations liées à la présidence française de l’Union européenne et des 20 ans de l’Opéra du Caire, la compagnie française Décor Sonore promet ce soir une improvisation inédite de l’espace au gré de ses propres sonorités.  

La pierre joue sa musique 

« Toute forme, tout matériau a un son, même si ce son est souvent infinitésimal et inaudible. Nous passons ainsi quotidiennement, sans le savoir, à côté d’instruments de musique inouïs auxquels il ne manque que les musiciens et les moyens techniques appropriés pour les révéler », décrète Michel Risse, directeur artistique de la compagnie française Décor Sonore. Cette dernière, qui passe pour la plus innovatrice des compagnies françaises, propose de flatter l’ouïe et la vue des assidus de l’Opéra comme de tous les auditeurs par un spectacle polyvalent de théâtre, pyrotechnie, lumière, acrobatie, chant, technologie, humour et bien sûr de création musicale. Le spectacle intitulé Spectropera ou (spectre du son) s’inscrit dans un plus grand projet au titre d’Instrument/Monument, qui vise à explorer, exploiter et mettre en scène la mémoire ainsi que les potentiels sonores réels d’un site, monument, ouvrage d’art, structure, architecture ou lieu public, en autant d’objets scénographiques et instruments de musique géants.

Ainsi, fort de ce principe, creusant sa composition unique dans les sonorités propres aux édifices, Michel Risse, ce multi-instrumentaliste et électroacousticien s’apprête ce soir à apprivoiser les structures de l’Opéra du Caire au gré de son spectacle Spectropera.

Cet espace ouvert de l’Opéra du Caire se métamorphosera en un endroit qui produit de la musique. Cette expérience inédite du Décor Sonore avait déjà ses antécédents à l’enceinte d’autres opéras mondiaux. A savoir : Quatre euros d’opéra (2005), à l’Opéra comique de Paris et Opéra de Fer (2007)à l’Opéra de Graz, en Autriche. « Chaque lieu de représentation sonore jouit de sa particularité. Chaque création se construit au fur et à mesure des découvertes que délivre le site pris dans sa globalité sonore, spatiale, mémorielle et même providentielle. Jusqu’à son aboutissement, le jour de sa représentation, l’Instrument/Monument est en phase de construction », explique Risse.

Dans une « scénographie naturelle » : murs, fenêtres, fontaines, coupoles, moucharabiehs en métal, colonnes en béton, dalles de marbre et rambardes en fer forgé seront détournés de leur fonction première, pour devenir des instruments à part entière, produisant des sons inouïs.

Ce, dans le but de créer une œuvre d’art musicale originale, « non pas à l’Opéra, mais de l’Opéra », précise Risse. Et d’ajouter : « Tout Opéra a son fantôme, celui du Caire, la ville la plus bruyante du monde, disparut dans les flammes en 1976, où encore il est celui de Aïda. Bien que le nouveau bâtiment de l’Opéra renvoie moins de sonorités que l’ancien, il conserve en son sein la mémoire de ce dernier. Nous essayons de restituer cette mémoire originelle », proclame Risse. Virtuose du jonglage avec les arts de la rue, de la piste et des technologies sophistiquées de diffusion du son, il a réussi avec son associé Pierre Sauvageot à affubler sa troupe du statut de « Lieu unique de fabrique sonore ».

A l’aide de micro-capteurs très perfectionnés, en tant que« stéthoscopes » disposés dans les différents points du bâtiment de l’Opéra du Caire, et soutenus d’adhésifs repositionnables ou de pinces invisibles, toutes les sonorités cachées, toutes les capacités musicales et résonances possibles, en épaisseur ou en harmonie avec les matériaux les « plus acoustiques » (métal, verre, bois, pierre, béton et terre), selon les formes et proportions, seront révélées par le jeu des instrumentistes percussionnistes de la troupe. Celle-ci, subventionnée par le ministère de la Culture et de la Communication, Direction régionale des affaires culturelles d’Île de France, est composée d’une équipe d’interprètes qui se mêle à tout.« Pour donner à entendre, surtout des formes neuves, il faut aussi donner à voir. Le geste instrumental, sa théâtralité, le corps, la scénographie, l’espace, le mouvement, l’architecture sont les signes extérieurs de ce qui se passe au niveau du sonore », explique Risse. Et d’ajouter : « Le tout forme une œuvre éphémère qui laisse chez les spectateurs une trace indélébile qui changera à jamais leur vision et leur perception du lieu et par extension de la ville qui les entoure. Créant des mémoires multiples, le souvenir de la musique de l’Opéra résonnera encore longtemps dans la mémoire de chacun et continuera à hanter l’Opéra ».

Nous sommes donc bien en présence d’une œuvre vivante « en train de se produire », d’une partition globale « en train de s’écrire ». Et d’un public qui participe à un événement qui « n’a jamais pu et ne pourra jamais plus exister nulle part ailleurs », précise Risse, qui invite son spectateur à apprécier la subtilité du moment. Et pour le faire, Risse ne tardera même pas, dans son« jeu sonore », à inviter son spectateur, tous âges et cultures confondus, à se tenir debout et à circuler dans les parages de l’espace ouvert de l’Opéra du Caire.

Une manière d’exhorter le suspense chez son spectateur, et de l’emmener à capter l’envers du décor et de l’architecture de l’Opéra du Caire.« Les interprètes de ma compagnie vont chercher les choses inaccessibles. Le haut et le caché, en des positions périlleuses. Pour pouvoir aller très loin et très haut, il faut prendre le risque mais aussi l’aventure ». « Et d’ajouter : « Que seraient nos villes, si tous les tags recouvrant les murs étaient en réalité des calligrammes, proverbes chinois, démonstrations mathématiques, constellations astronomiques … Des perles de verre ? ... ». Ainsi, une promesse d’exaltation de la vue et de l’ouïe se profile dans les airs.

Névine Lameï

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Le 2 juillet, à 20h, au terrain de l’Opéra du Caire. Entrée libre.

 




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