Al-Ahram Hebdo, Voyages | Eternel féminin, éternelle majesté
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Voyages

Reines d’Egypte. Certaines de ces souveraines et femmes connaissent une très grande célébrité et d’autres méritent d’être connues. Elles sortent de l’ombre des pharaons pour une exposition qui s’est ouverte le week-end dernier à Monaco, la première consacrée à la vie de ces épouses, mères ou filles de rois dans l’Egypte Ancienne. 

Eternel féminin, éternelle majesté

Qui connaît Karomama, Henhénet, Neferouptah, Néfertari, souveraines de la vallée du Nil ? « Les historiens se sont focalisés sur la longue succession des pharaons, négligeant leurs compagnes, l’aspect féminin de la royauté », constate Christiane Ziegler, commissaire de l’exposition qui se tient jusqu’au 10 septembre au Grimaldi Forum.

Un retour aux sources pour celle qui dirigea jusqu’en mai 2007 le département des antiquités égyptiennes du musée du Louvre et débuta ses études d’égyptologie par un mémoire sur la reine Tiy, épouse d’Amenothep III : « La

bibliographie était alors quasi inexistante, comme pour la plupart des reines. Des livres ont commencé à sortir ces dernières années et cette exposition est la première à faire le tour de la question », explique-t-elle.

Quelle était la vie des femmes à la cour des pharaons ? Quelle place occupaient les mères, les épouses, les filles ? Jouaient-elles un rôle domestique, politique, religieux ? Un parcours thématique en douze stations tente de familiariser le visiteur avec ces différents aspects.

Il s’appuie sur près de 250 pièces prêtées par des musées prestigieux, de quinze pays différents : le musée égyptien de Berlin, les musées royaux de Belgique, le Musée égyptien du Caire, le Metropolitan Museum de New York, le Louvre à Paris ou le British museum à Londres.

Suggestive sans tomber dans l’esthétique kitsch du péplum, la scénographie promène le public d’un tombeau creusé dans la montagne, à une felouque descendant le Nil, en passant par l’intérieur des palais. La part de fantasme et de mythe suscités par les reines égyptiennes trouve sa place dans l’exposition qui s’ouvre sur une salle consacrée à la figure de Cléopâtre et s’achève par une évocation de la reine Taousert, dont la tombe retrouvée dans la Vallée des Rois inspira à Théophile Gautier le roman de La Momie.

Entre ces deux repères de légende défilent toutes les facettes méconnues des souveraines : la suprématie des « grandes épouses royales », mère du prince héritier, sur les concubines et épouses secondaires regroupées dans un harem. Loin d’être un lieu de réclusion, le harem était un espace où vivaient librement, avec leur famille, une armée de serviteurs, nurses, précepteurs, coiffeurs, musiciens autant qu’un centre économique où l’on tissait le lin, travaillait le bois, l’ivoire et la faïence. L’exposition dévoile également les nombreux « mariages diplomatiques » conclus par les pharaons avec des princesses d’origine étrangère dans le but de renforcer une alliance avec de puissants voisins, comme en témoigne une pièce d’orfèvrerie portant le nom, d’origine syrienne, de trois épouses secondaires de Thoutmosis III.

Si elles ne jouaient pas systématiquement un rôle politique central, les reines étaient chargées d’user de leurs charmes pour se concilier les dieux. De nombreuses scènes les montrent agitant sistres, hochets, colliers pour amadouer les oreilles divines. Seul regret pour Christiane Ziegler : le peu de témoignages existant sur la vie intime de ces princesses, souvent figées dans une représentation institutionnelle, beautés parfaites et toujours mystérieuses.

Sophie Markis (AFP)

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Entre Néfertiti et Cléopâtre

Dans l’imaginaire occidental, la reine d’Egypte s’incarne en Cléopâtre. Pourquoi est-elle restée la plus fameuse d’entre toutes ? Les Romains nous ont transmis son histoire, où se mêlent tous les ingrédients du succès : amour, pouvoir, richesse, mort dramatique. Beaucoup d’artistes ont brodé sur ce thème, s’inspirant des modèles pharaoniques popularisés par les publications scientifiques mais replaçant souvent les scènes dans un Orient rêvé. Aujourd’hui, encore le cinéma, la publicité et la BD exploitent avec succès cette figure mythique.

Mais paradoxalement, la reine d’Egypte la mieux connue est une Grecque, descendant des généraux d’Alexandre. C’est l’héritière d’une longue lignée de souveraines attestées dès la fin du IVe millénaire avant notre ère, au moment où naît l’institution pharaonique ; bien peu sont familières au public : Hatchepsout, Néfertiti, Néfertari. Cléopâtre est la dernière reine d’Egypte mais aussi le dernier pharaon puisqu’elle exerça le pouvoir personnel, ce qui fut très rare pour une femme. 

Le statut des reines d’Egypte

Le titre de reine se définit par rapport au roi régnant : on est « mère du roi » ou « épouse du roi ». Certaines « filles de roi », que nous traduisons par « princesses », se voient conférer par leur père le titre d’« épouses du roi ». Toutes appartiennent à cette galaxie féminine entourant le pharaon où chaque fille de roi peut devenir épouse et sœur du roi, puis mère du roi.

Les liens intimes du pharaon avec plusieurs générations de femmes de la famille royale doivent sans doute être recherchés dans les mythes : l’association mère-épouse-fille était conçue comme un symbole de création perpétuelle. A ce titre, les reines égyptiennes ont joué un rôle fondamental dans le renouvellement du pouvoir royal et la survie du pharaon dans l’au-delà. 

La mère du roi

Elle tient une place très importante, elle est souvent figurée à ses côtés, reçoit un culte spécifique. Ce rôle majeur apparaît dès le temps des pyramides. A cette époque, les théologiens élaborent le dogme de la nature divine du souverain, né de l’union d’un dieu et d’une femme. C’est ce que rapporte un conte du papyrus Westcar narrant la naissance de trois rois dont le père est le dieu soleil Rê et la mère une simple prêtresse : ce prodige inaugure une nouvelle dynastie. Au Nouvel Empire, les scènes de la théogamie sculptées sur les murs des temples (Deir Al-Bahari, Louqsor) montrent l’union de la reine et du dieu Amon, qui vient la visiter en empruntant l’apparence de son époux, puis la naissance du nouveau roi issu de ce mariage mystique. 

La grande épouse royale

« Celle qui voit Horus et Seth ». C’est la mère du prince héritier. En principe, il n’y en a qu’une à la fois. On la voit aux côtés du souverain pour accomplir les rites. Les origines de la grande épouse sont très diverses : fille d’aristocrate, de militaire ou d’une nourrice royale ; sœur du roi ou fille du roi (le problème de l’inceste et des mariages consanguins). On sait aujourd’hui que la royauté ne se transmettait pas par les femmes, même si des mariages consanguins raffermissaient le trône. Selon les époques et les personnalités, la grande épouse est plus ou moins influente et beaucoup nous demeurent inconnues.

Exemple : Néfertari, grande épouse de Ramsès II à qui fut consacré le petit temple d’Abou-Simbel. 

Epouses secondaires, harem et concubines

De nombreux pharaons ont épousé des princesses d’origine étrangère, renforçant ainsi des alliances avec leurs voisins. Un riche trésor d’orfèvrerie provenant de la tombe de trois épouses secondaires de Thoutmosis III témoigne qu’elles portaient des noms d’origine syrienne. Les documents du Nouvel Empire, Annales de Thoutmosis III et correspondance diplomatique d’Amarna montrent qu’un grand nombre de femmes orientales, filles des vassaux du pharaon, étaient livrées à la cour comme garant de la loyauté de leur pays. Elles étaient accompagnées d’une troupe de serviteurs.

L’entourage féminin du roi était donc fort nombreux. Quel était le sort de cette multitude de femmes ? Les grandes épouses résidaient sans nul doute dans les capitales, auprès du pharaon. Reines mères et grandes épouses disposaient de riches domaines avec un personnel qui leur était propre. Il est probable que les favorites bénéficiaient de dotations analogues. Et la plupart des femmes de la maisonnée étaient regroupées dans des institutions auxquelles on donne habituellement le nom de « harem ». Dans son acception contemporaine, le terme ne convient pas, mais nous le garderons, faute de traduction exacte. Si l’on en croit des exemples plus anciens, le « harem », (ipet nesout) constituait les appartements privés du roi. Ce n’était pas, comme on a pu l’imaginer, un lieu de réclusion regroupant eunuques et concubines. Reines, princes et princesses y résidaient librement en compagnie des dames de la cour ou « ornements royaux » et de toute une armée de serviteurs, nurses, précepteurs, coiffeurs et musiciens qui vivaient là avec leur famille. Le harem de Gourob était aussi un centre économique : on y tissait le lin, on y travaillait le bois, l’ivoire, la faïence et le verre aux vives couleurs.

C’est aussi au harem que, dès le temps des pyramides, se tramèrent des complots dont les échos nous sont parvenus. L’enjeu était la conquête du pouvoir.

Ahmed Loutfi

 




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