Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs | Fans d’hier et d’aujourd’hui
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Nulle part ailleurs

Ras Al-Bar. Ce site balnéaire prestigieux d’antan fait aujourd’hui peau neuve. Au fil des ans, l’île a connu plusieurs mutations et a perdu sa gloire du passé pour devenir une destination pour tous même relookée.

Fans d’hier et d’aujourd’hui 

Entendre parler des travaux de rénovation à la station balnéaire de Ras Al-Bar, en particulier au cap, et mourant d’envie de voir comment est devenue cette prestigieuse plage d’antan rendue tristement célèbre ces derniers temps par le projet d’installation de l’usine de pétrochimie Agrium — qui a provoqué des vagues de protestations ces derniers mois — les raisons ne manquaient pas pour prendre la route vers Ras Al-Bar située à environ 350 km au nord du Caire. Dès que l’on commence à percevoir une langue de terre entre l’embouchure du Nil et la mer, à sentir l’odeur de l’iode, cela signifie qu’on est arrivé à destination.

Une station balnéaire, pas du tout comme les autres. La sirène des plages comme la qualifie l’un de ses anciens habitants, Al-Sayed Hassan Abou-Tabl, et la seule, car le reste ne constitue que des duplicatas (comme le répète fièrement l’un des passionnés de l’île de Ras Al-Bar marquée par une longue histoire). Bien située au nord du Caire, en forme de triangle entre le Nil et la mer Méditerranée, elle est réputée pour sa fraîcheur, sa simplicité, sa beauté et son calme. Cette île fut le lieu de prédilection des aristocrates au début du siècle dernier. Et comme le raconte l’histoire, les princesses de la famille royale fréquentaient cette plage privilégiée. Des cérémonies et des compétitions sportives y avaient lieu et des concours de beauté étaient organisés dans les casinos de la belle Ras Al-Bar, très prisée par les grandes stars de la chanson comme Oum Kalsoum, Asmahane et Abdel-Halim. Au fil des ans, cette belle station balnéaire a connu des changements, des hauts comme des bas. D’une année à l’autre, elle a commencé à accueillir plus de monde, toutes classes confondues. Au cours des dernières vacances de Cham Al-Nessim (fête du printemps), Ras Al-Bar a enregistré plus de deux millions de visiteurs. Expansion architecturale, nombreuses installations, différents services et infrastructure de tout genre ont fait que la station a pris de la superficie.

Mais avec le temps, Ras Al-Bar a perdu de sa sérénité et de son prestige pour devenir l’une des stations les plus surpeuplées, puisqu’elle est à la portée de toutes les bourses. Ses plages ont changé d’allure et sont présentées en photos comme étant les plus populaires. Plutôt une aubaine pour les pauvres. Cependant, elle a conservé ses fans d’hier et d’aujourd’hui qui, dès qu’ils entendent parler d’elle, ils éprouvent une certaine nostalgie du bon vieux temps. La sirène des plages se présente aujourd’hui sous un nouveau look. Des travaux de rénovation sur le cap qui sépare le fleuve de la mer ont eu lieu. Un phare enjolivé et une langue de terre dallée offrent une vue splendide. Pas de vendeurs ambulants sur cette pointe de terre uniquement réservée aux promeneurs. Là, il est interdit de se balader avec un casse-croûte à la main ou d’emporter n’importe quelle nourriture. Des restrictions sévères qui font que toute transgression est passible d’une amende de 100 L.E. Un endroit où il a été prévu d’autres projets. Un premier hôtel 5 étoiles à Ras Al-Bar est en voie de construction cerné par ce panorama magnifique. Des cafétérias et deux cinémas sont prévus également. De la propreté et beaucoup d’organisation sur la rue Port-Saïd, avenue principale de Ras Al-Bar, bien répartie et divisée avec, tout au long de l’artère, des panneaux indiquant diverses directions, vers le cap, la mer, les 8 souks essentiels, l’hôpital, etc. De part et d’autre de l’avenue, deux lignes de villas au style architectural singulier, des hôtels, des cafétérias, des restaurants et même un parc d’attraction et un cirque. Tous les moyens de divertissements sont disponibles à Ras Al-Bar.

 

Les traditions restent vivaces

Et pour les estivants qui cherchent un peu d’intimité, loin des milliers d’estivants qui affluent sur les plages publiques, une plage privée a été conçue et cernée de palmiers et réservée aux femmes de 6h à 10h du matin. Des changements qui commencent à attirer une certaine catégorie d’estivants qui veulent échapper au brouhaha et à la grande affluence de Ras Al-Bar. Par exemple, à Al-Nakhil, les vendeurs ambulants et les célibataires sont interdits d’accès. Alaa Khater, ingénieur, semble profiter pleinement de la mer avec sa petite famille. Originaire du gouvernorat de Charqiya, il avait l’habitude de se rendre avec sa femme Imane, professeure à l’université, et ses enfants durant les vacances d’été à Ras Sedr, au bord de la mer Rouge. Cette année, ils ont décidé de venir à Ras Al-Bar après avoir entendu parler des changements qui s’y sont opérés. « Et nous ne l’avons pas regretté », explique Alaa, tout en ajoutant que la ville a beaucoup embelli, elle est plus propre et plus illuminée le soir. « Une plage comme Al-Nakhil peut attirer une certaine catégorie d’estivants qui n’ont pas les moyens de s’offrir des vacances sur la Côte-Nord et qui veulent faire plaisir à leurs enfants », dit-il.

Une aubaine pour les budgets moyens ou limités, mais aussi pour une certaine classe huppée. Les riches commerçants de Damiette et Mansoura viennent passer l’été à Ras Al-Bar et possèdent des villas somptueuses donnant sur la mer. Là, un appartement se loue entre 500 et 600 L.E. par nuit et parfois plus. A Ras Al-Bar, les Hyundai côtoient les Mercedes dernier cri. « Là, un estivant peut séjourner une nuit à 70 L.E. ou 1 000 L.E. et se nourrir à 10 L.E., mais aussi à 100 L.E. Une station balnéaire à la portée de toutes les bourses », explique Racha, traductrice qui vient de passer deux jours à Ras Al-Bar, curieuse de découvrir les secrets de cette plage. Profiter du cap, séjourner dans un hôtel bien équipé, faire une croisière sur le Nil contre 1 L.E. par personne, manger une glace pour 50 pts et offrir un petit tour en moto à ses enfants contre 1 L.E., des avantages qui distinguent cette station des autres. Cependant, pour Racha, il est difficile de rester plus de deux jours avec ce grand nombre d’estivants au comportement quelque peu bizarre. En fait, de modestes villageois qui affluent de différentes régions du Delta, constituent la majorité des estivants à Ras Al-Bar. Ils se jettent à la mer avec leurs vêtements. Des plages publiques envahies par des vendeurs ambulants venus de Damiette, de Mansoura et de différents villages pour gagner leur pain. On y vend de tout, des friandises jusqu’aux cartables et les marmites bordent le rivage. Chacun en profite à sa manière.

 

Tous les goûts sont à Ras Al-Bar

Une catégorie d’estivants restée fidèle à Ras Al-Bar et qui vient trouver refuge au bord de la mer sans pour cela trop dépenser. Des personnes aux budgets restreints qui semblent profiter du changement qui s’est opéré à Ras Al-Bar. Cependant, certains trouvent à dire. Le cas de Awad, musicien qui vient passer trois mois à Ras Al-Bar avec sa famille. Il pense que tous ces changements n’ont fait qu’augmenter les prix du loyer à Ras Al-Bar. Et pour compenser cela, il essaye de vendre quelques pacotilles sur la rue commerciale de Ras Al-Bar (rue du Nil). D’autres pensent que les changements ont eu lieu dans certains endroits centraux et que d’autres manquent encore de services. Yasser Al-Mallah, un Cairote qui vient louer une cafétéria sur l’une des plages publiques pour l’été, s’indigne aussi. « Le nouveau look de Ras Al-Bar a fait flamber le prix du loyer et je ne cesse d’enregistrer des pertes. De plus, sur cette plage et d’autres, il n’y a pas de toilettes publiques, les douches sont en plein air. Où les femmes et les enfants peuvent-ils se changer ou aller aux toilettes ? », s’interroge-t-il, tout en ajoutant que les surfaces réservées aux toilettes publiques ont été utilisées pour d’autres projets laissant les estivants mendier cet espace intime.

D’un autre côté, la scène sur le point de terre avec la superbe vue sur la mer et le Nil semble plaire à beaucoup d’estivants qui viennent spécialement pour l’admirer. « Nous sentons l’évolution », explique Yéhia Al-Ridi, homme d’affaires de Damiette qui se promène sur le cap avec sa fiancée. Cette dernière confie qu’elle apprécie l’endroit, mais pense que ce n’est pas Charm Al-Cheikh ni Hurghada. « Cependant, Ras Al-Bar a sa spécificité et son charme propre à elle et surtout sans Agrium qui aurait pu causer bien des dégâts », rétorque Yéhia. Une escapade d’une journée ou deux, c’est suffisant ici, comme le dit Fatma, une Allemande mariée à un guide touristique égyptien. Elle explique qu’elle a beaucoup aimé cet endroit, surtout le cap. Cependant, « c’est difficile de passer des vacances ici, loin des regards inquisiteurs. On ne peut pas nager ni se comporter comme à Charm Al-Cheikh ».

Un avis bien argumenté d’autant qu’il est rare de rencontrer des femmes en maillot de bain sur les plages de Ras Al-Bar, c’est en galabiya, robe ou pantalon qu’elles nagent. Une façon de profiter de la mer tout en gardant leurs corps cachés comme le pensent beaucoup de femmes. Un mode de vie qui fait que Ras Al-Bar a perdu de ses estivants d’antan comme l’explique Abou-Tabl, qui habite la ville depuis 1940. Propriétaire d’un des plus vieux hôtels et d’une pâtisserie, il regrette les bons vieux jours. Il raconte avoir reçu le roi Farouq et sa mère au temps de la gloire de Ras Al-Bar, ce lieu magnifique, calme et qui a fait sa singularité grâce à son emplacement, son calme et surtout ses estivants d’un statut particulier. Aujourd’hui, Ras Al-Bar a beaucoup changé avec ses villas somptueuses, son cap aménagé, mais ses visiteurs ne sont plus les mêmes. Ras Al-Bar a perdu son aspect prestigieux.

Mahmoud Sélim, un autre fan de Ras Al-Bar, explique qu’on y trouvait toujours une certaine ambiance familiale, une quiétude et un paysage vierge qui a commencé à disparaître avec toutes ces constructions modernes. « Autrefois le taftaf, un tricycle qui roule sur des rails, assurait le transport dans la ville. Aujourd’hui, il a été remplacé par le minibus qui a gardé le même nom. De même, les galabiyas et les melaya laf étaient interdites sur les plages de la station balnéaire », dit-il. Aujourd’hui, être en maillot de bain n’est pas de mise même si cela n’est pas dit ouvertement. D’autres genres de vacanciers qui imposent leur propre code. D’autres encore comme Tareq et Khaled, des jeunes de Mansoura, viennent passer leur soirée à Ras Al-Bar avec leurs voitures huppés et leurs amis. Mais « pas question de fréquenter les plages surpeuplées », disent-ils. Le soir, dans la rue commerciale du Nil, tout le long de la langue de terre, les gens de tous bords se côtoient, les avis divergent mais Ras Al-Bar restera toujours la plage qui n’est interdite à personne et ouvre ses bras à tous les estivants, ou comme la qualifie Sayed Khachaba, chef du conseil de la ville : « Une grande maison de famille qui accueille chaleureusement ses visiteurs, où ils peuvent profiter pleinement de la mer en toute sécurité ».

Doaa Khalifa

 




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