Al-Ahram Hebdo,Invité | Ellen Johnson Sirleaf, « Nos relations avec quelques pays arabes sont beaucoup plus fortes qu’avec Israël »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Invité

Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia, récemment en visite en Egypte, explique les défis de son pays ainsi que ses relations avec le monde arabe.  

« Nos relations avec quelques pays arabes sont beaucoup plus fortes qu’avec Israël » 

Al-Ahram Hebdo : Vous êtes la première femme présidente de la république dans l’histoire de votre pays. Comment avez-vous réussi à gagner la confiance des électeurs libériens et que pensez-vous faire pour la cause de la femme dans votre pays ?

Ellen Johnson Sirleaf : J’ai réussi à gagner la confiance de mon peuple parce que j’ai commencé l’action politique et la lutte depuis de longues années. J’ai été emprisonnée à deux reprises et j’ai consacré de nombreuses années de mon existence à changer les conjonctures au Liberia.

Depuis mon élection, un grand intérêt est désormais accordé au statut de la femme. Elle est représentée dans les divers secteurs. Au Liberia, la femme est à la tête de nombreux portefeuilles comme ceux des Affaires étrangères, des Finances, du Commerce, du Genre et du Sport. Cependant, la représentation de la femme dans la justice est encore faible. La femme a donc besoin de travailler avec force dans ce domaine afin de réaliser le principe de la parité et de l’équité des chances. Cependant, la femme libérienne souffre encore de violence. En effet, les cas de viol sont malheureusement répandus.

Il est devenu impératif d’accorder un intérêt croissant à l’amélioration du statut de la femme afin qu’elle puisse prendre part au processus de développement et participer efficacement à la sécurité et à la stabilité mondiales.

— Comment les pays africains peuvent-ils profiter de l’expérience démocratique du Liberia ?

— Il faut tout d’abord œuvrer à instaurer la paix dans le pays ainsi qu’avec tous les pays voisins. C’est ce que nous avons réussi à faire et c’est une condition nécessaire pour bâtir les pays après cela. Nous avons aussi réussi à réduire les dettes. Nous espérons que la communauté internationale continuera à nous soutenir afin que nous devenions un modèle prouvant qu’il est possible de mettre un terme aux conflits et de compter sur ses propres ressources. Même à la sortie des guerres, il est possible de réussir si la volonté politique existe.

— L’Onu poursuit-elle son action au Liberia ? Comment percevez-vous son rôle ?

— L’Onu a joué un rôle important pour nous soutenir. Les Casques bleus sont toujours présents au Liberia, car les forces de sécurité nationales sont encore dans une étape préliminaire. Nous construisons actuellement une nouvelle armée et nous avons besoin de trois années pour la former. Partant, l’Onu est un partenaire important pour la préservation de la sécurité des citoyens, car des actes de violence sont encore perpétrés. Des centaines de jeunes ont passé plus de temps dans les guerres que dans les écoles. Les faire passer de la violence au travail, diriger leurs énergies vers le travail bénéfique et l’épanouissement de leurs talents représentent un grand défi. Partant, la présence de l’Onu est très importante pour nous.

— Votre visite à Israël l’année dernière, qui est la première d’un président du Liberia, a soulevé de vives polémiques dans les milieux politiques ?

— J’ai visité Israël pour participer à la conférence des femmes israélo-palestiniennes pour le soutien de la paix. Mais j’ai aussi visité Ramallah, j’ai rencontré le président palestinien Mahmoud Abbass et j’ai tenu à visiter le tombeau du président Yasser Arafat.

— Mais vous avez signé des conventions avec Israël ?

— Je n’ai pas signé de conventions avec Israël. L’objectif de ma visite était de répondre à l’invitation de l’Organisation des femmes israélo-palestiniennes pour le soutien de la paix.

— Qu’en est-il donc de votre coopération avec Israël dans le domaine sensible des diamants ?

— Un accord de coopération a été conclu au cours de cette visite. La ministre libérienne de l’Energie et des Métaux a conclu avec le président de l’institution du diamant en Israël un mémorandum pour le soutien du secteur du diamant au Liberia. En effet, Israël possède une longue expérience dans ce domaine et le Liberia a besoin de développer ce secteur, car il représente une source importante de revenus pour le pays.

— Beaucoup d’observateurs croient cependant que vos relations avec Israël interviennent aux dépens de vos relations avec les pays arabes.

— Bien au contraire, nos relations avec certains pays arabes sont beaucoup plus fortes que celles avec Israël. Nos relations avec la Libye par exemple sont beaucoup plus fortes que celles avec Israël. Une compagnie conjointe œuvrant dans le domaine des investissements et de la construction a été créée entre la Libye et le Liberia.

— Qu’en est-il de la coopération avec l’Egypte, surtout que le Liberia passe par une phase de reconstruction ?

— Les relations libériennes avec l’Egypte sont historiques. De nombreux Libériens étudient dans les universités égyptiennes, notamment à l’université d’Al-Azhar. De nombreux domaines de coopération peuvent être développés avec l’Egypte, notamment en ce qui concerne l’infrastructure et la reconstruction.

L’Egypte a également contribué aux forces de l’Onu pour le maintien de la paix au Liberia. Elle nous a envoyé des aides alimentaires durant les périodes de crise que nous avons vécues. Nous coopérons également dans le domaine de la formation.

— La coopération arabo-africaine a occupé une place importante dans les travaux de la Conférence de l’Union africaine. Qu’en pensez-vous ?

— Je pense qu’on a beaucoup à faire dans ce domaine. Nous avons préservé nos relations avec les pays qui nous avaient occupés. Pourquoi donc ne pas renforcer les relations entre nous ? Nous avons besoin de trouver une formule pour activer les domaines de coopération arabo-africains. Je pense que les réunions de l’Union africaine sont une occasion propice pour renforcer la coopération avec les pays arabes membres de l’Union africaine.

— Comment les pays africains peuvent-ils faire face à l’injustice du système mondial dans le domaine du commerce, surtout après l’échec des discussions de Doha ?

— Les pays en développement, et notamment les pays africains, souffrent de la libéralisation du commerce à cause du soutien que présentent les pays occidentaux à leurs agriculteurs. Le fait qui influe négativement sur les économies africaines. Je pense que le seul moyen de faire face à ce problème est de renforcer la complémentarité régionale et continentale, ainsi que la coopération entre les diverses organisations régionales pour réaliser l’autosuffisance et le développement durable.

— Comment ceci est-il possible avec la faiblesse du commerce interafricain ?

— Le commerce interafricain est en effet très faible. Nous devons donc remédier aux problèmes qui entravent les échanges commerciaux et les investissements dans le continent africain, surtout la faiblesse de l’infrastructure et des réseaux de transport.

Propos recueillis par Marwa Tewfiq

 




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