Consommation.
Dans un supermarché considéré comme un des moins respectueux
de l’hygiène, les habitués semblent peu se préoccuper des
rapports d’experts. Reportage.
Les clients s’en moquent
A
15h, rue Al-Tayarane, c’est le calme comme d’habitude. Cette
avenue située dans le quartier de Madinet Nasr comprend le
plus grand nombre de supermarchés qui sont aussi de grands
noms dans le domaine de l’approvisionnement, comme Metro,
Spinneys, Awlad Ragab, Al-Mahmal et Misr wal Soudan. Ce
dernier est le plus ancien. Il est même parmi les premiers
du genre en Egypte. Il a eu la primeur d’exposer de la
viande et des poulets, alors qu’auparavant il se contentait
de produits d’épicerie. La branche de la rue Al-Tayarane a
le privilège de se trouver dans un lieu bien choisi avec
possibilité de se garer pour les clients. Un trottoir bien
propre et vaste accueille les clients qui peuvent entrer par
deux accès. Mais dès le premier pas à l’intérieur du
magasin, l’acheteur doit faire des acrobaties pour éviter de
tomber, à cause des cartons installés partout. Une surface
de 50 mètres encombrée de produits désordonnés, et aérée par
8 ventilateurs qui sont sans le moindre effet face à la
chaleur étouffante et l’humidité que l’Egypte vit
actuellement.
C’est donc normal de sentir l’odeur des produits, le
renfermé, la sueur des gens et percevoir le manque de
propreté. Hors du magasin, un espace vide est entouré d’un
grillage. On y a déposé les climatiseurs qui ont été
démantelés. « Ces appareils ont été enlevés il y a un an et
demi », explique Ali Hassan, qui dirige le magasin depuis 6
ans. Il déclare que la chaîne qui appartient à l’homme
d’affaires Taher Al-Barbari affronte de nombreux problèmes
depuis qu’elle a été mise sous le contrôle du procureur
général socialiste (juridiction d’exception) il y a 2 ans.
Le propriétaire s’était trouvé au sein d’une affaire de
chèque sans provision. Les nouveaux administrateurs ont
enlevé les climatiseurs, car ils ont trouvé que la facture
d’électricité dépassait les 14 000 livres par mois. Quant au
client, il importe peu et aussi les risques de voir les
produits avariés. « J’espère que tous nos problèmes seront
réglés après le 1er septembre 2008, date du procès »,
souhaite Ali.
Cette chaîne de supermarchés, qui a reçu il y a deux
semaines la plus mauvaise mention après un rapport publié
par l’Association de la protection du consommateur, «
souffre des propriétaires qui travaillent sous franchise »,
se plaint Ali. Interrompu par Emad, l’un des employés du
magasin, ce dernier trouve que malgré la situation juridique
et la crise économique que traverse le pays, il est le seul
qui a résisté et n’a pas fermé ses portes comme d’autres
chaînes, à l’image de Sainsbury’s et Edge.
Mais à l’intérieur du magasin qui est un peu obscur pour
éviter les mouches, se trouvent cinq clients, tous devant un
réfrigérateur qui ne semble pas en bon état de marche. Les
fromages à l’intérieur paraissent bons et propres. Deux
jeunes serveuses voilées qui, en vestes blanches et gants en
plastique, sont responsables de ce service. « A peu près
chaque mois, on reçoit des visites d’inspection du ministère
de la Santé qui vérifie la propreté et la date d’expiration
des produits », explique l’une d’elles qui préfère garder
l’anonymat. Et elle se demande comment donc la presse peut
être si sévère avec eux. L’autre serveuse, qui paraît plus
raisonnable, lui explique en souriant que cette mauvaise
évaluation de la semaine dernière est due au « manque de
toilettes pour les employés et qu’il y a au sol des
céramiques usées qu’il faut changer ». Les clients devant
elles se mettent à rire et chuchotent en se moquant : « Il
n’y a pas de toilettes, alors le magasin est mauvais, ya
salam ! ». Et en s’adressant à nous : « Laissez-nous
tranquilles et allez voir les grands qui volent vraiment
notre gagne-pain », ajoute Mme Nadia, l’une des clientes
très en colère. Mieux vaut alors quitter le magasin plutôt
que d’être renvoyée par la force. Surtout avec la relation
d’amitié perceptible entre les employés et les clients.
Chérine Abdel-Azim