Al-Ahram Hebdo, Egypte | Projet d’un nouveau contrôle des ondes
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 Semaine du 16 au 22 juillet 2008, numéro 723

 

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Egypte

Médias. L’Etat entend créer un organisme national chargé de contrôler les émissions de radio et de télévision. Un prélude à la suppression du ministère de l’Information. 

Projet d’un nouveau contrôle des ondes 

Quelques mois après l’approbation, par les ministres arabes de l’Information, d’une charte de déontologie régissant l’activité des chaînes satellites, une autre initiative relative aux médias soulève de vives critiques. Il s’agit cette fois d’un projet de loi destiné à régir la diffusion audiovisuelle en Egypte. Le projet, publié dans son intégralité par le quotidien Al-Masri Al-Yom, propose la création d’un organisme national chargé de contrôler la retransmission. L’organisme aura un droit de regard sur « toute retransmission écrite ou filmée véhiculée par des moyens numériques ou par satellite et qui n’a pas un caractère privé ». L’organisme aura pour mission d’accorder les autorisations aux chaînes satellites, diffusant en Egypte. Il dépendra du ministère de l’Information, aura un conseil d’administration présidé par le ministre de l’Information et un président exécutif nommé par le premier ministre (sur proposition du ministre). Le conseil comptera parmi ses membres le président de l’Union de la radio et de la télévision, le directeur de l’Organisme général de l’information ainsi que des représentants des ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de la Culture, des Télécommunications et des Finances. L’organisme aura en outre un conseil de curateurs formé de personnalités publiques œuvrant dans les domaines des arts, de la science, de la culture, de l’économie et des finances et d’autres œuvrant dans le domaine de la femme et de l’enfance. L’organisme comptera 8 commissions dont une commission technique, une pour recevoir les plaintes du public, une chargée de l’octroi des autorisations de diffusion et une autre chargée de suivre le contenu des programmes et de faire des rapports périodiques sur les activités des médias audiovisuels. L’organisme sera chargé d’établir les normes de diffusion de manière à « fournir au public un service de qualité en accord avec les évolutions démocratiques, à protéger la libre concurrence et à protéger les valeurs morales et religieuses, la paix sociale, la citoyenneté et de l’ordre public ». Toute chaîne télévisée qui ne se conforme pas à ces normes pourrait encourir des sanctions allant du simple avertissement au retrait de permis.

 

Dans la lignée de la vague de libéralisme

La création d’un tel organisme apparaît comme un prélude à une suppression du ministère de l’Information. « Ce genre d’organismes existe partout dans le monde surtout dans les pays démocratiques. C’est une étape vers l’annulation du monopole étatique sur l’audiovisuel en Egypte représenté par l’Union de la radio et de la télévision », déclare Hussein Amin, professeur de communication à l’Université américaine du Caire qui a participé à la rédaction du projet de loi.

Le domaine de l’audiovisuel est resté le strict monopole de l’Etat après la Révolution du 23 juillet. Durant des années, l’Egypte est restée prisonnière d’une politique médiatique dirigée. Au milieu des années 1990 et avec la prolifération des chaînes satellites qui ont éclipsé les chaînes locales, l’Etat a opéré une légère ouverture dans le domaine des médias. Cette période voit alors la création de chaînes satellites privées. La création d’un organisme chargé de superviser les médias s’inscrit dans la lignée de la vague de libéralisme qui vise à mettre fin au contrôle direct de l’Etat sur l’audiovisuel et le remplacer par un contrôle « indirect » à travers un organisme indépendant, à l’instar de ce qui se passe dans certains pays. Cependant, pour certains, ce projet de loi ne va pas améliorer la situation des médias  en Egypte. « Ce projet de loi n’apporte rien de nouveau et ne fait rien pour améliorer les libertés en Egypte. Il vise seulement à appliquer la charte de déontologie votée récemment par les ministres arabes de l’Information et comprend les mêmes termes élastiques contenus dans la charte. Que signifie la paix sociale ou porter atteinte à l’ordre public ? », interroge Waël Al-Ebrachi, journaliste et présentateur à la chaîne Dream. Dina Salem, présentatrice à la chaîne privée Al-Hayat, partage les mêmes craintes. « Ce qui compte, ce n’est pas de créer des organismes pour  contrôler les médias. Ce qu’il faut c’est de donner une plus grande marge de liberté. Or, avec la récente charte déontologique, cela ne paraît pas être le cas », affirme-t-elle. Hassan Hamed, ex-président de l’Union de la radio et de la télévision, critique la création de ce nouvel organisme. « C’est vrai que ce genre d’organismes existent en Europe, mais ce sont des organismes indépendants et leur rôle se limite aux aspects administratifs. Or, je doute fort que ce soit le cas avec ce projet. L’organisme que l’Etat entend créer dépend directement du gouvernement et c’est celui-ci qui nomme ses membres », affirme Hamed. Selon lui, la récente charte de déontologie, qui donne à l’Etat le droit de retirer le permis de certaines chaînes qui ne se conforment pas au code, a porté atteinte à la réputation de l’Egypte. Quant à Hussein Amin, il affirme que le projet de loi sera soumis aux discussions et la société civile aura la chance de s’exprimer dessus. « Le but étant de parvenir à une formule équilibrée permettant d’avoir des médias crédibles d’une part et d’arrêter l’anarchie médiatique qui règne actuellement. Il ne s’agit pour le moment que d’un projet », conclut-il.

May Al-Maghrabi  

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