Soudan.
Rejets, approbations, réserves, inquiétudes. Des réactions
très diverses ont suivi la demande par le procureur de la
CPI d’un mandat d’arrêt contre Béchir.
Dans l’expectative
Malgré leur diversité, les différentes réactions aux
accusations portées contre Béchir sont marquées par
l’inquiétude quant à l’avenir du Soudan. Tout d’abord, la
demande du procureur de la CPI met la Ligue arabe et l’Union
Africaine (UA) dans l’embarras. D’où des réactions jusque-là
mesurées. Ou presque pas de réactions d’ailleurs. En effet,
pour l’heure, la Ligue arabe s’est contentée de répondre à
l’appel de Khartoum et d’annoncer la tenue d’une réunion
d’urgence. « Il a été décidé qu’une réunion d’urgence des
ministres arabes des Affaires étrangères se tiendrait samedi
au siège de la Ligue au Caire », a affirmé à la presse le
chef de cabinet du secrétaire général de la Ligue, Hicham
Youssef. La réunion, qui doit examiner « les derniers
développements de la relation entre la CPI et le Soudan »,
se tiendra à la demande de Khartoum, a-t-il ajouté,
précisant que la Syrie, l’Egypte, l’Arabie saoudite, la
Libye et l’Autorité palestinienne avaient appuyé la demande
soudanaise. Rien de plus. Il faudra donc attendre samedi
prochain pour savoir quelle position prendront les Arabes.
Côté africain, pas mieux, mis à part les 25 pays de la
Communauté des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad),
qui ont clairement rejeté la demande du procureur de la CPI,
qui pourrait selon eux « anéantir les efforts de paix menés
par des organismes africains ». La présidence tanzanienne de
l’UA a ainsi simplement mis en garde lundi contre la
possibilité « de coups d’Etat militaires et d’une anarchie
généralisée » au Soudan si le président soudanais était
inculpé, rappelant ce qui s’est passé en Iraq. « Nous, au
sein de l’Union africaine, nous n’acceptons pas l’impunité,
le génocide ou la violence car nous croyons en l’Etat de
droit. Mais nous appelons (la CPI) à reporter l’inculpation
de Béchir car il y a un risque d’anarchie dans des
proportions inconnues jusqu’ici sur ce continent », a
déclaré le ministre tanzanien des Affaires étrangères,
Bernard Membe, parlant au nom du
président de l’UA, le chef de l’Etat tanzanien,
Jakaya
Kikwete.
L’UA s’est aussi dite lundi inquiète d’une remise en cause
des processus de paix en cours au Soudan. « Rien ne doit
être fait qui puisse remettre en cause les processus de paix
au Soudan », a déclaré à l’AFP El-Ghassim
Wane, porte-parole de la
commission de l’UA, ajoutant que « des consultations sont en
cours pour une réunion d’urgence du Conseil de paix et de
sécurité (CPS) au niveau ministériel, qui se tiendra
probablement à Addis
Abeba ».
Loin des réunions africaines et arabes, la décision du
procureur de la CPI a reçu un soutien mesuré de l’Union
européenne.
A Bruxelles, le commissaire européen au Développement, Louis
Michel, a estimé « important de mettre un terme à l’impunité
qui entoure les crimes » au Darfour et a souligné « la
nécessité pour le gouvernement du Soudan de coopérer sans
réserve avec la CPI », nécessité également affirmée par
plusieurs autres responsables européens. La requête de M.
Moreno-Ocampo est un « développement majeur » et il
appartient à la CPI de l’étudier, a relevé M. Michel, «
supposant » que les dossiers du procureur étaient «
convaincants ».
Quant aux Etats-Unis, qui ne sont pas partie à la CPI, ils
ont réagi avec une grande réserve. « Nous allons suivre la
situation à La Haye et examiner ce que le procureur a
demandé », a dit un porte-parole de la Maison Blanche,
Gordon Johndroe. « Nous appelons instamment toutes les
parties à garder le calme ». Le président George W. Bush est
« profondément inquiet » de l’insécurité grandissante au
Darfour, a ensuite indiqué la Maison Blanche, sans
mentionner de commentaire de M. Bush sur l’initiative du
procureur de la CPI. La Chine, elle, qui entretient des
liens économiques privilégiés avec le Soudan, a exprimé
mardi sa « grave inquiétude » et ses « doutes ». Selon
Pékin, « les actes de la CPI doivent être bénéfiques à la
stabilité du Darfour et à une résolution appropriée du
problème, et non l’inverse ».
Avant même la demande du procureur, le secrétaire général de
l’Onu, Ban Ki-moon, se déclarait très préoccupé par une
éventuelle inculpation, évoquant « des répercussions
négatives très sérieuses sur l’opération de maintien de la
paix, y compris le processus politique ». Finalement, du
côté des rebelles, l’annonce a été évidemment accueillie
avec enthousiasme.
Des réactions mitigées donc, qui reflètent surtout les
intérêts des uns des autres.
Abir
Taleb