Al-Ahram Hebdo, Enquête | Pour toute plainte, appelez le 19588 
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Enquête

Consommation. La création de l’Association de protection du consommateur est venue combler un important vide, mais il lui reste encore beaucoup à faire pour jouer le rôle qui lui est dévolu.  

Pour toute plainte, appelez le 19588  

6 694. C’est le nombre de plaintes qui ont été présentées à l’Association de protection du consommateur depuis sa création. Sur ce chiffre, affirme-t-on, 5 649 affaires ont été réglées, ce qui correspond à 84 % de l’ensemble des doléances. Un remarquable pourcentage si l’on sait que cet organisme est âgé seulement d’un an et demi. C’est en septembre 2006 que la loi de la protection du consommateur a vu le jour. Deux mois après, ce fut la création de cette institution, qui fait partie des actes fondateurs de la législation. C’était le jour J pour les consommateurs, pour la première fois en effet, ils bénéficiaient d’une protection juridique dans un pays, où une telle culture, faisant partie de toute une perception des droits des citoyens, était jusqu’à ce jour totalement inexistante.

En fait, pour les économistes, cette création est en retard de 30 ans. Elle aurait dû avoir lieu après la transformation de l’Egypte de l’économie socialiste, dirigée par l’Etat, vers l’économie capitaliste régie en premier lieu par un système qui laisse le consommateur seul en face d’établissements privés.

Les buts affichés par l’Association sont ambitieux : « Des plans et des mesures vont être adoptés pour protéger les droits du consommateur et mettre terme aux fraudes des commerçants », lit-on. S’agissait-il d’un simple enthousiasme ? Le début n’était pas de toute façon encourageant. Premièrement, la composition a fait l’objet de critiques. L’association comprend 15 membres, dont 10 nommés par le premier ministre : le président, deux représentants du ministre du Commerce et de l’Industrie, un conseiller membre du Conseil d’Etat, deux représentants de l’Union des chambres de commerce et l’Union de l’industrie et 4 experts. Quelle est alors la part des associations non gouvernementales travaillant dans ce domaine ? Il s’agit juste des cinq membres restants. Un nombre minime d’autant plus que les ONG concernées sont plus de 60.

Une telle composition signifie qu’en cas de litige, l’association prendra partie pour le gouvernement et aussi le secteur privé. Paradoxe ? Non. L’idée courante issue de l’expérience de tous les jours est que le gouvernement va maintenir sa tendance visant à satisfaire les intérêts des hommes d’affaires au détriment de ceux des consommateurs.

Une vision qui a, certes, un peu changé après le coup d’éclat qu’avait opéré cette association en publiant une liste des noms de sociétés commercialisant une eau naturelle impropre à la consommation. Ce fait avait marqué une nouvelle naissance pour cette association, lui accordant la confiance du public.

Une attitude renforcée aussi après les révélations et les campagnes concernant le lait contenant de la formaline et qui se trouvait dans des supermarchés. Des découvertes de plus en plus crédibles du fait que c’est dans les laboratoires du ministère de la Santé que les analyses ont été faites. Donc pas de doute.

Partant du principe qu’un consommateur conscient de ses droits rend le travail de l’association plus efficace, celle-ci a mené des campagnes de sensibilisation. La plus importante a eu lieu lors du Ramadan dernier, un mois où la consommation connaît une hausse considérable. Des publicités à la télé, à la radio ou des brochures distribuées dans les rues : « Aide-nous on t’aide ... La facture est la première étape. Sois conscient de tes droits ».

Et concernant ces droits, ils sont cités tout clair et en détails sur leur site www.cpa. gov. eg. On peut lire que le consommateur a le droit de réclamer à la société concernée le prix payé si la qualité est mauvaise. Un des conseils donnés : « N’achète aucun produit sans la présence des informations utiles sur l’emballage, telles que sa date de fabrication et ses composants ». Pour les sociétés qui sont hors de règles, l’organisation affiche une liste de leurs noms et adresses sur son site.

Que peut faire le consommateur plaignant ? L’association lui offre deux options. La première c’est de se diriger directement vers le lieu d’achat et d’essayer de résoudre le problème à l’amiable. En cas d’échec, l’association entre ainsi en jeu. Le consommateur peut alors lui présenter sa plainte à travers la poste, un télégraphe gratuit, ou l’adresse  électronique info@cpa.gov.eg. Une ligne verte 19588 qui reçoit les plaintes du public ou bien donne des renseignements est aussi mise en service. Il existe aussi un formulaire de plaintes que l’intéressé peut remplir. Et « c’est seulement dans cinq jours qu’on répond au plaignant. On essaye d’exercer,  au début des pressions sur la société concernée pour régler le problème. Sinon, on transmet directement la plainte  au procureur », dit Saïd Al-Alfi, le président de l’association.

Celle-ci travaille en coopération étroite avec les ONG de consommateurs réparties partout en Egypte. Pour Al-Alfi, « ces ONG sont la main droite de l’association, un soutien financier et une formation leur sont accordés pour rendre leur rôle plus efficace ».

Pour un responsable de ces ONG, qui a requis l’anonymat, c’est pourtant préférable que les acheteurs ne comptent pas sur l’association et défendent eux-mêmes leur droit à cause de sa corruption. D’après lui, l’association ne publie que les rapports qui vont avec l’intérêt de ses responsables.

Mais les consommateurs attendent beaucoup notamment pour régler cette vague récente des hausses des prix. A cet égard, la réponse est décevante : cette question ne figure pas dans nos prérogatives.

Magdi Sobhi, économiste, donne l’exemple de la Grande-Bretagne, où ce genre d’associations est plus actif ; elles peuvent aller jusqu’à demander le boycott de tel ou tel produit si son prix dépasse les normes. Mais, pour Al-Alfi, « notre rôle c’est seulement d’indiquer aux gens les prix et les qualités des différents produits dans les supermarchés et c’est à eux de choisir où se diriger ».

Aliaa Al-Korachi
Mavie Maher

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