Al-Ahram Hebdo, Egypte | Ni eau ni ressources
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Egypte

Pénurie. Depuis deux mois, les villageois de San Al-Hagar, dans le gouvernorat de Charqiya, manquent d’eau courante. Ils se rabattent sur la rivière et les camions-citernes. Un problème désormais récurrent dans plusieurs villages.  

Ni eau ni ressources 

Le village San Al-Hagar, situé à la périphérie du gouvernorat de Charqiya, accueille ses visiteurs par un défilé de femmes de tous âges portant sur la tête des bassines pleines de linges et de vaisselles. Elles sont souvent accompagnées de leurs enfants qui portent savon, éponge et tout ce qui est nécessaire pour laver et se laver. La destination, c’est la petite rivière quasi stagnante dont dépendent ces villageois privés d’eau courante. Dès qu’elles arrivent, les femmes suivent un rituel très strict. Elles prennent chacune « sa » place, commencent par la lessive pour ne pas « polluer l’eau de la rivière avec la graisse des plats et des marmites », puis vient le tour de la vaisselle. Les enfants, eux, connaissent bien leur rôle. Munis chacun de son éponge et de son savon, ils s’éloignent un peu de leur mère, ou traversent carrément vers l’autre rive à la recherche d’un espace d’eau « propre », puis se déshabillent et se jettent à l’eau pour se laver. Les filles, elles, se contentent de se laver le visage, les mains et les pieds.

Le manque d’eau courante n’est pas nouveau pour les 54 000 habitants de ce village. « Tout au long de l’année, nous souffrons d’une pénurie d’eau. En été, l’eau nous arrive deux ou quatre heures par jour, souvent très tard la nuit. Nous ne pouvons pas dormir avant de remplir tous les ustensiles pour le lendemain », se plaint Ahmad Awad, fonctionnaire. Toutefois, cet été, le problème est devenu beaucoup plus grave. Cela fait plus de deux mois que l’eau courante ne parvient pas aux habitations. « C’est la première fois que nous nous trouvons privés complètement d’eau pendant deux mois. Pour nous débrouiller, nous faisons transporter de l’eau de la rivière pour le ménage. Mais pour boire, nous achetons de l’eau », souligne Kawsar, femme au foyer.

Exploitant la pénurie d’eau, des camions-citernes chargés d’eau potable sillonnent San Al-Hagar en provenance des villages voisins. La capacité du camion-citerne est de 12 m3 d’eau, vendues à 100 L.E. au lieu des 40 L.E. en temps normal. « Les réservoirs de ces camions sont rongés par la rouille. En plus, nous ne connaissons pas la source de cette eau qu’on nous vend au prix fort. De couleur jaunâtre, nous y trouvons toujours du sable et des résidus. Mais nous n’avons pas d’autre solution », lâche Hag Mahmoud, un habitant septuagénaire.

Malgré le prix et la médiocre qualité, l’arrivée de ces camions-citernes s’accompagne toujours de scènes de bousculades auxquelles participent tous les habitants quel que soit leur âge afin de s’assurer chacun sa provision. Ceux qui ratent cette « chance » devront parcourir 25 km pour s’alimenter au village le plus proche et payer deux fois le prix, faute de quoi ils devront utiliser l’eau de la rivière qu’ils font bouillir longuement pour pouvoir boire ou l’utiliser pour cuisiner. « De toute façon, les boulangeries utilisent l’eau de la rivière pour faire le pain », affirme sur un ton résigné un habitant qui veut se rassurer.

A l’hôpital de San Al-Hagar, le médecin affirme avoir accueilli de nombreux cas d’hépatite ces deux derniers mois. Beaucoup d’enfants ont été traités pour des problèmes gastriques.

Face à une crise qui perdure, les habitants ont organisé fin juin une manifestation devant la municipalité du village. Mais les responsables reconnaissent que le problème n’est pas facile à résoudre. « Le village de San Al-Hagar ne dispose pas d’une station d’eau potable. Sa situation géographique à la périphérie du gouvernorat fait qu’il est le dernier servi. D’autre part, son quota d’eau potable n’a pas augmenté depuis 4 ans alors que le nombre des habitants augmente », explique Adel Nofal, responsable du bureau du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir). Il souligne qu’au lendemain de la manifestation organisée par les habitants, le gouverneur de Charqiya s’est fixé ce 17 juillet comme date limite pour régler définitivement le problème. Ayant découvert les limites de leur mobilisation, les villageois menacent de manifester devant le palais présidentiel si le problème n’est pas réglé à la date fixée par le gouverneur.

Mohamad Hosni, président du Conseil municipal, n’est pas très optimiste. « Le village de San Al-Hagar renferme 100 bourgs. On n’arrivera jamais à régler tous les problèmes et fournir tous les services nécessaires avec un budget annuel de 250 000 L.E. Cette somme n’a pas augmenté depuis les années 1970. Elle ne suffit même pas pour asphalter une route ».

Héba Nasreddine

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