Al-Ahram Hebdo, Voyages | Témoin d’un style cosmopolite
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Urbanisme. Bordés de constructions d’une classe architecturale exceptionnelle, les quartiers de Abbassiya et de Daher étaient autrefois habités par la bourgeoisie cairote. Un projet de Cultnat visant à enregistrer la mémoire architecturale de ces quartiers est en cours de réalisation. 

Témoin d’un style cosmopolite 

Au cours du XIXe siècle, Le Caire a connu de nombreux changements tant dans la composition de sa population que dans sa structure urbaine, particulièrement sensibles vers la fin du siècle. Quand on étudie le développement urbain de la ville dès la deuxième moitié du XIXe siècle, on est d’abord frappé par sa forte croissance, puis par l’apparition d’une double structure, celle de la ville traditionnelle et celle d’une autre ville à l’européenne qui s’étend aux côtés de l’ancienne cité ; chacune fonctionnant selon son propre système et ayant sa propre composition sociale. Au Caire, cette période a connu l’extension des quartiers construits sur le modèle européen, comme Abbassiya au nord du Caire, Ismaïliya à l’ouest et plus tard Héliopolis, Garden City, Maadi et Zamalek.

Une grande partie des constructions de ce style européen sont menacées soit par la destruction, soit à cause du manque d’entretien et aussi par les rénovations sauvages qui font disparaître les éléments architecturaux les plus anciens ... Les constructions européennes du centre-ville du Caire ont pris la part de lion des études et des travaux de conservation et de restauration. Ainsi, le Centre de la documentation de l’héritage culturel et naturel (Cultnat), voulant explorer de nouveaux terrains de conservation de ce style européen, a entamé un projet pour la documentation et l’enregistrement des constructions et des bâtiments historiques des deux quartiers : ceux de Abbassiya et de Daher, situés en lisière du centre-ville. « Développé par le programme de l’héritage architectural que suit Cultnat, notre projet vise à enregistrer le patrimoine architectural des XIXe et XXe siècles des deux quartiers historiques de Abbassiya et de Daher. Il est constitué d’un système d’information géographique, GIS (Geographic Information System) », explique Malak Wahba, directeur du projet et chef du département de l’héritage tangible à Cultnat.

Ce projet a donc pour objectif de créer une base de données sur le patrimoine architectural des deux quartiers, y compris entre autres une documentation historique archivale de chacune des constructions sélectionnées (date et style de sa construction, sa surface ...), en plus d’une documentation photographique de l’extérieur et de l’intérieur de ces bâtiments, il s’agit de même de les classer sur les cartes géographiques préparées par l’équipe du travail.

 

Architecture de luxe

L’aspect des bâtiments choisis cache le plus souvent une disposition, un plan européen et une finition intérieure relativement sommaire. Les logements par exemple répondent à différents types selon le niveau social et le mode d’habitat. Ils se composent en majorité de deux ou trois étages et se caractérisent d’un style qui n’est pas très répandu en Egypte. Après l’entrée à l’immeuble par un grand portail, on se trouve devant une petite cour avec un petit jardin au centre. Un style qui garantit l’air, la lumière, l’aise et la magnificence. « La majorité des bâtiments sélectionnés sont de style européen et beaucoup d’autres sont aussi de style néo-islamique. L’hôpital Al-Younani (grec) est quant à lui de style néo-grec. Les quartiers Abbassiya et Daher, anciens, étaient habités autrefois par une partie des bourgeois cairotes. Plusieurs de ces anciennes constructions sont détruites pour être remplacées par de nouveaux immeubles d’une dizaine et parfois même d’une vingtaine d’étages, d’où est venue l’idée de la documentation de ce qui subsiste de ce patrimoine qui existe peu en Egypte », reprend Malak Wahba.

Si Abbassiya et Daher renferment quelques centaines de constructions historiques réalisées aux XIXe et XXe siècles sur le style européen, Cultnat ne travaille nécessairement pas sur toutes ces constructions. « On n’ a choisi que 120 bâtiments du quartier de Abbassiya et 190 autres de Daher. Les constructions sélectionnées comprennent des habitats, des écoles, des hôpitaux, des mosquées, des églises et une synagogue ... Parmi les exemples concrets des bâtiments choisis figure celui de la faculté de polytechnique de l’Université de Aïn Chams, construite entre 1928 et 1932, sous le nom de l’Ecole des arts et métiers. On a donc essayé de varier notre choix et de préférer les constructions les plus caractéristiques parce que c’est difficile de les documenter toutes, au moins dans cette première phase du projet », souligne Malak Wahba.

Le tout sera publié dans un bel ouvrage avec de très belles illustrations des constructions des deux quartiers de Abbassiya et de Daher. Il sera aussi parallèlement enregistré sur un logiciel cédérom bilingue (arabe et anglais). A noter que Cultnat a déjà diffusé un premier cédérom sur le patrimoine architectural des XIXe et XXe siècles du centre-ville du Caire. Une fois ce projet terminé, le prochain sera consacré à l’archivage du patrimoine architectural et historique du quartier de Zamalek.

Amira Samir

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L’œuvre
de Abbass Helmi Ier

Abbassiya vient donc du nom de ce khédive. Ce quartier salubre fut fondé, en 1849, par le vice-roi Abbass Helmi Ier (né en 1813) qui a gouverné l’Egypte entre 1848 et 1854. Fils d’Ahmad Tousson pacha, fils de Mohamad Ali pacha, Abbass Helmi Ier ordonna la fondation du quartier de son nom, Abbassiya, à la lisière du désert, où il avait décidé lui-même de construire un vaste palais portant aussi le nom de Abbassiya. Il ordonna aussi d’y construire l’école militaire.

La région de Abbassiya était autrefois un site thermal comme celui de Hélouan. Elle se caractérisait par son climat sec convenable à y édifier une cité thermale sans précédent. C’est ainsi qu’elle a été choisie par les communautés étrangères afin d’y construire des hôpitaux et des centres cliniques. Un nombre de ces hôpitaux subsiste encore dont les hôpitaux grec, italien et autrichien. L’hôpital français a été, quant à lui, démoli.

Avec l’urbanisation intensive et sauvage, Abbassiya fut bien vite reliée à la capitale et se transforma en un quartier populaire.

 

Daher, bouillon de culture

Le quartier de Daher se forma dès la fin du XIXe siècle en prolongeant ceux déjà lotis de Bab Al-Hadid (actuel Ramsès ou quartier de la gare). Plus au nord, il ne tarda pas à rejoindre celui de Abbassiya. Ce quartier doit son nom au sultan mamelouk Al-Daher ou Al-Zaher Beibars Al-Bendeqdari qui édifia une mosquée imposante dans l’emplacement de ce quartier entre 1267 et 1269. Lors de l’Expédition française de l’Egypte, les troupes de Bonaparte transformèrent la mosquée en forteresse militaire connue sous le nom de Sulkowsky.

Loti dès les années 1880, le quartier de Daher doit son développement à la progression du réseau de tramways. Le palais centenaire de Habib Gabriel Sakakini pacha, construit en 1897, se dresse au milieu d’une place ronde de Daher sur laquelle débouchent huit rues, ce qui forme un peu le modèle de la place de l’Arc de Triomphe à Paris. Le palais possède 400 fenêtres et compte 50 chambres et 8 salles de bain, de grands miroirs, des décorations en dorures, des fresques, des parquets en bois de rose et de palissandre, etc. Le bâtiment vu de l’extérieur présente un mélange de différents styles avec des influences turques et arabes dans un décor de Renaissance.

Amira Samir

 




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