Consommation.
Les coopératives de consommation, lieux de vente pour les
petites bourses, sont de plus en plus négligées et
abandonnées par leurs clients suite à la mauvaise gestion et
la hausse des prix.
Magasins négligés et vendeurs taciturnes
Il
suffit de citer le mot « gameaya
» (coopératives de consommation), pour qu’une unique image
se dessine hâtivement devant nos yeux. Des rayons usés, sur
lesquels sont disposées des denrées de première nécessité :
des paquets de riz, de sucre, de thé, de farine, de pâtes,
des bouteilles d’huile, de boîtes de saindoux, couvertes de
poussières et mal enveloppées. Même sur le sol, des
marchandises ont pris place. Ici, on a déposé de grands sacs
renfermant une vingtaine de paquets de sucre ou de riz et
des cartons de bouteilles d’huile. Ces derniers sont encore
fermés et on voit et on sent l’huile qui y coule. Il ne
s’agit pas d’un entrepôt mais tout simplement d’une des
coopératives de consommation ; ces premiers supermarchés
égyptiens créés dans les années 1960 avec pour but de
permettre des achats à bon prix pour les citoyens. A
l’entrée, derrière une vitrine comprenant de la viande
congelée, un homme d’une quarantaine d’années donnant son
dos à l’entrée est en train de feuilleter son journal à
la lumière du jour.
L’ambiance est très calme, les locaux ne sont pas éclairés,
sous prétexte de ne pas attirer les mouches. Le marchand,
plus ou moins taciturne, a des regards indifférents. Quant à
la clientèle, elle est quasi absente. Rares sont les
personnes qui décident d’aller à une association
coopérative. Même si quelqu’un décide de le faire, il se
contente de jeter seulement un petit coup d’œil sur les prix
et part sans rien acheter.
Qu’il s’agisse de la qualité de la marchandise, de sa
présentation sur les rayons, des prix élevés, de l’ambiance
terne du lieu ou même du vendeur qui ne donne aucun intérêt
aux clients, ce sont tous des facteurs qui font fuir la
clientèle.
Il existe en Egypte 876 banches des coopératives, qui
dépendent de trois sociétés gouvernementales appartenant au
ministère de l’Investissement, à savoir Al-Ahram, Al-Nil et
Alexandrie (qui se trouve uniquement dans cette ville). La
situation est pareille dans presque toutes les branches. En
effet, avec la liberté et l’ouverture du marché, ces lieux
de vente qui sont destinés à servir les citoyens de la
classe pauvre ou moyenne, n’arrivent plus à jouer le rôle
qui leur est voulu.
Les conditions de présentation et de stockage ne sont pas
respectées. La clientèle qui devrait accepter d’avoir
recours à ces coins de vente devrait donc accepter les
conditions que lui imposent ces lieux. Une marchandise
négligée sur les rayons depuis des semaines, un vendeur
qui se désintéresse tout bien à sa marchandise qu’à ses
clients. Pour l’économiste Mamdouh Wali, la main-d’œuvre qui
travaille dans ces points de vente est incapable d’exercer
ces métiers ni même de communiquer avec les clients. « La
personne qui travaille dans cette coopérative de
consommation n’est dans le fond qu’un simple fonctionnaire
gouvernemental qui touche un salaire à la fin du mois ». Et
d’ajouter : « Un simple épicier accorde plus d’importance à
son magasin et ses marchandises, car il sait bien que c’est
sa seule source de gagne-pain ». En effet, que la
marchandise soit vendue ou non intéresse peu le vendeur. Les
spécialistes affirment que le vrai problème de ces
coopératives est qu’elles sont sous la tutelle
gouvernementale. La seule solution est donc qu’elles soient
vendues au secteur privé qui prendrait soin de ce projet.
C’est d’ailleurs une proposition qui a failli être appliquée
à un certain temps, mais le gouvernement a évité d’être
accusé de privatisation de sociétés opérant pour le bien des
classes défavorisées. Mais ces coopératives semblent avoir
failli à leur principale vocation : leurs prix sont aussi
chers qu’ailleurs.
Prix et relooking
Pour leur part, les clients, comparant ce lieu aux grands
supermarchés ou même aux simples épiceries, se rendent
compte qu’il n’existe pas d’énormes différences de prix. Ils
préfèrent donc payer quelques livres de plus contre une
meilleure qualité de marchandises.
Pour Wali, la question des prix en ce qui concerne les
coopératives de consommation est pratiquement la même
qu’ailleurs. Dans le fond, c’est le marché qui impose ces
prix aux coopératives de consommation. « Ni le gouvernement
ni ces sociétés ont la possibilité de baisser les prix.
Quant au secteur privé, il a tout en main, il baisse les
prix de sa marchandise pour attirer des clients et en même
temps pour combattre ses concurrents », affirme
l’économiste.
Une situation peu favorable qui n’est sûrement pas invisible
pour les responsables qui s’en rendent bien compte. En
effet, le gouvernement ainsi que la société Holding pour les
industries agro-alimentaires ont décidé dernièrement de
commencer un plan de développement à tous les niveaux pour
toutes les anciennes branches des coopératives de
consommation. Ahmad Al-Rakaybi, président directeur général
de la société, a affirmé que dans les derniers mois, environ
71 branches se trouvant au Caire et dans les gouvernorats
ont été développées et renouvelées, qu’il s’agisse du lieu
lui-même ou de la présentation des personnes qui travaillent
sur ces lieux. « Tous les points de vente vont être
restaurés à tour de rôle. Les sols vont être changés, la
place va être repeinte et les rayons vont être changés »,
affirme-t-il.
D’autre part, 112 nouvelles branches sont actuellement en
voie de construction. C’est, comme l’expliquent les
responsables, une manière d’essayer de couvrir tous les
quartiers égyptiens qui souffrent de l’absence de ces
sociétés.
Un plan qui promet de grands changements. Le gouvernement
qui essaye de se rattraper et de rejoindre le secteur privé
vise à faire de réels changements afin de regagner la
clientèle de ces coopératives, qui n’existe plus. Il est à
espérer qu’il ne s’agira pas de vœux pieux.
Chaimaa
Abdel-Hamid