Al-Ahram Hebdo, Evénement | Du pain sur la planche …
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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UPM. L’Union pour la Méditerranée a été officiellement lancée dimanche à Paris lors d’un sommet réunissant plus de quarante pays. Une rencontre marquée par un certain retour de la Syrie sur la scène internationale mais aussi par un blocage israélo-palestinien. 

Du pain sur la planche … 

Le sommet de l’Union Pour la Méditerranée (UPM) s’est voulu, le temps d’un dimanche, le symbole du dialogue au-delà de toutes les rivalités. D’entrée de jeu, le président français Nicolas Sarkozy a évoqué les drames et les rêves qui unissent les peuples réunis autour « d’une mer commune ». En effet, autour des présidents français, Nicolas Sarkozy, et égyptien, Hosni Moubarak, coprésidents de l’UPM, se trouvaient 43 chefs d’Etat et de gouvernement, dont le Syrien Bachar Al-Assad, le Palestinien Mahmoud Abbass et l’Israélien Ehud Olmert.

« C’est une grande satisfaction de vous annoncer que le premier sommet de l’UPM s’est terminé et a pu adopter une déclaration à l’unanimité », a déclaré en grande pompe M. Sarkozy lors d’une conférence de presse. Tout en ajoutant : « Nous en avions rêvé, l’Union pour la Méditerranée est maintenant une réalité ». Le coprésident de l’Union pour la Méditerranée, le chef d’Etat égyptien Hosni Moubarak, a lui salué « les débats très intenses » qui ont eu lieu pendant le sommet et s’est dit « certain, que cette union, cette initiative sera fructueuse ». « Nous sommes certains que de nouvelles pages dans cette coopération s’ouvriront qui pourront nous mener vers plus de paix », a-t-il dit.

Or, c’est là la question la plus importante et la plus délicate. Pour le moment, le sommet constitutif de l’UPM a officiellement lancé six projets autour de la dépollution de la Méditerranée, les autoroutes de la mer, la protection civile, l’énergie solaire, la création d’une université euro-méditerranéenne et le développement des entreprises. Rien concernant le plan politique donc. Et, comme l’a déclaré le président français lui-même, « on a du pain sur la planche ». « Mais aujourd’hui la voie est ouverte et ça, personne ne peut nous le retirer. C’est ce dont on avait rêvé, et maintenant ce rêve devient réalité », a dit M. Sakozy.

Or, sur le plus plan politique, après une note d’espoir, le sommet de Paris s’est achevé sur un « blocage » de dernière minute entre Israéliens et Palestiniens. C’est le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui en a fait état lundi d’un « blocage » sur les ondes de Europe 1. Concernant le conflit israélo-palestinien, le passage politique de la déclaration finale renvoie uniquement aux conclusions de la réunion de Lisbonne en novembre 2007, et au processus d’Annapolis. Rien de nouveau donc mis à part des déclarations de bonne volonté de part et d’autre. Le président Moubarak a souhaité que « cette nouvelle phase » de coopération ouverte par l’UPM « soit la phase de la paix, de la paix au Proche-Orient ». Le premier ministre israélien Ehud Olmert a lui déclaré dimanche, après une entrevue avec M. Abbass, qu’Israéliens et Palestiniens n’avaient « jamais été aussi proches d’un accord » de paix. Pourtant, concrètement parlant, les négociations n’ont connu aucun progrès. Censés aboutir avant la fin de l’année, les pourparlers achoppent toujours sur des questions-clés comme la poursuite de la colonisation juive en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

 

Fin de l’isolement de Damas

Cependant, le sommet de l’UPM a été marqué par la présence autour de la même table de M. Assad et M. Olmert. La Syrie et Israël, formellement en guerre depuis 1948, sont engagés depuis peu dans des pourparlers indirects par l’intermédiaire de la Turquie. Et surtout par un retour de Damas sur la scène politique internationale.

En effet, le rétablissement de relations diplomatiques entre Beyrouth et Damas (voir encadré) vient à point nommé pour les trois parties, libanaise, française et syrienne. Le Liban a besoin de faire preuve de sa capacité de transcender ses différends internes et de se donner davantage à ses relations bilatérales avec son voisin, et ce après des mois de vacance présidentielle et des semaines de divergences sur la formation du cabinet ministériel. Pour la France, M. Sarkozy veut prouver le rôle-clé qu’il joue dans la région et montrer à ceux qui se sont opposés à l’idée de l’Union pour la Méditerranée qu’ils avaient tort, tout en tirant profit de l’influence syrienne sur l’Iran. Finalement, le réchauffement Beyrouth-Damas profite à la Syrie, tant critiquée sur la scène internationale, pour sortir de son isolement. La preuve en est que le président Sarkozy a annoncé qu’il se rendrait à Damas en septembre. Ce voyage, évoqué depuis plusieurs jours par son entourage, met un terme à la quarantaine imposée par la communauté internationale et la France, après l’assassinat en février 2005 de l’ex-premier ministre libanais Rafiq Hariri. Ce sera la première visite d’un président français en Syrie depuis celle de Jacques Chirac en octobre 2002.

Le prédécesseur de Nicolas Sarkozy avait décidé de geler les relations franco-syriennes en 2005 à la suite de l’attentat qui a coûté la vie à Hariri cette année-là à Beyrouth, attentat dans lequel la Syrie est soupçonnée d’avoir trempé, même si Damas a toujours nié y avoir été mêlé.

Bachar Al-Assad a demandé à la France de co-parrainer le moment venu avec les Etats-Unis des négociations directes entre la Syrie et Israël, qui en sont encore au stade de pourparlers indirects par le truchement de la Turquie.

« Il a demandé à ce que la France soit partie prenante le jour où des négociations directes auront lieu, aux côtés des Etats-Unis, comme parrain, en quelque sorte (...), comme témoin, comme médiateur », a déclaré Nicolas Sarkozy. Cette participation de la France s’étendrait à la mise en œuvre d’un éventuel accord, y compris pour les arrangements de sécurité qui pourraient être nécessaires, précise un communiqué franco-syrien. Le président français a fait part de la disponibilité de la France à répondre à toute demande en ce sens.

Le sommet de l’UPM est donc avant tout un succès pour le président français. Mais comme l’estiment les observateurs, ce n’est qu’un début. Nombreux sont en effet ceux qui craignent que le rêve de M. Sarkozy finisse par connaître le même sort que la Déclaration de Barcelone, qui a achoppé sur le conflit israélo-arabe.

Abir Taleb

 




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