Al-Ahram Hebdo, Opinion | Salama A. Salama , La phobie chiite
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Opinion

La phobie chiite

Salama A. Salama 

Je ne crois pas un mot des prétentions reprises par certains médias et journaux selon lesquelles l’Egypte serait exposée à une vague destructrice dirigée par la tendance chiite. Cette vague aurait réussi à s’infiltrer à l’intérieur du pays et à déjouer la surveillance des forces de sécurité pour s’installer dans la ville du 6 Octobre, sous forme de petites cellules et groupuscules qui diffuseraient les idéologies chiites. Je ne crois pas non plus un mot de ce que disent certains cheikhs, prétendant que les milliers d’Iraqiens qui sont venus en Egypte à cause de la guerre élaborent des plans visant à ébranler le sunnisme en Egypte.

Il semble que ce groupe d’oulémas azharis a trouvé un moyen de provoquer encore plus de divisions et de séditions confessionnelles, ce qui est devenu une des caractéristiques des pays arabes. Après avoir usé de toutes les fatwas visant à semer la zizanie entre coptes et musulmans, ils se sont dirigés vers un nouvel objectif : semer la discorde entre les sunnites et les chiites. C’est ainsi que chaque jour, il est question d’un nouveau danger alarmant en provenance d’une secte religieuse comme si l’objectif réel était de détourner les regards des gens loin des problèmes de leur vie quotidienne.

On a alors entendu parler d’une avancée chiite dans certains gouvernorats, de pots-de-vin évalués à des milliers de dollars payés par des parties iraniennes aux comités chargés de rapprocher entre les doctrines. Il serait aussi question de demandes déposées pour construire des lieux de culte chiites. Tout ceci prouve l’existence d’un niveau flagrant d’ignorance au point que certains mélangent entre le chiite et le communiste. L’ignorance est encore plus flagrante chez ceux qui montent la tête à ces cheikhs pour des raisons sécuritaires.

On peut comprendre qu’il y ait des motifs politiques relatifs aux différends entre l’Egypte et l’Iran autour de certaines crises régionales. La divergence de points de vue impose donc à chaque partie de choisir autant ses alliés que ces ennemis.

On peut également comprendre que ceux qui sont dans la perspective du tout-sécuritaire soient inquiets à cause du succès réalisé par le Hezbollah au Liban face à Israël ou à cause de l’influence iranienne croissante sur les événements qui se déroulent dans la région. En effet, l’Iran a réussi à résister face aux fortes pressions internationales visant à marginaliser la majorité des Etats arabes, augmentant ainsi les probabilités d’une guerre nucléaire. Seulement, tout ceci ne justifie pas de croire naïvement aux prétentions selon lesquelles les chiites seraient répandus en Egypte. Il est sûr que rares sont ceux qui connaissent les rites et les cérémonies religieux des chiites. Ces rites proviennent d’une culture totalement différente de l’islam sunnite et qui sont nés dans des circonstances historiques et sociales très anciennes. Il est donc impossible de les faire propager dans n’importe quel pays d’un jour à l’autre.

Il n’est dans l’intérêt de personne que les relations entre l’Egypte et l’Iran se transforment en hostilité affichée qui abaisserait le différends politique à un niveau d’insultes et d’accusations. Cela mènerait à nier le rôle de la civilisation perse et de la culture iranienne comme partie intégrante de la civilisation islamique. C’est à cause de cette ignorance et de cette naïveté que nous en arrivons à oublier qui sont nos réels ennemis, ceux qui occupent nos terres et violent nos lieux saints.

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