Lac Mariout.
Les Organisations non gouvernementales d’Alexandrie le
protègent de la pollution et du comblement.
Mohamad Abdel-Aziz Al-Guindi,
directeur de l’Association des Amis de l’environnement, fait
le point sur la lutte engagée.
« Des pays construisent des lacs artificiels et nous, nous
détruisons des lacs naturels »
Al-Ahram Hebdo : En tant que directeur de la principale ONG
de défense du lac Mariout à Alexandrie, pouvez-nous dire de
quoi il souffre exactement ?
Mohamad Abdel-Aziz Al-Guindi :
Le lac Mariout fait partie des lacs du nord du Delta comme
Manzala, Edko et Borollos. C’est une ressource naturelle qui
joue un rôle important dans l’équilibre environnemental du
gouvernorat d’Alexandrie. Il est composé de quatre bassins
de 6 000, 5 000, 2 000 et 1 000 feddans. Il s’agit donc
d’une superficie totale comprise entre 15 et 17 000 feddans
en 2008. Mais il faut savoir qu’au début du vingtième
siècle, la superficie de ce lac était de 60 000 feddans.
Ce lac souffre maintenant de tous genres de maux. Il est
victime de la pollution, parce qu’on a commencé en 1986 à y
déverser les eaux usées domestiques et industrielles venant
de 130 usines environ. C’est ce qui a causé les dégradations
organiques dont souffre le fond du lac. Et c’est la cause
directe de la diminution critique de la quantité de
poissons. Outre la pollution, cette ressource naturelle
souffre aussi de beaucoup de travaux de comblement et
d’assèchement, qui ont diminué d’une façon terrifiante sa
superficie. On comble les terrains, les abords du lac pour
construire des maisons ou des usines ! Et récemment, ce sont
des responsables du gouvernorat d’Alexandrie qui ont voulu
combler le bassin de 1 000 feddans pour construire une
nouvelle ville qu’ils veulent appeler Nouvelle Alexandrie !
Ils ont oublié tout le désert qui s’étend d’Alexandrie à
Salloum pour ne penser qu’à cette partie du lac pour
construire leur nouvelle ville !
— Comment faut-il lutter contre ces menaces ?
— D’abord, il faut rappeler que toutes les pollutions
actuelles du lac Mariout sont considérées comme la violation
de plusieurs lois : la loi n°48 de 1982 stipulant la
sauvegarde du Nil et des cours d’eau, la loi n°124
promulguée en 1983 pour réguler la pêche et la pisciculture
et la loi n°4 de 1994 pour la protection de l’environnement
maritime. L’Association des Amis de l’environnement lutte
contre toutes ces violations pour sauver ce qui reste de ce
lac. La lutte des ONG consiste en des procès intentés devant
différents tribunaux pour faire annuler toute autorisation
accordée de construction, soit d’usines soit d’habitations.
Le problème que nous affrontons est que dans la majorité des
cas, les décisions rendues par les tribunaux ne sont pas
exécutées. Et c’est la raison pour laquelle la lutte de la
société civile à Alexandrie consiste à jouer un rôle
important dans la sensibilisation du public, afin qu’il
défende lui-même ses intérêts. Nous ne sommes pas les seuls
à faire face à ces difficultés. Des organismes
internationaux comme le Fonds pour l’Environnement Mondial
(FEM) a aussi beaucoup de mal à travailler pour la
protection du lac Mariout.
— A quel genre de difficulté le FEM fait-il face en ce
moment ?
— En fait, le lac Mariout est soumis à trois autorités. Il
s’agit du ministère d’Etat pour les Affaires de
l’environnement, le ministère de l’Irrigation et des
Ressources hydriques et l’Autorité générale pour le
développement des ressources poissonnières qui relève du
ministère de l’Agriculture et de la Bonification des terres.
Trois instances gouvernementales qui n’arrivent pas à
protéger ce lac contre les dangers qui le menacent. Le FEM
se demande à qui il doit s’adresser et avec qui il doit
coopérer pour mettre un terme à tout cela ? En effet,
l’intérêt à agir du FEM tient du fait que la lac Mariout
donne sur la Méditerranée du côté du golfe de Max. Et donc
le lac est considéré comme une source de pollution pour
l’environnement de la Méditerranée. Le FEM veut faire cesser
toute source de pollution dont font partie les autres lacs
du nord du Delta. Les projets de cette instance
internationale consistent à diminuer au maximum la pollution
du lac Mariout. C’est cela qui pourra aider à l’amélioration
de la quantité des poissons ainsi qu’à aider les pêcheurs à
surmonter leurs difficultés.
— Et comment la communauté des pêcheurs réagit-elle face à
tous ces problèmes ?
— Pour ce qui est des pêcheurs, leur nombre diminue de jour
en jour. Leur seule solution est d’abandonner leur métier et
d’en trouver un autre qui les fasse vivre. Que peuvent-ils
faire d’autre alors qu’ils assistent à ces violations de la
loi et au comblement du lac au su et au vu de tous les
responsables du gouvernorat et du pays, sans réaction aucune
? Les Egyptiens devraient vraiment avoir honte ! Il existe
des pays dans le monde qui créent et construisent des lacs
artificiels, et nous en Egypte, nous détruisons des lacs
naturels ! Malheureusement, les intérêts des investisseurs
en Egypte précèdent ceux de l’Etat et du peuple. C’est
triste, mais je dois le dire quand même : le quartier de
Smouha et l’hypermarché Carrefour sont bâtis sur un espace
anciennement occupé par le lac ! Alexandrie n’est pas loin
de Damiette qui a lutté contre la construction de l’usine
Agrium. Elle luttera elle aussi pour sauvegarder Mariout.
Propos recueillis par Racha Hanafi