Médias.
L’Etat entend créer un organisme national chargé de
contrôler les émissions de radio et de télévision. Un
prélude à la suppression du ministère de l’Information.
Projet d’un nouveau contrôle des ondes
Quelques
mois après l’approbation, par les ministres arabes de
l’Information, d’une charte de déontologie régissant
l’activité des chaînes satellites, une autre initiative
relative aux médias soulève de vives critiques. Il s’agit
cette fois d’un projet de loi destiné à régir la diffusion
audiovisuelle en Egypte. Le projet, publié dans son
intégralité par le quotidien Al-Masri Al-Yom, propose la
création d’un organisme national chargé de contrôler la
retransmission. L’organisme aura un droit de regard sur «
toute retransmission écrite ou filmée véhiculée par des
moyens numériques ou par satellite et qui n’a pas un
caractère privé ». L’organisme aura pour mission d’accorder
les autorisations aux chaînes satellites, diffusant en
Egypte. Il dépendra du ministère de l’Information, aura un
conseil d’administration présidé par le ministre de
l’Information et un président exécutif nommé par le premier
ministre (sur proposition du ministre). Le conseil comptera
parmi ses membres le président de l’Union de la radio et de
la télévision, le directeur de l’Organisme général de
l’information ainsi que des représentants des ministères de
l’Intérieur, des Affaires étrangères, de la Culture, des
Télécommunications et des Finances. L’organisme aura en
outre un conseil de curateurs formé de personnalités
publiques œuvrant dans les domaines des arts, de la science,
de la culture, de l’économie et des finances et d’autres
œuvrant dans le domaine de la femme et de l’enfance.
L’organisme comptera 8 commissions dont une commission
technique, une pour recevoir les plaintes du public, une
chargée de l’octroi des autorisations de diffusion et une
autre chargée de suivre le contenu des programmes et de
faire des rapports périodiques sur les activités des médias
audiovisuels. L’organisme sera chargé d’établir les normes
de diffusion de manière à « fournir au public un service de
qualité en accord avec les évolutions démocratiques, à
protéger la libre concurrence et à protéger les valeurs
morales et religieuses, la paix sociale, la citoyenneté et
de l’ordre public ». Toute chaîne télévisée qui ne se
conforme pas à ces normes pourrait encourir des sanctions
allant du simple avertissement au retrait de permis.
Dans la lignée de la vague de libéralisme
La création d’un tel organisme apparaît comme un prélude à
une suppression du ministère de l’Information. « Ce genre
d’organismes existe partout dans le monde surtout dans les
pays démocratiques. C’est une étape vers l’annulation du
monopole étatique sur l’audiovisuel en Egypte représenté par
l’Union de la radio et de la télévision », déclare Hussein
Amin, professeur de communication à l’Université américaine
du Caire qui a participé à la rédaction du projet de loi.
Le domaine de l’audiovisuel est resté le strict monopole de
l’Etat après la Révolution du 23 juillet. Durant des années,
l’Egypte est restée prisonnière d’une politique médiatique
dirigée. Au milieu des années 1990 et avec la prolifération
des chaînes satellites qui ont éclipsé les chaînes locales,
l’Etat a opéré une légère ouverture dans le domaine des
médias. Cette période voit alors la création de chaînes
satellites privées. La création d’un organisme chargé de
superviser les médias s’inscrit dans la lignée de la vague
de libéralisme qui vise à mettre fin au contrôle direct de
l’Etat sur l’audiovisuel et le remplacer par un contrôle «
indirect » à travers un organisme indépendant, à l’instar de
ce qui se passe dans certains pays. Cependant, pour
certains, ce projet de loi ne va pas améliorer la situation
des médias en Egypte. « Ce projet de loi n’apporte
rien de nouveau et ne fait rien pour améliorer les libertés
en Egypte. Il vise seulement à appliquer la charte de
déontologie votée récemment par les ministres arabes de
l’Information et comprend les mêmes termes élastiques
contenus dans la charte. Que signifie la paix sociale ou
porter atteinte à l’ordre public ? », interroge Waël Al-Ebrachi,
journaliste et présentateur à la chaîne Dream. Dina Salem,
présentatrice à la chaîne privée Al-Hayat, partage les mêmes
craintes. « Ce qui compte, ce n’est pas de créer des
organismes pour contrôler les médias. Ce qu’il faut
c’est de donner une plus grande marge de liberté. Or, avec
la récente charte déontologique, cela ne paraît pas être le
cas », affirme-t-elle. Hassan Hamed, ex-président de l’Union
de la radio et de la télévision, critique la création de ce
nouvel organisme. « C’est vrai que ce genre d’organismes
existent en Europe, mais ce sont des organismes indépendants
et leur rôle se limite aux aspects administratifs. Or, je
doute fort que ce soit le cas avec ce projet. L’organisme
que l’Etat entend créer dépend directement du gouvernement
et c’est celui-ci qui nomme ses membres », affirme Hamed.
Selon lui, la récente charte de déontologie, qui donne à
l’Etat le droit de retirer le permis de certaines chaînes
qui ne se conforment pas au code, a porté atteinte à la
réputation de l’Egypte. Quant à Hussein Amin, il affirme que
le projet de loi sera soumis aux discussions et la société
civile aura la chance de s’exprimer dessus. « Le but étant
de parvenir à une formule équilibrée permettant d’avoir des
médias crédibles d’une part et d’arrêter l’anarchie
médiatique qui règne actuellement. Il ne s’agit pour le
moment que d’un projet », conclut-il.
May
Al-Maghrabi