La phobie chiite
Salama A. Salama
Je
ne crois pas un mot des prétentions reprises par certains
médias et journaux selon lesquelles l’Egypte serait exposée
à une vague destructrice dirigée par la tendance chiite.
Cette vague aurait réussi à s’infiltrer à l’intérieur du
pays et à déjouer la surveillance des forces de sécurité
pour s’installer dans la ville du 6 Octobre, sous forme de
petites cellules et groupuscules qui diffuseraient les
idéologies chiites. Je ne crois pas non plus un mot de ce
que disent certains cheikhs, prétendant que les milliers d’Iraqiens
qui sont venus en Egypte à cause de la guerre élaborent des
plans visant à ébranler le sunnisme en Egypte.
Il semble que ce groupe d’oulémas azharis a trouvé un moyen
de provoquer encore plus de divisions et de séditions
confessionnelles, ce qui est devenu une des caractéristiques
des pays arabes. Après avoir usé de toutes les fatwas visant
à semer la zizanie entre coptes et musulmans, ils se sont
dirigés vers un nouvel objectif : semer la discorde entre
les sunnites et les chiites. C’est ainsi que chaque jour, il
est question d’un nouveau danger alarmant en provenance
d’une secte religieuse comme si l’objectif réel était de
détourner les regards des gens loin des problèmes de leur
vie quotidienne.
On a alors entendu parler d’une avancée chiite dans certains
gouvernorats, de pots-de-vin évalués à des milliers de
dollars payés par des parties iraniennes aux comités chargés
de rapprocher entre les doctrines. Il serait aussi question
de demandes déposées pour construire des lieux de culte
chiites. Tout ceci prouve l’existence d’un niveau flagrant
d’ignorance au point que certains mélangent entre le chiite
et le communiste. L’ignorance est encore plus flagrante chez
ceux qui montent la tête à ces cheikhs pour des raisons
sécuritaires.
On peut comprendre qu’il y ait des motifs politiques
relatifs aux différends entre l’Egypte et l’Iran autour de
certaines crises régionales. La divergence de points de vue
impose donc à chaque partie de choisir autant ses alliés que
ces ennemis.
On peut
également comprendre que ceux qui sont dans la perspective
du tout-sécuritaire soient inquiets à cause du succès
réalisé par le Hezbollah au Liban face à Israël ou à cause
de l’influence iranienne croissante sur les événements qui
se déroulent dans la région. En effet, l’Iran a réussi à
résister face aux fortes pressions internationales visant à
marginaliser la majorité des Etats arabes, augmentant ainsi
les probabilités d’une guerre nucléaire. Seulement, tout
ceci ne justifie pas de croire naïvement aux prétentions
selon lesquelles les chiites seraient répandus en Egypte. Il
est sûr que rares sont ceux qui connaissent les rites et les
cérémonies religieux des chiites. Ces rites proviennent
d’une culture totalement différente de l’islam sunnite et
qui sont nés dans des circonstances historiques et sociales
très anciennes. Il est donc impossible de les faire propager
dans n’importe quel pays d’un jour à l’autre.
Il n’est
dans l’intérêt de personne que les relations entre l’Egypte
et l’Iran se transforment en hostilité affichée qui
abaisserait le différends politique à un niveau d’insultes
et d’accusations. Cela mènerait à nier le rôle de la
civilisation perse et de la culture iranienne comme partie
intégrante de la civilisation islamique. C’est à cause de
cette ignorance et de cette naïveté que nous en arrivons à
oublier qui sont nos réels ennemis, ceux qui occupent nos
terres et violent nos lieux saints.