Al-Ahram Hebdo, Enquête | Les clients s’en moquent
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Enquête

Consommation. Dans un supermarché considéré comme un des moins respectueux de l’hygiène, les habitués semblent peu se préoccuper des rapports d’experts. Reportage.  

Les clients s’en moquent 

A 15h, rue Al-Tayarane, c’est le calme comme d’habitude. Cette avenue située dans le quartier de Madinet Nasr comprend le plus grand nombre de supermarchés qui sont aussi de grands noms dans le domaine de l’approvisionnement, comme Metro, Spinneys, Awlad Ragab, Al-Mahmal et Misr wal Soudan. Ce dernier est le plus ancien. Il est même parmi les premiers du genre en Egypte. Il a eu la primeur d’exposer de la viande et des poulets, alors qu’auparavant il se contentait de produits d’épicerie. La branche de la rue Al-Tayarane a le privilège de se trouver dans un lieu bien choisi avec possibilité de se garer pour les clients. Un trottoir bien propre et vaste accueille les clients qui peuvent entrer par deux accès. Mais dès le premier pas à l’intérieur du magasin, l’acheteur doit faire des acrobaties pour éviter de tomber, à cause des cartons installés partout. Une surface de 50 mètres encombrée de produits désordonnés, et aérée par 8 ventilateurs qui sont sans le moindre effet face à la chaleur étouffante et l’humidité que l’Egypte vit actuellement.

C’est donc normal de sentir l’odeur des produits, le renfermé, la sueur des gens et percevoir le manque de propreté. Hors du magasin, un espace vide est entouré d’un grillage. On y a déposé les climatiseurs qui ont été démantelés. « Ces appareils ont été enlevés il y a un an et demi », explique Ali Hassan, qui dirige le magasin depuis 6 ans. Il déclare que la chaîne qui appartient à l’homme d’affaires Taher Al-Barbari affronte de nombreux problèmes depuis qu’elle a été mise sous le contrôle du procureur général socialiste (juridiction d’exception) il y a 2 ans. Le propriétaire s’était trouvé au sein d’une affaire de chèque sans provision. Les nouveaux administrateurs ont enlevé les climatiseurs, car ils ont trouvé que la facture d’électricité dépassait les 14 000 livres par mois. Quant au client, il importe peu et aussi les risques de voir les produits avariés. « J’espère que tous nos problèmes seront réglés après le 1er septembre 2008, date du procès », souhaite Ali.

Cette chaîne de supermarchés, qui a reçu il y a deux semaines la plus mauvaise mention après un rapport publié par l’Association de la protection du consommateur, « souffre des propriétaires qui travaillent sous franchise », se plaint Ali. Interrompu par Emad, l’un des employés du magasin, ce dernier trouve que malgré la situation juridique et la crise économique que traverse le pays, il est le seul qui a résisté et n’a pas fermé ses portes comme d’autres chaînes, à l’image de Sainsbury’s et Edge.

Mais à l’intérieur du magasin qui est un peu obscur pour éviter les mouches, se trouvent cinq clients, tous devant un réfrigérateur qui ne semble pas en bon état de marche. Les fromages à l’intérieur paraissent bons et propres. Deux jeunes serveuses voilées qui, en vestes blanches et gants en plastique, sont responsables de ce service. « A peu près chaque mois, on reçoit des visites d’inspection du ministère de la Santé qui vérifie la propreté et la date d’expiration des produits », explique l’une d’elles qui préfère garder l’anonymat. Et elle se demande comment donc la presse peut être si sévère avec eux. L’autre serveuse, qui paraît plus raisonnable, lui explique en souriant que cette mauvaise évaluation de la semaine dernière est due au « manque de toilettes pour les employés et qu’il y a au sol des céramiques usées qu’il faut changer ». Les clients devant elles se mettent à rire et chuchotent en se moquant : « Il n’y a pas de toilettes, alors le magasin est mauvais, ya salam ! ». Et en s’adressant à nous : « Laissez-nous tranquilles et allez voir les grands qui volent vraiment notre gagne-pain », ajoute Mme Nadia, l’une des clientes très en colère. Mieux vaut alors quitter le magasin plutôt que d’être renvoyée par la force. Surtout avec la relation d’amitié perceptible entre les employés et les clients.

Chérine Abdel-Azim

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