Al-Ahram Hebdo,Environnement | Mohamad Abdel-Aziz Al-Guindi,« Des pays construisent des lacs artificiels et nous, nous détruisons des lacs naturels »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Environnement

Lac Mariout. Les Organisations non gouvernementales d’Alexandrie le protègent de la pollution et du comblement. Mohamad Abdel-Aziz Al-Guindi, directeur de l’Association des Amis de l’environnement, fait le point sur la lutte engagée.  

« Des pays construisent des lacs artificiels et nous, nous détruisons des lacs naturels » 

Al-Ahram Hebdo : En tant que directeur de la principale ONG de défense du lac Mariout à Alexandrie, pouvez-nous dire de quoi il souffre exactement ?

Mohamad Abdel-Aziz Al-Guindi : Le lac Mariout fait partie des lacs du nord du Delta comme Manzala, Edko et Borollos. C’est une ressource naturelle qui joue un rôle important dans l’équilibre environnemental du gouvernorat d’Alexandrie. Il est composé de quatre bassins de 6 000, 5 000, 2 000 et 1 000 feddans. Il s’agit donc d’une superficie totale comprise entre 15 et 17 000 feddans en 2008. Mais il faut savoir qu’au début du vingtième siècle, la superficie de ce lac était de 60 000 feddans.

Ce lac souffre maintenant de tous genres de maux. Il est victime de la pollution, parce qu’on a commencé en 1986 à y déverser les eaux usées domestiques et industrielles venant de 130 usines environ. C’est ce qui a causé les dégradations organiques dont souffre le fond du lac. Et c’est la cause directe de la diminution critique de la quantité de poissons. Outre la pollution, cette ressource naturelle souffre aussi de beaucoup de travaux de comblement et d’assèchement, qui ont diminué d’une façon terrifiante sa superficie. On comble les terrains, les abords du lac pour construire des maisons ou des usines ! Et récemment, ce sont des responsables du gouvernorat d’Alexandrie qui ont voulu combler le bassin de 1 000 feddans pour construire une nouvelle ville qu’ils veulent appeler Nouvelle Alexandrie ! Ils ont oublié tout le désert qui s’étend d’Alexandrie à Salloum pour ne penser qu’à cette partie du lac pour construire leur nouvelle ville !

— Comment faut-il lutter contre ces menaces ?

— D’abord, il faut rappeler que toutes les pollutions actuelles du lac Mariout sont considérées comme la violation de plusieurs lois : la loi n°48 de 1982 stipulant la sauvegarde du Nil et des cours d’eau, la loi n°124 promulguée en 1983 pour réguler la pêche et la pisciculture et la loi n°4 de 1994 pour la protection de l’environnement maritime. L’Association des Amis de l’environnement lutte contre toutes ces violations pour sauver ce qui reste de ce lac. La lutte des ONG consiste en des procès intentés devant différents tribunaux pour faire annuler toute autorisation accordée de construction, soit d’usines soit d’habitations. Le problème que nous affrontons est que dans la majorité des cas, les décisions rendues par les tribunaux ne sont pas exécutées. Et c’est la raison pour laquelle la lutte de la société civile à Alexandrie consiste à jouer un rôle important dans la sensibilisation du public, afin qu’il défende lui-même ses intérêts. Nous ne sommes pas les seuls à faire face à ces difficultés. Des organismes internationaux comme le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) a aussi beaucoup de mal à travailler pour la protection du lac Mariout.

— A quel genre de difficulté le FEM fait-il face en ce moment ?

— En fait, le lac Mariout est soumis à trois autorités. Il s’agit du ministère d’Etat pour les Affaires de l’environnement, le ministère de l’Irrigation et des Ressources hydriques et l’Autorité générale pour le développement des ressources poissonnières qui relève du ministère de l’Agriculture et de la Bonification des terres. Trois instances gouvernementales qui n’arrivent pas à protéger ce lac contre les dangers qui le menacent. Le FEM se demande à qui il doit s’adresser et avec qui il doit coopérer pour mettre un terme à tout cela ? En effet, l’intérêt à agir du FEM tient du fait que la lac Mariout donne sur la Méditerranée du côté du golfe de Max. Et donc le lac est considéré comme une source de pollution pour l’environnement de la Méditerranée. Le FEM veut faire cesser toute source de pollution dont font partie les autres lacs du nord du Delta. Les projets de cette instance internationale consistent à diminuer au maximum la pollution du lac Mariout. C’est cela qui pourra aider à l’amélioration de la quantité des poissons ainsi qu’à aider les pêcheurs à surmonter leurs difficultés.

— Et comment la communauté des pêcheurs réagit-elle face à tous ces problèmes ?

— Pour ce qui est des pêcheurs, leur nombre diminue de jour en jour. Leur seule solution est d’abandonner leur métier et d’en trouver un autre qui les fasse vivre. Que peuvent-ils faire d’autre alors qu’ils assistent à ces violations de la loi et au comblement du lac au su et au vu de tous les responsables du gouvernorat et du pays, sans réaction aucune ? Les Egyptiens devraient vraiment avoir honte ! Il existe des pays dans le monde qui créent et construisent des lacs artificiels, et nous en Egypte, nous détruisons des lacs naturels ! Malheureusement, les intérêts des investisseurs en Egypte précèdent ceux de l’Etat et du peuple. C’est triste, mais je dois le dire quand même : le quartier de Smouha et l’hypermarché Carrefour sont bâtis sur un espace anciennement occupé par le lac ! Alexandrie n’est pas loin de Damiette qui a lutté contre la construction de l’usine Agrium. Elle luttera elle aussi pour sauvegarder Mariout.

Propos recueillis par Racha Hanafi

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L’agriculture à la loupe 

L’imagerie à haute résolution spatiale et temporelle permet d’améliorer l’étude de l’espace agricole. Cette technique consiste à avoir des séries d’images acquises par satellite au rythme d’une prise de vue tous les cinq jours tout au long d‘une même saison agricole. Il s’agit d’une nouvelle étude menée par une équipe de l’Institut de Recherches pour le Développement (IRD), en coopération avec le satellite taïwanais FORMOSAT-2 et le Centre National des Etudes Spatiales (CNES). Vu que l’agriculture irriguée contribue à la sécurité alimentaire de nombreux pays et que d’après l’Organisation des Nations-Unies pour l‘alimentation et l’agriculture (FAO), l’irrigation concerne un peu moins de 20 % des terres cultivées et fournit 40 % de la production agricole mondiale, les chercheurs se sont penchés sur deux régions agricoles où les exploitants font largement appel à l’irrigation : la plaine du Tensift située au centre du Maroc, autour de Marrakech, et la vallée de Yaqui dans l’Etat du Sonora au nord-ouest du Mexique. Dans un premier temps, l’exploitation de ces données satellites a permis de restituer l’usage du sol avec un excellent degré de discrimination des différents types de cultures. La disponibilité de nombreuses observations autorise également un suivi très précis du couvert végétal au fil du temps. En fait, cette technique d’observation rend possible le suivi des opérations (semis, labours, irrigation, récolte, ….) qui se succèdent tout au long d’une saison agricole. En mettant ces informations à disposition des centres locaux chargés de la gestion agro-environnementale, il est donc envisageable de réorienter très rapidement l’irrigation vers les parcelles qui en ont le plus besoin, mais aussi d’affiner des conseils aux agriculteurs et de leur permettre ainsi d’améliorer sensiblement leurs pratiques culturales.

Racha Hanafi

 




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