Livre.
Quel statut avaient les reines d’Egypte, une question que
pose un nouvel ouvrage publié par l’AUC Press et qui
témoigne non seulement de la splendeur de ces reines, mais
aussi de celle de la femme en général.
Voyage au cœur de la grâce
L’Unique,
la bien-aimée, la sans pareille
La plus belle du monde,
Regarde-la semblable à l’étoile brillante de l’an nouveau,
au seuil d’une belle année
celle dont brille la grâce, dont la peau rayonne,
A des yeux au regard clair
et des lèvres au doux parler,
Jamais elle ne prononce une parole superflue
Elle, dont le cou est long, la poitrine lumineuse,
Possède une chevelure de lapis véritable,
Ses bras surpassent l’éclat de l’or,
Ses doigts sont semblables aux calices des lotus.
Un chant d’amour de l’Egypte ancienne témoignant du rang
qu’occupaient les femmes, reines, princesses, prêtresses,
paysannes, femmes au foyer, musiciennes. Si aujourd’hui
elles sont célébrées à Monte Carlo, un ouvrage « The Queens
of Ancien Egypt » de Rosana Pirelli, publié par l’AUC Press,
tente de répondre à peu près à la même question que celle de
l’exposition. Ces reines étaient-elles égales à leurs
homologues masculins, beaucoup plus nombreux. La royauté
féminine était-elle exceptionnelle ? Voire était-elle légale
? Dans l’ouvrage on met l’accent sur un paradoxe.
L’historien égyptien Manethon, auteur de listes
chronologiques et qui fut grand prêtre d’Héliopolis sous
Ptolémée et Soter (305-282 av. J.-C.), a évoqué la
légitimité du règne féminin. Mais l’auteure de l’ouvrage
évoque l’un des mythes fondateurs, celui d’Isis et Osiris,
où la déesse après la mort de son époux tué par Seth, ayant
retrouvé les fragments de son époux, les réunit et put
donner naissance à un fils Horus.
De plus, la langue égyptienne n’avait pas de mot spécifique
ou séparé pour dire reine. Malgré tout, les femmes furent
nombreuses à s’associer aux responsabilités royales pour
plus de 3 000 ans dans ce pays qui fut sans doute le plus
puissant du Moyen-Orient antique. De toute façon, la
question est posée par le livre et au fil de la lecture, on
se rend compte de la diversité et de la complexité de la
donne. Mais il est sûr qu’une Hatchepsout est l’une des
reines les plus brillantes de l’histoire avec son expédition
à Pount, qu’une Hetephérés, Néfertiti ou Néfertari sont des
figures quasi légendaires, témoignant d’un statut féminin
qui dépasse celui de la plupart des civilisations antiques.
L’ouvrage est de toute façon d’une grande richesse avec des
illustrations magnifiques où se manifestent la splendeur des
femmes célèbres, leur accoutrement d’or et de bijoux très
riches et surtout d’un goût et d’une esthétique des plus
raffinés.
Et la suite du poème est bien révélatrice :
Celle dont les reins sont alanguis, et les hanches minces,
Celle dont les jambes défendent la beauté,
Celle dont la démarche est pleine de noblesse, lorsqu’elle
pose les pieds sur terre
De son baiser me prend le cœur.
Ahmed
Loutfi