Ellen Johnson Sirleaf, présidente
du Liberia, récemment en visite en Egypte, explique les défis de son pays ainsi
que ses relations avec le monde arabe.
« Nos relations avec quelques pays
arabes sont beaucoup plus fortes qu’avec Israël »
Al-Ahram Hebdo : Vous êtes la première
femme présidente de la république dans l’histoire de votre pays. Comment
avez-vous réussi à gagner la confiance des électeurs libériens et que
pensez-vous faire pour la cause de la femme dans votre pays ?
Ellen Johnson Sirleaf : J’ai réussi à gagner la confiance de mon peuple parce
que j’ai commencé l’action politique et la lutte depuis de longues années. J’ai
été emprisonnée à deux reprises et j’ai consacré de nombreuses années de mon
existence à changer les conjonctures au Liberia.
Depuis
mon élection, un grand intérêt est désormais accordé au statut de la femme. Elle
est représentée dans les divers secteurs. Au Liberia, la femme est à la tête de
nombreux portefeuilles comme ceux des Affaires étrangères, des Finances, du
Commerce, du Genre et du Sport. Cependant, la représentation de la femme dans
la justice est encore faible. La femme a donc besoin de travailler avec force
dans ce domaine afin de réaliser le principe de la parité et de l’équité des
chances. Cependant, la femme libérienne souffre encore de violence. En effet,
les cas de viol sont malheureusement répandus.
Il est
devenu impératif d’accorder un intérêt croissant à l’amélioration du statut de
la femme afin qu’elle puisse prendre part au processus de développement et
participer efficacement à la sécurité et à la stabilité mondiales.
— Comment les pays africains
peuvent-ils profiter de l’expérience démocratique du Liberia ?
— Il
faut tout d’abord œuvrer à instaurer la paix dans le pays ainsi qu’avec tous
les pays voisins. C’est ce que nous avons réussi à faire et c’est une condition
nécessaire pour bâtir les pays après cela. Nous avons aussi réussi à réduire
les dettes. Nous espérons que la communauté internationale continuera à nous
soutenir afin que nous devenions un modèle prouvant qu’il est possible de
mettre un terme aux conflits et de compter sur ses propres ressources. Même à
la sortie des guerres, il est possible de réussir si la volonté politique
existe.
— L’Onu poursuit-elle son action au
Liberia ? Comment percevez-vous son rôle ?
—
L’Onu a joué un rôle important pour nous soutenir. Les Casques bleus sont
toujours présents au Liberia, car les forces de sécurité nationales sont encore
dans une étape préliminaire. Nous construisons actuellement une nouvelle armée
et nous avons besoin de trois années pour la former. Partant, l’Onu est un
partenaire important pour la préservation de la sécurité des citoyens, car des
actes de violence sont encore perpétrés. Des centaines de jeunes ont passé plus
de temps dans les guerres que dans les écoles. Les faire passer de la violence
au travail, diriger leurs énergies vers le travail bénéfique et
l’épanouissement de leurs talents représentent un grand défi. Partant, la
présence de l’Onu est très importante pour nous.
— Votre visite à Israël l’année
dernière, qui est la première d’un président du Liberia, a soulevé de vives
polémiques dans les milieux politiques ?
— J’ai
visité Israël pour participer à la conférence des femmes israélo-palestiniennes
pour le soutien de la paix. Mais j’ai aussi visité Ramallah, j’ai rencontré le
président palestinien Mahmoud Abbass et j’ai tenu à visiter le tombeau du
président Yasser Arafat.
— Mais vous avez signé des conventions
avec Israël ?
— Je
n’ai pas signé de conventions avec Israël. L’objectif de ma visite était de
répondre à l’invitation de l’Organisation des femmes israélo-palestiniennes
pour le soutien de la paix.
— Qu’en est-il donc de votre
coopération avec Israël dans le domaine sensible des diamants ?
— Un
accord de coopération a été conclu au cours de cette visite. La ministre
libérienne de l’Energie et des Métaux a conclu avec le président de
l’institution du diamant en Israël un mémorandum pour le soutien du secteur du
diamant au Liberia. En effet, Israël possède une longue expérience dans ce
domaine et le Liberia a besoin de développer ce secteur, car il représente une
source importante de revenus pour le pays.
— Beaucoup d’observateurs croient
cependant que vos relations avec Israël interviennent aux dépens de vos
relations avec les pays arabes.
— Bien
au contraire, nos relations avec certains pays arabes sont beaucoup plus fortes
que celles avec Israël. Nos relations avec la Libye par exemple sont beaucoup
plus fortes que celles avec Israël. Une compagnie conjointe œuvrant dans le
domaine des investissements et de la construction a été créée entre la Libye et
le Liberia.
— Qu’en est-il de la coopération avec
l’Egypte, surtout que le Liberia passe par une phase de reconstruction ?
— Les
relations libériennes avec l’Egypte sont historiques. De nombreux Libériens
étudient dans les universités égyptiennes, notamment à l’université d’Al-Azhar.
De nombreux domaines de coopération peuvent être développés avec l’Egypte,
notamment en ce qui concerne l’infrastructure et la reconstruction.
L’Egypte
a également contribué aux forces de l’Onu pour le maintien de la paix au
Liberia. Elle nous a envoyé des aides alimentaires durant les périodes de crise
que nous avons vécues. Nous coopérons également dans le domaine de la
formation.
— La coopération arabo-africaine a
occupé une place importante dans les travaux de la Conférence de l’Union
africaine. Qu’en pensez-vous ?
— Je
pense qu’on a beaucoup à faire dans ce domaine. Nous avons préservé nos
relations avec les pays qui nous avaient occupés. Pourquoi donc ne pas
renforcer les relations entre nous ? Nous avons besoin de trouver une formule
pour activer les domaines de coopération arabo-africains. Je pense que les
réunions de l’Union africaine sont une occasion propice pour renforcer la
coopération avec les pays arabes membres de l’Union africaine.
— Comment les pays africains
peuvent-ils faire face à l’injustice du système mondial dans le domaine du
commerce, surtout après l’échec des discussions de Doha ?
— Les
pays en développement, et notamment les pays africains, souffrent de la
libéralisation du commerce à cause du soutien que présentent les pays
occidentaux à leurs agriculteurs. Le fait qui influe négativement sur les
économies africaines. Je pense que le seul moyen de faire face à ce problème
est de renforcer la complémentarité régionale et continentale, ainsi que la
coopération entre les diverses organisations régionales pour réaliser
l’autosuffisance et le développement durable.
— Comment ceci est-il possible avec la
faiblesse du commerce interafricain ?
— Le
commerce interafricain est en effet très faible. Nous devons donc remédier aux
problèmes qui entravent les échanges commerciaux et les investissements dans le
continent africain, surtout la faiblesse de l’infrastructure et des réseaux de
transport.
Propos recueillis par Marwa Tewfiq