Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Omar Al-Béchir activement recherché
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Soudan. L’avenir du pays est plus que jamais dans l’incertitude à la suite de l’accusation de génocide émise par le procureur de la Cour pénale internationale contre le président Omar Al-Béchir et la demande d’un mandat d’arrêt contre lui. 

Omar Al-Béchir activement recherché 

Bien que prévisible, l’annonce est tombée comme une foudre. Désormais, le président soudanais Omar Al-Béchir, déjà accusé de tous les maux et mal perçu par les Occidentaux, est ouvertement accusé de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre au Darfour. Le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a demandé lundi aux juges de la CPI d’émettre un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar Al-Béchir pour ces crimes. Le procureur de la CPI table sur une décision d’ici « deux à trois mois », le temps pour permettre aux juges « d’analyser les preuves », d’accepter la demande, la rejeter ou demander plus d’éléments. Il s’agit de la première demande d’arrestation d’un chef d’Etat en exercice devant la CPI, seul tribunal permanent compétent pour juger les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides.

C’est aussi la première fois que le génocide est porté devant ses juges. Selon M. Moreno-Ocampo, le génocide « a été décidé par Béchir lui-même » en ordonnant à ses hommes de « ne pas faire de blessés ou de ramener des prisonniers ». Il l’accuse de meurtre, viol, extermination et déplacement forcés, notamment. Selon le procureur, Béchir « a mobilisé l’ensemble de l’appareil d’Etat » pour mettre « intentionnellement » les 2,5 millions de déplacés dans « des conditions d’existence qui ne pouvaient qu’entraîner leur destruction physique ».

Evidemment, Khartoum, non signataire du traité de Rome ayant créé la CPI, et ne reconnaissant pas la juridiction de la Cour, a immédiatement dénoncé et rejeté l’appel de la CPI. Le vice-président soudanais Ali Osman Taha a qualifié de « fausses et mensongères les allégations du procureur de la CPI », dénonçant une « affaire politique ». Aussi, a-t-il brandi indirectement les menaces de déstabilisation aux conséquences désastreuses au cas où le mandat d’arrêt serait lancé : « Il est clair que si le président de la République ne détient pas entièrement le pouvoir, toutes les décisions du gouvernement nécessitant son approbation seraient alors vaines. Il deviendra impossible de continuer à mettre en œuvre l’accord de paix CPA (qui a mis fin à la guerre dans le Sud-Soudan) ou les autres accords si le président est menacé d’un procès international ».

« Nous sommes en contact avec les différents membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu, notamment la Chine et la Russie », a également dit le vice-président soudanais en parlant des efforts de Khartoum pour bloquer tout mandat d’arrêt formel. Le régime de Khartoum table donc actuellement sur une intervention du Conseil de sécurité de l’Onu pour un report de toutes poursuites d’un an, qui pourraient alors être renouvelées chaque année. Le Soudan pourrait compter sur le soutien de la Russie et de la Chine, qui a déjà averti que toute inculpation de M. Béchir « mettrait en danger » les perspectives de paix, et dont les intérêts économiques au Soudan sont colossaux. Mais d’intenses tractations diplomatiques seraient nécessaires pour empêcher un veto des Etats-Unis.

Déjà, pour faire preuve de bonne volonté, M. Taha a affirmé que la demande de M. Moreno-Ocampo ne va pas dissuader le Soudan de continuer ses efforts pour une solution politique au conflit au Darfour.

 

Coup risqué

Cela veut-il dire que les accusations portées contre le chef de l’Etat soudanais pourraient pousser Khartoum à faire plus de gestes de bonne volonté ? Rien n’est moins sûr. Selon les analystes, ces récentes évolutions pourraient aussi bien détruire les espoirs de paix au Darfour que contraindre Béchir à agir. Cité par l’AFP, Safwat Fanous, professeur de sciences politiques à l’Université de Khartoum, estime que la demande d’un mandat d’arrêt contre le président soudanais est une tentative de « délégitimer et donc de déstabiliser, et même détruire l’Etat soudanais ». Ce qui, selon lui, risque de pousser le gouvernement à « rompre l’accord pour la force hybride (Onu-Union africaine) ou à demander aux Nations-Unies de se retirer ». Certains observateurs estiment également que M. Béchir pourrait répondre à cette humiliation, en freinant le processus démocratique mis en route par l’accord de paix ayant mis fin à la guerre entre le nord et le sud. Les principaux partenaires de M. Béchir au sein de la coalition gouvernementale, les ex-rebelles sudistes du SPLM, sont officiellement pour un respect des demandes de la CPI. Si le régime répondait de manière particulièrement dure, le mouvement serait confronté à un dilemme : rester au pouvoir avec le Congrès national de M. Béchir ou se retirer.

D’ores et déjà, le chef de la diplomatie soudanaise, Deng Alor, un leader du SPLM, a mis en garde contre des réactions radicales telles que l’expulsion de responsables de l’Onu. D’autre part, si un mandat d’arrêt contre M. Béchir était délivré, les responsables de l’Onu et des pays occidentaux pourraient-ils toujours le rencontrer ? L’ancien envoyé des Etats-Unis pour les crimes de guerre et professeur de droit, David Scheffer, a indiqué à l’AFP qu’il n’y avait pas de réponse définitive à cette question, en passe de devenir plus politique que légale. « Les gouvernements sont tenus de coopérer avec la CPI et cela veut généralement dire faciliter l’arrestation d’un responsable sous le coup d’un mandat d’arrêt », a-t-il précisé.

D’autres analystes pensent en outre que l’annonce de lundi pourrait pousser M. Béchir et son parti, attentifs à leurs liens avec le SPLM, à faire des avancées sur l’accord de paix dans le sud pour garder les pays occidentaux de leur côté. Le régime pourrait ainsi remettre d’autres suspects recherchés pour des crimes au Darfour en échange d’un abandon des charges contre M. Béchir. Mais pour l’heure, nul ne sait quel cours suivront les événements.

Abir Taleb

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