Al-Ahram Hebdo, Enquête | Magasins négligés et vendeurs taciturnes
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Enquête

Consommation. Les coopératives de consommation, lieux de vente pour les petites bourses, sont de plus en plus négligées et abandonnées par leurs clients suite à la mauvaise gestion et la hausse des prix.  

Magasins négligés et vendeurs taciturnes

Il suffit de citer le mot « gameaya » (coopératives de consommation), pour qu’une unique image se dessine hâtivement devant nos yeux. Des rayons usés, sur lesquels sont disposées des denrées de première nécessité : des paquets de riz, de sucre, de thé, de farine, de pâtes, des bouteilles d’huile, de boîtes de saindoux, couvertes de poussières et mal enveloppées. Même sur le sol, des marchandises ont pris place. Ici, on a déposé de grands sacs renfermant une vingtaine de paquets de sucre ou de riz et des cartons de bouteilles d’huile. Ces derniers sont encore fermés et on voit et on sent l’huile qui y coule. Il ne s’agit pas d’un entrepôt mais tout simplement d’une des coopératives de consommation ; ces premiers supermarchés égyptiens créés dans les années 1960 avec pour but de permettre des achats à bon prix pour les citoyens. A l’entrée, derrière une vitrine comprenant de la viande congelée, un homme d’une quarantaine d’années donnant son dos à l’entrée est en train de feuilleter son journal à  la lumière du jour.

L’ambiance est très calme, les locaux ne sont pas éclairés, sous prétexte de ne pas attirer les mouches. Le marchand, plus ou moins taciturne, a des regards indifférents. Quant à la clientèle, elle est quasi absente. Rares sont les personnes qui décident d’aller à une association coopérative. Même si quelqu’un décide de le faire, il se contente de jeter seulement un petit coup d’œil sur les prix et part sans rien acheter.

Qu’il s’agisse de la qualité de la marchandise, de sa présentation sur les rayons, des prix élevés, de l’ambiance terne du lieu ou même du vendeur qui ne donne aucun intérêt aux clients, ce sont tous des facteurs qui font fuir la clientèle.

Il existe en Egypte 876 banches des coopératives, qui dépendent de trois sociétés gouvernementales appartenant au ministère de l’Investissement, à savoir Al-Ahram, Al-Nil et Alexandrie (qui se trouve uniquement dans cette ville). La situation est pareille dans presque toutes les branches. En effet, avec la liberté et l’ouverture du marché, ces lieux de vente qui sont destinés à servir les citoyens de la classe pauvre ou moyenne, n’arrivent plus à jouer le rôle qui leur est voulu.

Les conditions de présentation et de stockage ne sont pas respectées. La clientèle qui devrait accepter d’avoir recours à ces coins de vente devrait donc accepter les conditions que lui imposent ces lieux. Une marchandise négligée sur les rayons depuis des semaines, un vendeur  qui se désintéresse tout bien à sa marchandise qu’à ses clients. Pour l’économiste Mamdouh Wali, la main-d’œuvre qui travaille dans ces points de vente est incapable d’exercer ces métiers ni même de communiquer avec les clients. « La personne qui travaille dans cette coopérative de consommation n’est dans le fond qu’un simple fonctionnaire gouvernemental qui touche un salaire à la fin du mois ». Et d’ajouter : « Un simple épicier accorde plus d’importance à son magasin et ses marchandises, car il sait bien que c’est sa seule source de gagne-pain ». En effet, que la marchandise soit vendue ou non intéresse peu le vendeur. Les spécialistes affirment que le vrai problème de ces coopératives est qu’elles sont sous la tutelle gouvernementale. La seule solution est donc qu’elles soient vendues au secteur privé qui prendrait soin de ce projet. C’est d’ailleurs une proposition qui a failli être appliquée à un certain temps, mais le gouvernement a évité d’être accusé de privatisation de sociétés opérant pour le bien des classes défavorisées. Mais ces coopératives semblent avoir failli à leur principale vocation : leurs prix sont aussi chers qu’ailleurs.

 

Prix et relooking

Pour leur part, les clients, comparant ce lieu aux grands supermarchés ou même aux simples épiceries, se rendent compte qu’il n’existe pas d’énormes différences de prix. Ils préfèrent donc payer quelques livres de plus contre une meilleure qualité de marchandises.

Pour Wali, la question des prix en ce qui concerne les coopératives de consommation est pratiquement la même qu’ailleurs. Dans le fond, c’est le marché qui impose ces prix aux coopératives de consommation. « Ni le gouvernement ni ces sociétés ont la possibilité de baisser les prix. Quant au secteur privé, il a tout en main, il baisse les prix de sa marchandise pour attirer des clients et en même temps pour combattre ses concurrents », affirme l’économiste.

Une situation peu favorable qui n’est sûrement pas invisible pour les responsables qui s’en rendent bien compte. En effet, le gouvernement ainsi que la société Holding pour les industries agro-alimentaires ont décidé dernièrement de commencer un plan de développement à tous les niveaux pour toutes les anciennes branches des coopératives de consommation. Ahmad Al-Rakaybi, président directeur général de la société, a affirmé que dans les derniers mois, environ 71 branches se trouvant au Caire et dans les gouvernorats ont été développées et renouvelées, qu’il s’agisse du lieu lui-même ou de la présentation des personnes qui travaillent sur ces lieux. « Tous les points de vente vont être restaurés à tour de rôle. Les sols vont être changés, la place va être repeinte et les rayons vont être changés », affirme-t-il.

D’autre part, 112 nouvelles branches sont actuellement en voie de construction. C’est, comme l’expliquent les responsables, une manière d’essayer de couvrir tous les quartiers égyptiens qui souffrent de l’absence de ces sociétés.

Un plan qui promet de grands changements. Le gouvernement qui essaye de se rattraper et de rejoindre le secteur privé vise à faire de réels changements afin de regagner la clientèle de ces coopératives, qui n’existe plus. Il est à espérer qu’il ne s’agira pas de vœux pieux.

Chaimaa Abdel-Hamid

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