Pénurie.
Depuis deux mois, les villageois de San Al-Hagar, dans le
gouvernorat de Charqiya, manquent d’eau courante. Ils se
rabattent sur la rivière et les camions-citernes. Un
problème désormais récurrent dans plusieurs villages.
Ni eau ni ressources
Le
village San Al-Hagar, situé à la périphérie du gouvernorat
de Charqiya, accueille ses visiteurs par un défilé de femmes
de tous âges portant sur la tête des bassines pleines de
linges et de vaisselles. Elles sont souvent accompagnées de
leurs enfants qui portent savon, éponge et tout ce qui est
nécessaire pour laver et se laver. La destination, c’est la
petite rivière quasi stagnante dont dépendent ces villageois
privés d’eau courante. Dès qu’elles arrivent, les femmes
suivent un rituel très strict. Elles prennent chacune « sa »
place, commencent par la lessive pour ne pas « polluer l’eau
de la rivière avec la graisse des plats et des marmites »,
puis vient le tour de la vaisselle. Les enfants, eux,
connaissent bien leur rôle. Munis chacun de son éponge et de
son savon, ils s’éloignent un peu de leur mère, ou
traversent carrément vers l’autre rive à la recherche d’un
espace d’eau « propre », puis se déshabillent et se jettent
à l’eau pour se laver. Les filles, elles, se contentent de
se laver le visage, les mains et les pieds.
Le manque d’eau courante n’est pas nouveau pour les 54 000
habitants de ce village. « Tout au long de l’année, nous
souffrons d’une pénurie d’eau. En été, l’eau nous arrive
deux ou quatre heures par jour, souvent très tard la nuit.
Nous ne pouvons pas dormir avant de remplir tous les
ustensiles pour le lendemain », se plaint Ahmad Awad,
fonctionnaire. Toutefois, cet été, le problème est devenu
beaucoup plus grave. Cela fait plus de deux mois que l’eau
courante ne parvient pas aux habitations. « C’est la
première fois que nous nous trouvons privés complètement
d’eau pendant deux mois. Pour nous débrouiller, nous faisons
transporter de l’eau de la rivière pour le ménage. Mais pour
boire, nous achetons de l’eau », souligne Kawsar, femme au
foyer.
Exploitant la pénurie d’eau, des camions-citernes chargés
d’eau potable sillonnent San Al-Hagar en provenance des
villages voisins. La capacité du camion-citerne est de 12 m3
d’eau, vendues à 100 L.E. au lieu des 40 L.E. en temps
normal. « Les réservoirs de ces camions sont rongés par la
rouille. En plus, nous ne connaissons pas la source de cette
eau qu’on nous vend au prix fort. De couleur jaunâtre, nous
y trouvons toujours du sable et des résidus. Mais nous
n’avons pas d’autre solution », lâche Hag Mahmoud, un
habitant septuagénaire.
Malgré le prix et la médiocre qualité, l’arrivée de ces
camions-citernes s’accompagne toujours de scènes de
bousculades auxquelles participent tous les habitants quel
que soit leur âge afin de s’assurer chacun sa provision.
Ceux qui ratent cette « chance » devront parcourir 25 km
pour s’alimenter au village le plus proche et payer deux
fois le prix, faute de quoi ils devront utiliser l’eau de la
rivière qu’ils font bouillir longuement pour pouvoir boire
ou l’utiliser pour cuisiner. « De toute façon, les
boulangeries utilisent l’eau de la rivière pour faire le
pain », affirme sur un ton résigné un habitant qui veut se
rassurer.
A l’hôpital de San Al-Hagar, le médecin affirme avoir
accueilli de nombreux cas d’hépatite ces deux derniers mois.
Beaucoup d’enfants ont été traités pour des problèmes
gastriques.
Face à une crise qui perdure, les habitants ont organisé fin
juin une manifestation devant la municipalité du village.
Mais les responsables reconnaissent que le problème n’est
pas facile à résoudre. « Le village de San Al-Hagar ne
dispose pas d’une station d’eau potable. Sa situation
géographique à la périphérie du gouvernorat fait qu’il est
le dernier servi. D’autre part, son quota d’eau potable n’a
pas augmenté depuis 4 ans alors que le nombre des habitants
augmente », explique Adel Nofal, responsable du bureau du
Parti National Démocrate (PND, au pouvoir). Il souligne
qu’au lendemain de la manifestation organisée par les
habitants, le gouverneur de Charqiya s’est fixé ce 17
juillet comme date limite pour régler définitivement le
problème. Ayant découvert les limites de leur mobilisation,
les villageois menacent de manifester devant le palais
présidentiel si le problème n’est pas réglé à la date fixée
par le gouverneur.
Mohamad Hosni, président du Conseil municipal, n’est pas
très optimiste. « Le village de San Al-Hagar renferme 100
bourgs. On n’arrivera jamais à régler tous les problèmes et
fournir tous les services nécessaires avec un budget annuel
de 250 000 L.E. Cette somme n’a pas augmenté depuis les
années 1970. Elle ne suffit même pas pour asphalter une
route ».
Héba Nasreddine