Al-Ahram Hebdo, Monde Arabe | Dans l’expectative
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Soudan. Rejets, approbations, réserves, inquiétudes. Des réactions très diverses ont suivi la demande par le procureur de la CPI d’un mandat d’arrêt contre Béchir. 

Dans l’expectative 

Malgré leur diversité, les différentes réactions aux accusations portées contre Béchir sont marquées par l’inquiétude quant à l’avenir du Soudan. Tout d’abord, la demande du procureur de la CPI met la Ligue arabe et l’Union Africaine (UA) dans l’embarras. D’où des réactions jusque-là mesurées. Ou presque pas de réactions d’ailleurs. En effet, pour l’heure, la Ligue arabe s’est contentée de répondre à l’appel de Khartoum et d’annoncer la tenue d’une réunion d’urgence. « Il a été décidé qu’une réunion d’urgence des ministres arabes des Affaires étrangères se tiendrait samedi au siège de la Ligue au Caire », a affirmé à la presse le chef de cabinet du secrétaire général de la Ligue, Hicham Youssef. La réunion, qui doit examiner « les derniers développements de la relation entre la CPI et le Soudan », se tiendra à la demande de Khartoum, a-t-il ajouté, précisant que la Syrie, l’Egypte, l’Arabie saoudite, la Libye et l’Autorité palestinienne avaient appuyé la demande soudanaise. Rien de plus. Il faudra donc attendre samedi prochain pour savoir quelle position prendront les Arabes.

Côté africain, pas mieux, mis à part les 25 pays de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad), qui ont clairement rejeté la demande du procureur de la CPI, qui pourrait selon eux « anéantir les efforts de paix menés par des organismes africains ». La présidence tanzanienne de l’UA a ainsi simplement mis en garde lundi contre la possibilité « de coups d’Etat militaires et d’une anarchie généralisée » au Soudan si le président soudanais était inculpé, rappelant ce qui s’est passé en Iraq. « Nous, au sein de l’Union africaine, nous n’acceptons pas l’impunité, le génocide ou la violence car nous croyons en l’Etat de droit. Mais nous appelons (la CPI) à reporter l’inculpation de Béchir car il y a un risque d’anarchie dans des proportions inconnues jusqu’ici sur ce continent », a déclaré le ministre tanzanien des Affaires étrangères, Bernard Membe, parlant au nom du président de l’UA, le chef de l’Etat tanzanien, Jakaya Kikwete.

L’UA s’est aussi dite lundi inquiète d’une remise en cause des processus de paix en cours au Soudan. « Rien ne doit être fait qui puisse remettre en cause les processus de paix au Soudan », a déclaré à l’AFP El-Ghassim Wane, porte-parole de la commission de l’UA, ajoutant que « des consultations sont en cours pour une réunion d’urgence du Conseil de paix et de sécurité (CPS) au niveau ministériel, qui se tiendra probablement à Addis Abeba ».

Loin des réunions africaines et arabes, la décision du procureur de la CPI a reçu un soutien mesuré de l’Union européenne.

A Bruxelles, le commissaire européen au Développement, Louis Michel, a estimé « important de mettre un terme à l’impunité qui entoure les crimes » au Darfour et a souligné « la nécessité pour le gouvernement du Soudan de coopérer sans réserve avec la CPI », nécessité également affirmée par plusieurs autres responsables européens. La requête de M. Moreno-Ocampo est un « développement majeur » et il appartient à la CPI de l’étudier, a relevé M. Michel, « supposant » que les dossiers du procureur étaient « convaincants ».

Quant aux Etats-Unis, qui ne sont pas partie à la CPI, ils ont réagi avec une grande réserve. « Nous allons suivre la situation à La Haye et examiner ce que le procureur a demandé », a dit un porte-parole de la Maison Blanche, Gordon Johndroe. « Nous appelons instamment toutes les parties à garder le calme ». Le président George W. Bush est « profondément inquiet » de l’insécurité grandissante au Darfour, a ensuite indiqué la Maison Blanche, sans mentionner de commentaire de M. Bush sur l’initiative du procureur de la CPI. La Chine, elle, qui entretient des liens économiques privilégiés avec le Soudan, a exprimé mardi sa « grave inquiétude » et ses « doutes ». Selon Pékin, « les actes de la CPI doivent être bénéfiques à la stabilité du Darfour et à une résolution appropriée du problème, et non l’inverse ».

Avant même la demande du procureur, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, se déclarait très préoccupé par une éventuelle inculpation, évoquant « des répercussions négatives très sérieuses sur l’opération de maintien de la paix, y compris le processus politique ». Finalement, du côté des rebelles, l’annonce a été évidemment accueillie avec enthousiasme.

Des réactions mitigées donc, qui reflètent surtout les intérêts des uns des autres.

Abir Taleb

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