Urbanisme.
Bordés de constructions d’une classe architecturale
exceptionnelle, les quartiers de Abbassiya et de Daher
étaient autrefois habités par la bourgeoisie cairote. Un
projet de Cultnat visant à enregistrer la mémoire
architecturale de ces quartiers est en cours de
réalisation.
Témoin d’un style cosmopolite
Au
cours du XIXe siècle, Le Caire a connu de nombreux
changements tant dans la composition de sa population que
dans sa structure urbaine, particulièrement sensibles vers
la fin du siècle. Quand on étudie le développement urbain de
la ville dès la deuxième moitié du XIXe siècle, on est
d’abord frappé par sa forte croissance, puis par
l’apparition d’une double structure, celle de la ville
traditionnelle et celle d’une autre ville à l’européenne qui
s’étend aux côtés de l’ancienne cité ; chacune fonctionnant
selon son propre système et ayant sa propre composition
sociale. Au Caire, cette période a connu l’extension des
quartiers construits sur le modèle européen, comme Abbassiya
au nord du Caire, Ismaïliya à l’ouest et plus tard
Héliopolis, Garden City, Maadi et Zamalek.
Une grande partie des constructions de ce style européen
sont menacées soit par la destruction, soit à cause du
manque d’entretien et aussi par les rénovations sauvages qui
font disparaître les éléments architecturaux les plus
anciens ... Les constructions européennes du centre-ville du
Caire ont pris la part de lion des études et des travaux de
conservation et de restauration. Ainsi, le Centre de la
documentation de l’héritage culturel et naturel (Cultnat),
voulant explorer de nouveaux terrains de conservation de ce
style européen, a entamé un projet pour la documentation et
l’enregistrement des constructions et des bâtiments
historiques des deux quartiers : ceux de Abbassiya et de
Daher, situés en lisière du centre-ville. « Développé par le
programme de l’héritage architectural que suit Cultnat,
notre projet vise à enregistrer le patrimoine architectural
des XIXe et XXe siècles des deux quartiers historiques de
Abbassiya et de Daher. Il est constitué d’un système
d’information géographique, GIS (Geographic Information
System) », explique Malak Wahba, directeur du projet et chef
du département de l’héritage tangible à Cultnat.
Ce projet a donc pour objectif de créer une base de données
sur le patrimoine architectural des deux quartiers, y
compris entre autres une documentation historique archivale
de chacune des constructions sélectionnées (date et style de
sa construction, sa surface ...), en plus d’une
documentation photographique de l’extérieur et de
l’intérieur de ces bâtiments, il s’agit de même de les
classer sur les cartes géographiques préparées par l’équipe
du travail.
Architecture de luxe
L’aspect des bâtiments choisis cache le plus souvent une
disposition, un plan européen et une finition intérieure
relativement sommaire. Les logements par exemple répondent à
différents types selon le niveau social et le mode
d’habitat. Ils se composent en majorité de deux ou trois
étages et se caractérisent d’un style qui n’est pas très
répandu en Egypte. Après l’entrée à l’immeuble par un grand
portail, on se trouve devant une petite cour avec un petit
jardin au centre. Un style qui garantit l’air, la lumière,
l’aise et la magnificence. « La majorité des bâtiments
sélectionnés sont de style européen et beaucoup d’autres
sont aussi de style néo-islamique. L’hôpital Al-Younani
(grec) est quant à lui de style néo-grec. Les quartiers
Abbassiya et Daher, anciens, étaient habités autrefois par
une partie des bourgeois cairotes. Plusieurs de ces
anciennes constructions sont détruites pour être remplacées
par de nouveaux immeubles d’une dizaine et parfois même
d’une vingtaine d’étages, d’où est venue l’idée de la
documentation de ce qui subsiste de ce patrimoine qui existe
peu en Egypte », reprend Malak Wahba.
Si Abbassiya et Daher renferment quelques centaines de
constructions historiques réalisées aux XIXe et XXe siècles
sur le style européen, Cultnat ne travaille nécessairement
pas sur toutes ces constructions. « On n’ a choisi que 120
bâtiments du quartier de Abbassiya et 190 autres de Daher.
Les constructions sélectionnées comprennent des habitats,
des écoles, des hôpitaux, des mosquées, des églises et une
synagogue ... Parmi les exemples concrets des bâtiments
choisis figure celui de la faculté de polytechnique de
l’Université de Aïn Chams, construite entre 1928 et 1932,
sous le nom de l’Ecole des arts et métiers. On a donc essayé
de varier notre choix et de préférer les constructions les
plus caractéristiques parce que c’est difficile de les
documenter toutes, au moins dans cette première phase du
projet », souligne Malak Wahba.
Le tout sera publié dans un bel ouvrage avec de très belles
illustrations des constructions des deux quartiers de
Abbassiya et de Daher. Il sera aussi parallèlement
enregistré sur un logiciel cédérom bilingue (arabe et
anglais). A noter que Cultnat a déjà diffusé un premier
cédérom sur le patrimoine architectural des XIXe et XXe
siècles du centre-ville du Caire. Une fois ce projet
terminé, le prochain sera consacré à l’archivage du
patrimoine architectural et historique du quartier de
Zamalek.
Amira
Samir